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Jean-Charles Orsucci : « Notre ambition est d’être le plus haut possible au 1er tour pour conquérir le pouvoir territorial »


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 14 Novembre 2017 à 23:38 | Modifié le Mercredi 15 Novembre 2017 - 03:27


A trois semaines du 1er tour de l’élection territoriale de décembre, les candidats commencent à dévoiler leur programme politique. Mardi matin à Corte, Jean-Charles Orsucci, entouré de Catherine Riera et François Orlandi, candidats de la République en Marche (LREM), ont présenté « Andà per Dumane », leur projet de société qui se veut « alternatif, pragmatique et réaliste ». Trois piliers - un modèle économique social et solidaire, une croissance basée sur la transition écologique et la réussite de la collectivité unique – pour une ambition : « Donner aux Corses, un emploi, un toit et la santé ». Explications, pour Corse Net Infos, de Jean-Charles Orsucci dont l’objectif est d’être le plus haut possible au 1er tour pour constituer, autour de sa liste, une alternative à la majorité sortante.


Jean-Charles Orsucci, entouré de Catherine Riera et François Orlandi, candidats LREM à l'élection territoriale de décembre, présentent leur programme "Andà per Dumane !" à Corte.
Jean-Charles Orsucci, entouré de Catherine Riera et François Orlandi, candidats LREM à l'élection territoriale de décembre, présentent leur programme "Andà per Dumane !" à Corte.
- Pourquoi avoir tant voulu l’investiture En Marche alors que le président Macron ne fait pas vraiment recette en Corse ?
- Je ne partage pas cette analyse. Macron et la Corse, ce n’est pas une histoire ancienne, il est arrivé de façon très rapide et extraordinaire dans le paysage politique français. Il faut le laisser s’installer. C’est allé un peu vite en besogne de dire qu’en Corse, il n’est pas apprécié ! Surtout si on regarde les résultats de l’élection législative, même si les Nationalistes l’ont emporté sans contestation en incarnant des concepts qui sont dans l’air du temps : le changement, le dépassement du clivage droite-gauche. En juin, En Marche est devenue la troisième force politique insulaire avec quatre candidats qui ont fait 25 000 voix. On espère une confirmation en décembre. J’ai voulu l’investiture parce qu’en politique, il faut avoir un peu de constance et savoir défendre ses idées et ses convictions. Nous avons fait le choix avec François Orlandi d’être candidats en juin pour LREM, nous avons adhéré à un mouvement, nous croyons en ses valeurs et dans le projet politique qu’il présente.
 
- Vous n’avez pas fédéré la gauche, beaucoup restent sur le carreau. Est-ce une volonté de votre part ou un échec ?
- Ce que nous n’avons pas voulu, conformément à l’ADN de LREM, ce sont les discussions d’appareils. Nous n’avons discuté, ni avec le Parti socialiste, ni avec les Radicaux, ni qui que ce soit… Nous n’avons exclu personne, nous avons cherché à rassembler le plus possible, mais, comme toute liste, on n’arrive pas à mettre 2 litres d’eau dans une bouteille d’un litre ! Par contre, nous revendiquons de représenter une partie de la gauche, mais pas uniquement, puisque LREM est le dépassement de ce clivage. Il y a, sur notre liste, des gens, comme François Orlandi, Marie-Hélène Padovani ou moi-même, qui militent à gauche depuis longtemps et assument cet engagement, des Radicaux comme Joseph Martelli, des maires socialistes et des Libéraux. Je peux comprendre que certains à Gauche ne se retrouvent pas à 100% dans notre offre, mais je ne vois pas vers qui ils pourraient se tourner. Elle correspond quand même le mieux à ce qu’ils sont !
 
- Vous avez frôlé la barre des 5% il y a deux ans. Quel score comptez-vous faire le 3 décembre ?
- Tout ce que je sais, c’est que notre spectre politique se situe entre les Insoumis et les deux listes de droite, avec des Progressistes de gauche, de droite et du centre. Je suis incapable de vous dire quelle est notre marge de manœuvre. Le PS n’a jamais été très fort en Corse et est en grande difficulté. Le PRG a explosé avec la chute de Bastia et la défaite de Paul Giacobbi, il n’est pas représenté dans cette élection et doit se reconstruire. Notre ambition est d’être le plus haut possible au 1er tour, au plus près de la liste nationaliste, pour conquérir le pouvoir territorial et être une alternative à la majorité sortante. Nous pensons, que même si les Nationalistes ont de fortes chances d’arriver en tête au 1er tour, le 2nd tour n’est pas encore joué. Nous pouvons fédérer sur notre programme, nos valeurs, nos idées et l’emporter.
 
- Au 2nd tour, ferez-vous le front républicain demandé par Paris et par au moins une des listes de droite ?
- Notre objectif, c’est le 1er tour pour être en capacité de rassembler. Aujourd’hui, nous n’avons d’accord politique avec personne ! Nous avons discuté avec tout le monde, notamment Jean-Martin Mondoloni avec qui je partage une histoire politique assez proche. Il est un homme de Centre droit, je suis un homme de Centre gauche. Il a toujours été un Corsiste, je le suis aussi. C’est un autonomiste convaincu, comme je peux l’être. Si l’union se fait, elle se fera sur des bases programmatiques et sur des valeurs sur lesquelles nous ne pouvons pas reculer. Par exemple, il n’y aura aucun accord avec l’Extrême-droite, c’est impossible !
 
- Et avec le Front de Gauche ?
- Je crois que ce n’est pas à l’ordre du jour. Il n’y a pas, de leur côté, de volonté en ce sens. J’ai avec eux des points de convergence et de vrais points de divergence. Je ne me reconnais pas dans la politique que veut mettre en place Jean-Luc Mélenchon. C’est, donc, une hypothèse que l’on peut balayer d’un revers de la main. Il faut rester nous-mêmes. Il n’est pas question, pour nous de nous inscrire dans un front de quoi que ce soit. Les fronts, on a vu comment ça finit, y compris dans une actualité politique récente en Corse ! S’unir uniquement pour battre quelqu’un, c’est l’échec assuré ! Nous irons discuter, si alliance il doit y avoir, sur un projet politique pour réussir pour la Corse.
 

La liste de Jean-Charles Orsucci
La liste de Jean-Charles Orsucci
- Au delà de la stratégie LREM, on ne vous attendait pas sur ce créneau d’union avec la droite. N’êtes-vous pas plus nationalo-compatible que libéralo-compatible ?
- Mon positionnement politique n’a pas changé. Je reste un autonomiste de gauche convaincu. J’appartiens aujourd’hui au mouvement LREM qui a une deuxième jambe plus libérale que nous devons assumer et qui est la conséquence de la disparition du PS au niveau national. Les Nationalistes ont décidé de se replier sur eux-mêmes avec un accord de 1er tour avec les Indépendantistes de Corsica Libera. Je ne me renie pas, si demain j’accepte la main tendue de la droite, je vous rappelle que ma 1ère adjointe à la mairie de Bonifacio est à droite, et mon 2ème adjoint est nationaliste. Nous porterons un socle de gauche si nous devons être dans une majorité élargie.
 
- Comment comptez-vous vous entendre avec la droite avec qui vous vous opposez sur des points fondamentaux comme le PADDUC ou les déchets ?
- Soit nous arrivons à nous entendre parce que nous trouvons le point d’équilibre entre les convictions des uns et des autres, soit nous n’y arrivons parce que nos différences sont trop importantes et chacun restera sur ses positions. Aujourd’hui, nous avons à l’esprit qu’il est important d’avoir une alternative à la majorité sortante dont le projet politique est à plus ou moins court terme de sortir de la République. C’est quelque chose de dangereux sur lequel nous ne voulons pas nous aventurer. Ceci dit, je ne renierai pas mes fondamentaux. Si on me propose, par exemple, la dé-sanctuarisation de la Corse ou une libéralisation effrénée de l’économie insulaire, ce sera sans moi ! Au cœur de nos priorités, il y a la lutte contre la précarité, une Corse où l’environnement est respecté, où le tri est un élément important. Cela fera partie des discussions avec la droite. Si nous pensons pouvoir nous retrouver sur une alternative programmatique, il ne faudra pas s’empêcher de le faire, mais on n’en est pas là ! Les questions se poseront d’elles-mêmes le soir du 1er tour.

- Quel mot résumerait votre projet politique ?
- Pragmatisme ! Un programme fait en Corse, par des Corses et pour les Corses. Quand nous les rencontrons dans la rue, ils nous parlent de chômage, de logement, de problèmes de santé, de garde d’enfants… C’est à ces problèmes que nous voulons répondre prioritairement. Nous pensons que les questions institutionnelles doivent être appréhendées de la façon dont Emmanuel Macron les a présentées à Furiani. A savoir, une co-construction avec les élus locaux et un diagnostic partagé.
 
- Quels sont les points prioritaires de votre programme ?
- Le premier est l’économie pour s’attaquer à ce fléau qu’est le chômage de masse avec toute une thématique autour du développement touristique, des transports, du secteur de l’économie sociale et solidaire. Le deuxième est une volonté forte en matière de préservation de l’environnement, avec le développement des énergies renouvelables et la gestion des déchets qui offrent, aussi, une opportunité de créer des emplois. Le troisième point est de réussir, avant tout, le chantier colossal de la mise en place de la collectivité unique. Cela doit permettre, aussi, de répondre à des fractures territoriales, l’équilibre entre les territoires insulaires est, pour nous, fondamental, y compris dans le fonctionnement de la collectivité unique.
 

- Parmi les 54 mesures que vous proposez, il y a la concentration de la continuité territoriale aérienne sur une seule destination de bord à bord. Pouvez-vous expliquer ?
- Nous sommes convaincus qu’il faut mettre le paquet sur le bord à bord en direction d’une destination Marseille ou Nice, à réfléchir sur celle qui est la plus opportune en termes d’efficacité pour un maillage territorial plus important. Nice a l’avantage d’être le 2ème aéroport de France et d’assurer le maillage avec l’Europe entière, voire le monde. Marseille a la gare TGV et une liaison avec Paris, correcte d’un point de vue tarifaire. Cette mesure aura des répercutions fortes en matière d’emplois, tout comme la libéralisation du secteur aérien dans d’autres domaines.
 
- Votre seule mesure fiscale est le toilettage du crédit d’impôt Corse. En quoi est-ce essentiel ?
- Cet outil n’est contesté par personne. Bien au contraire ! Les acteurs du secteur économique disent que c’est un élément important qui a permis la création d’emplois et de richesses. Mais ce crédit d’impôt, pensé de façon consensuelle au moment des Accords de Matignon, est restreint, il faut élargir sa base. Par exemple, il permet d’aider l’investissement en matière d’hôtellerie : si vous achetez des tables et des chaises, vous en bénéficiez. Si vous les achetez pour la restauration, vous n’en bénéficiez pas. C’est dommageable ! Autre exemple : les transports intramuros en Corse n’en bénéficient pas. Sont, aussi, exclues les banques et les assurances, c’est regrettable, mais je ne sais pas si on pourra l’appliquer dans ce domaine, la concurrence nationale risquant de poser problème.
 
- Macron parle d’un pacte girondin, mais pas d’autonomie. Son ministre de l’intérieur se dit favorable à l’autonomie. N’y a-t-il pas une certaine cacophonie sur le sujet ?
- Non ! Il y a une logique. Emmanuel Macron a dit que si on partageait les solutions, il était prêt à aller très loin, y compris jusqu’à la révision constitutionnelle. A quinze jours du 1er tour de l’élection présidentielle, il n’a pas prononcé le mot « autonomie » qui aurait sûrement effrayé l’opinion publique nationale. Depuis, Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, et Gérard Collomb, ministre de l’intérieur, évoquent, au sein du Palais Bourbon, l’autonomie de la Corse dans la République. Ce qui n’avait jamais été fait sous la Vè République ! C’est une évolution positive pour mettre en œuvre ce que Macron a dit à Furiani : la République est indivisible, mais doit prendre en compte les spécificités, y compris d’un point de vue institutionnel.
 
- Tiendra-t-il ses engagements ?
- Je fais confiance au chef de l’Etat qui, jusqu’à présent, a tenu ses engagements électoraux. Il le fera pour la Corse. Avec le gouvernement, il attend de voir la majorité politique qui lui sera opposée et qui aura vocation à travailler avec lui pendant trois ans. Peut-être réussirons-nous à arracher ce que nous n’avons jamais réussi à arracher depuis 50 ans : un véritable statut qui nous rapprochera des statuts de l’Outremer ! Ce qui ressort des discussions que j’ai eu avec Christophe Castaner, qui sera dans quelques jours le futur patron de LREM, c’est que la Corse doit être un modèle en matière de décentralisation. Nous devons être des précurseurs comme nous l’avons toujours été.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.




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