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Jean Christophe Angelini : « Une réforme qui répond aux attentes »


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 30 Mars 2016 à 23:51 | Modifié le Vendredi 1 Avril 2016 - 10:54


Le président de l'ADEC (Agence de développement économique de la Corse) et conseiller exécutif, Jean Christophe Angelini a débuté, par le Nebbiu et la Conca d’Oru, un tour de Corse des territoires pour prendre le pouls des acteurs économiques et des élus locaux, de leurs attentes et de leurs besoins. Après avoir visité la charcuterie de Pascal Flori à Murati, c’est, symboliquement, à Patrimoniu, où se met en place un modèle de développement économique et agricole durable, qu’il a exposé sa volonté de réformer des dispositifs d'action économique qui se révèlent inadaptés et inefficaces. Dans un contexte très contraint, il a affirmé la nécessité de définir des secteurs prioritaires. Il explique, à Corse Net Infos, que, malgré le passif qui plombe les finances de la Collectivité territoriale (CTC), les Nationalistes trouveront les moyens d’appliquer le programme pour lequel ils ont été élus.


Le président de l'ADEC, Jean-Christophe Angelini, reçu à Patrimoniu par le maire-adjoint Jean Baptiste Arena.
Le président de l'ADEC, Jean-Christophe Angelini, reçu à Patrimoniu par le maire-adjoint Jean Baptiste Arena.
- Vous débutez, aujourd'hui, par le Nebbiu, un tour de Corse des microrégions. Pourquoi ?
- L'idée simple est de présenter aux acteurs économiques, à la société civile et aux élus des territoires, l'ensemble des dispositifs mis en œuvre par l'ADEC et d'envisager ensemble une réforme possible dans une perspective d'efficacité accrue. En arrivant à la présidence de l'ADEC, il y a plus de trois mois, j'ai constaté qu'il existait malheureusement un décalage entre la nature du dispositif, les mesures de soutien, les aides... et les attentes des acteurs économiques. Ma volonté, aujourd'hui, en me rapprochant du terrain et des territoires, est de faire coïncider les deux et de mettre en œuvre une réforme qui corresponde le plus totalement possible aux attentes des acteurs économiques.
 
- Quel est le problème ? Les acteurs économiques ignorent-ils les dispositifs existants ou y a-t-il inadéquation entre ces dispositifs et les besoins ?
- Les deux ! La méconnaissance des outils est problématique. Si on méconnaît un outil, c'est que son impact est limité ! Quand un outil est utile et pertinent, il est, dans la plupart des cas, connu, utilisé et fait l'objet d'une appropriation. Ce n'est pas le cas de toutes les mesures que l'ADEC met en œuvre ! Il y a, en même temps, une inadaptation. Certains outils sont lourds et ont des temps d'instruction et de paiement trop longs. Les acteurs économiques m’expliquent qu'entre le moment de la déclaration d'intention et le moment où l'aide est effectivement libérée, il s'écoule des mois, parfois des années. Ce n'est plus possible !
 
- Quels outils sont désormais obsolètes ?
- Par exemple, le dispositif d'aide aux entreprises en difficulté n'est plus adapté. La politique d'aide à l'export doit être réformée. Les dispositifs en matière de transmission d'entreprise doivent, également, être revisités. J'ai cité trois domaines clés du développement économique, je pourrais en citer d'autres. J'ai la volonté de réformer tout le règlement des aides et de conduire cette réforme conjointement avec le monde économique, notamment à travers des réunions de territoire comme celle de Patrimoniu.
 
- Vous avez évoqué un Schéma directeur régional. De quoi s'agit-il exactement ?
- La loi NOTRe a institué un renforcement des compétences économiques des régions, notamment dans le domaine de l’élaboration du Schéma régional de développement économique, innovation et internationalisation (SRDEII). Ce schéma est important, d’une part parce qu’il ramasse et simplifie tous les schémas, les documents d’orientation et les plans qui ont été votés ces dernières années. D’autre part, il a un caractère prescriptif au sens où il permet aux acteurs économiques, les EPCI (Etablissement public de coopération intercommunale), les Chambres de commerce, les Chambres de métiers… de savoir sur quelles bases ils peuvent conventionner avec nous. Ces règles seront connues et partagées par tous les acteurs économiques. Ce schéma prescriptif va s’imposer à eux, mais il ne sera pas contraignant. Il ne s’agit pas, pour nous, de tendre vers une économie dirigée ou planifiée, mais de gagner en temps, en fluidité, en souplesse et en efficacité.
 
-  La Conca d’Oru est une région dynamique, quelles demandes ont formulé les acteurs économiques ?
- Il y a, pour ce qui regarde l’ADEC, de nombreuses demandes et même déjà des dossiers en cours d’instruction ou réglés qui concernent le commerce de proximité, notamment l’agroalimentaire, les métiers de bouche… Des demandes d’aides à la création d’emplois, au maintien de l’activité, à l’investissement sur des petits commerces ou sur des activités plus importantes. Je pense, notamment, au groupement des vignerons, au commerce agroalimentaire, à l’économie sociale et solidaire, mais également à des questions liées à l’innovation.
 
- L’attente au niveau économique est très forte en Corse. Qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans ces discussions avec les territoires ?
- Il y a, c’est une évidence, une double demande très forte autour de l’économie. La première est une demande de réactivité. Les gens veulent des élus et, notamment, des décideurs qui soient au contact et disponibles, qui viennent sur le terrain et jouent le jeu de la rencontre et des échanges… fussent-ils critiques ! La seconde est une demande de transparence et d’information. Que fait-on ? Comment ? Avec qui ? Jusqu’à quel point peut-on aller ?
 
- La CTC pâtit d’une ardoise de 100 millions €. Le passif du aux acteurs économiques sera-t-il payé dans des délais raisonnables ?
- De manière générale, la CTC et le Conseil exécutif ont entrepris de payer beaucoup plus vite, qu'on n'aurait pu le faire, l'ensemble des factures qui sont, aujourd'hui, en attente. Nous allons, y compris à l'ADEC, régulariser le plus rapidement possible toutes les situations dont nous héritons. Il est certain que cela prendra, peut-être, un peu de temps, mais nous avons à cœur de régler, dans la mandature, et même je l'espère dans l'année, l'essentiel du passif que nous récupérons.
 
- Ce passif ne risque-t-il pas de plomber vos marges de manœuvre sur l'action économique que vous entendez mener ?
- Cela les plombe forcément ! Sauf que nous voulons mettre en face de cette capacité à répondre au passif, à la fois de l'emprunt, donc des recettes nouvelles, et une meilleure utilisation de nos ressources par la mutualisation et la mobilisation des outils de financement, la sensibilisation du secteur bancaire... Toutes choses qui vont concourir à mieux déployer notre politique, à régler la question du passif tout en mettant en place les éléments que les gens attendent. Nous aurons des marges de manœuvre vraisemblablement plus réduites, mais nous gardons une volonté politique très forte et nous chercherons le moyen de réaliser le programme pour lequel nous avons été élus.
 
- Que répondez-vous à la droite qui estime que, dans ce contexte, vous ne pourrez pas appliquer votre programme et serez forcés de faire des choix économiques?
- Pour répondre aux critiques légitimes de l'opposition, je dirai que j’ai, d'abord, la volonté politique d'agir. En 2010, l'ADEC disposait, hors FEDER, de 20 millions € de budget sur l'action économique. Elle n'avait plus que 9,5 millions € en 2015. Mon souhait est d'arrêter l'hémorragie et, dès le budget 2016, de reconstituer un niveau de crédits d'action économique qui soit globalement comparable à ce que nous avons pu connaître durant les meilleures années. Ensuite, il est vrai qu'il y aura des choix à faire. Des dispositifs, des mesures, des éléments d'accompagnement sont libres et coûteux, nous les réformerons. Compte tenu du contexte très contraint et de la faiblesse des moyens dont nous disposons, nous établirons des priorités.  
 
- Lesquelles ?
- Nous avons, y compris dans cette réunion, identifier quatre grandes priorités : les entreprises en difficulté, la cession-reprise-transmission, les secteurs dits traditionnels, notamment le BTP, et toutes les politiques que nous déploierons dans le cadre de l'innovation. Ces quatre sujets, en lieu et place des vingt ou trente qui ont été brassés ces dernières années, permettront aux acteurs économiques de connaitre nos priorités et où nous mettrons nos moyens. Ceci étant, nous poursuivrons aussi dans les autres directions.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 

Acteurs économiques et élus au rendez-vous.
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