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"Je ne vais pas essayer de faire du Gilles Simeoni bis, mais d’être maire de Bastia"


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 7 Janvier 2016 à 15:47 | Modifié le Samedi 9 Janvier 2016 - 10:37


Agé de 57 ans, Pierre Savelli, le nouveau maire de Bastia, est un homme discret au long passé de militant. Membre fondateur de l’Unione di Liceani Corsi (ULC) au milieu des années 70, ce Bastiais pur souche, qui est né, a grandi et travaille dans sa ville, n’a jamais cessé de militer sans jamais être encarté. En 1992, il est candidat d’ouverture sous la bannière MPA, à la fois, aux élections cantonales dans le canton de Venaco contre François Giacobbi et aux élections territoriales. En 2001, il est présent, aux côtés de Gilles Simeoni, sur la liste de Jean-Marie Vinciguerra aux élections municipales bastiaises. Il participe aux deux scrutins suivants de 2008 et 2014 où il est, finalement, élu et devient adjoint délégué à l'occupation du domaine public de la ville, aux animations et à la voirie. Il livre, à Corse Net Infos, ses premières impressions et dévoile le style Savelli et quelques lignes de son action future.


Pierre Savelli, nouveau maire de Bastia. (Photo Rita Scaglia)
Pierre Savelli, nouveau maire de Bastia. (Photo Rita Scaglia)
- Vous venez d’être élu maire de Bastia pour succéder à Gilles Simeoni. Que ressentez-vous ?
- Beaucoup d’émotion ! Un immense honneur ! Je me dis en même temps qu’il faut que je sois à la hauteur. Je n’ai pas de doute par rapport à cela, mais je sais que ce mandat va exiger beaucoup de travail. Je sais aussi que je peux m’appuyer sur le cabinet, les services et les agents municipaux que j’ai appris à connaître depuis vingt mois et qui ont toujours montré un investissement et un dévouement sans faille.
 
- Vous avez souvent combattu sur le front électoral. Devenir maire était-ce une ambition inscrite dans votre parcours politique ?
- Absolument pas ! Je n’avais jamais pensé devenir maire un jour ! Je suis un vieux militant. Je n’ai jamais eu en tête d’obtenir un quelconque honneur ou poste. Quelques mois avant le scrutin de 2014, Gilles m’avait dit : « Je compte sur toi ! ». Les idées que portent Gilles depuis longtemps et sa démarche me conviennent très bien. Je me situe sur la même ligne, sans la même aura et de façon plus solitaire. Je lui ai répondu que s’il faisait appel à moi, ce serait un honneur d’être sur sa liste, et si je n’y figurais pas, je ferai campagne à ses côtés pour faire avancer nos idées.
 
- Vous avez exercé le poste délicat d’adjoint à la voirie. Est-ce ce qui vous a poussé à envisager d’autres responsabilités municipales ?
- Je me suis beaucoup investi dans une délégation pas facile. Au quotidien, ça a même parfois été très dur. Quand est arrivée la perspective des élections territoriales et de la victoire de Gilles, nous avons envisagé, entre membres du cabinet, la question de sa succession en faisant un peu de politique fiction. Un jour, mon nom a été évoqué. Puis, il y a six mois, il l’a été de manière évidente. Je n’y avais pas songé auparavant et j’ai été très flatté que l’on pense à moi. A partir de là, l’idée a fait son chemin.
 
- Avez-vous posé votre candidature ?
- Il était évident pour tout le monde que le nouveau maire ne pouvait être issu que du groupe majoritaire Inseme per Bastia qui compte 18 membres, Gilles inclus. Ce qui faisait 17 candidats potentiels. J’ai été le seul à dire que je postulais, mais je n’ai pas fait campagne. Ensuite, Michel Castellani a annoncé que si on faisait appel à lui, il accepterait. Tout comme Mattea Lacave. Il y a eu débat au sein du groupe Inseme qui a pesé le pour et le contre de chaque postulant. Au final, c’est le maire qui a décidé et qui m’a désigné.
 
- Pourquoi avez-vous été choisi ?
- Les critères de fidélité, de loyauté et de compétence, nous les partageons tous. Je pense que le travail que j’ai réalisé, pendant vingt mois, dans ma délégation d’adjoint a été prépondérant dans le choix de Gilles.
 
- Comment vos partenaires de l’alliance municipale ont-ils réagi à votre désignation ?
- J’ai des relations cordiales avec les partenaires de la majorité avec qui nous continuerons de travailler de la même façon et même nous renforcerons le travail d’équipe. Les décisions seront toujours prises de manière collégiale, même si, in fine, le maire aura toujours le dernier mot. J’ai aussi de bonnes relations avec l’opposition.

Pierre Savelli et Gilles Simeoni, le passage de flambeau.
Pierre Savelli et Gilles Simeoni, le passage de flambeau.
- Succéder à Gilles Simeoni, est-ce difficile ?
- Prendre la place de Gilles Simeoni est difficile, mais je ne considère pas que je prends sa place. Je considère que je prends sa place en tant que maire, c’est déjà moins difficile ! On ne joue pas dans la même catégorie. Chacun a ses qualités. Je ne vais pas essayer de faire du Gilles Simeoni bis, je vais essayer d’être Pierre Savelli, maire de Bastia !

- Que sera justement le style Savelli, maire de Bastia ?
- Ce sera : la concertation, beaucoup d’échanges et le respect des règles. C’est, peut-être, ma délégation qui m’a déformé ou l’inverse, mais, pour moi, ce dernier point est essentiel. Si on veut faire avancer une ville, il y a, dans beaucoup de domaines, un cadre et des règles intangibles que chacun de nous est obligé de respecter. Si on ne les respecte pas, on ne pourra jamais améliorer le mieux vivre ensemble, ni rendre Bastia dynamique, vivante, propre, la faire respirer d’un point de vue économique. Le mieux vivre ensemble ne se décrète pas !
 
- Quelles règles par exemple ?
- Par exemple, l’incivisme. En matière de stationnement, notre but ultime est d’arriver à zéro PV. Il y a deux solutions pour atteindre ce but. Soit on arrête de mettre des PV, c’est une solution hyper rapide que l’on peut appliquer dès demain matin et la ville meurt, étouffée ! Soit, on verbalise jusqu’à ce que les gens comprennent que s’ils se garent correctement, s’ils payent leur stationnement et ne commettent plus d’infractions, ils ne paieront plus de PV. Avant notre arrivée à la mairie, la ville comptait peu de parkings. Nous avons déjà créé 400 places gratuites. Le parking de Toga, qui est situé à 500 mètres du centre ville, est toujours vide !
 
- Quel sera le fil de votre action ?
- D’abord de mener à bien tous les projets qui ont été initiés depuis le début de la mandature, et pas seulement les projets d’infrastructures, comme le projet Gaudin, qui devrait débuter cette année, ou la voie douce qui est devenue « U Spassimare ». Nous avons arrêté le projet à la fin du quai des martyrs, puisque le reste de ce qui était prévu jusqu’au Front de mer ne nous convenait pas du tout. Nous avons réfléchi à un projet alternatif avec la piétonisation du Vieux Port, une passerelle sous les remparts de la citadelle au-dessus de l’eau et la voie jusqu’à l’Arinella. Nous sommes en train de le peaufiner et de travailler à son financement. Nous avons, aussi, hérité de projets en route que nous avons réalisé dans les temps. Ce que n’a jamais fait l’ancienne mandature !
 
- Les Bastiais attendent des réalisations. Quelles seront vos priorités dans sa mise en œuvre ?
- On nous reproche de faire trop d’études, mais on ne sort pas un projet d’envergure en 20 mois ! Nous aurions aimé que nos prédécesseurs fassent plus d’études et ne mettent pas 20 ans pour construire un projet qui est déjà obsolète au moment de son inauguration ! Cette méthode de travail n’est pas la nôtre. Nous pensons un projet dans une vision globale. Quand nous projetons, par exemple, la création d’un parking, nous nous demandons quels seront les besoins de la ville en matière de stationnement dans 5 ans, quels seront-ils dans 20 ans ? Comment intégrer ce projet dans le quartier où il va être implanté ? C’est ce que nous avons fait pour le projet du parking Gaudin que la majorité d’alors nous a seriné pendant la campagne électorale. Pour nous, ce projet, c’est autre chose qu’un simple parking.
 
- C’est-à-dire ?
- Nous ne parlons pas de parking, mais d’espace Gaudin. Nous avons complètement revisité le projet initial et réfléchi à la réhabilitation du boulevard Gaudin qui est une rue toxique, sans trottoir, dangereuse, avec beaucoup d’embouteillage et peu de piétons qui circulent. Nous voulons la faire revivre, notamment, en supprimant le stationnement et en élargissant les trottoirs. Nous avons également un grand projet sur l’école Gaudin qui comportera une crèche au rez-de-chaussée et des classes à l’étage. La dalle du futur parking deviendra la cour de récréation du collège. De la même manière, nous allons repenser et rénover l’esplanade Saint-Charles, l’église, les escaliers et le palais Caraffa. Nous ne nous contentons pas de planter un parking dans un quartier, nous repensons tout le quartier.
 
- A plus court terme, quelles sont, pour vous, les urgences de cette année ?
- Aujourd’hui, l’urgence absolue est : que fait-on des déchets ? C’est un problème sanitaire qui n’est pas de la compétence de la ville et que nous avons beaucoup de difficultés à régler. Bastia produit environ 45 000 tonnes de déchets par an. Lors de la dernière crise, les agents municipaux ont prouvé leur dévouement. Ils sont intervenus urgemment sur des zones très dangereuses où des incendies se déclaraient, ils ont été à la hauteur malgré les moyens limités. Que devons-nous faire ? Nous avons imaginé toutes sortes de solutions, mais nous n’avons pas les moyens techniques de les mettre en œuvre. Nous allons hiérarchiser les urgences et voir comment enlever les ordures du centre-ville et des quartiers les plus urbanisés pour les stocker, par exemple, sur un terrain privé. Nous allons nous tourner vers la préfecture pour connaitre nos possibilités.
 
- Et la CAB (Communauté d’agglomération de Bastia), qui a la compétence, que fait-elle ?
- La CAB a failli ! Dans ma délégation d’adjoint, je m’occupais de la propreté urbaine. Au-delà de la crise des déchets et des sites d’enfouissement, je n’ai pas souvenir que les ordures aient été ramassées une fois de manière normale sur la ville de Bastia. Il y avait toujours des retards, des points qui n’étaient pas collectés, des horaires de passage, notamment de repasse pendant l’été aux heures du déjeuner, qui avaient des répercussions sur la fréquentation des terrasses des restaurants. Le quai de transfert de Teghime fermait trop tôt pour que les camions puissent y accéder le soir même ! Le système n’a jamais correctement fonctionné ! Aujourd’hui, on nous dit que c’est un problème de points de collecte, mais ce problème existe depuis que nous sommes arrivés aux responsabilités.

Photo ritA Scaglia.
Photo ritA Scaglia.
- Justement, vous héritez d’une situation d’impasse politique à la CAB. Comment envisagez-vous de la régler ?
- Lorsque a été abordée la question de la désignation du maire, ma candidature a présenté un léger handicap parce que je ne suis pas élu communautaire. Et même si je suis maire de Bastia, je ne siègerai pas à la CAB. Cet outil connaît un double problème : fonctionnel et politique. Il doit être au service des cinq communes qui la composent. Mais, aujourd’hui, il n’est plus au service des communes. Il est devenu un instrument au service d’un seul homme. J’ai une pensée pour les employés de la CAB qui, depuis 20 mois, vivent des moments difficiles.
 
- Le fait de ne pas siéger à la CAB, n’est-ce pas, au final, un avantage, même si vous n’avez pas la main directement ?
- J’ai une position neutre. On ne pourra pas me reprocher de faire de la situation de la CAB une affaire personnelle. J’ai une totale confiance dans les élus de la majorité municipale, qui représentent Bastia, et aussi dans quelques partenaires de l’opposition dont je suis certain qu’ils défendront les intérêts de la ville. Je suis d’autant plus confiant que le président de l’Exécutif territorial, Gilles Simeoni, retrouvera sa vice-présidence à la CAB et sera toujours membre du bureau.
 
- Demandez-vous la démission de François Tatti ?
- Je ne suis pas élu communautaire, je ne peux pas demander sa démission. Mais, je suis un vieux militant, j’ai toujours inscrit la démocratie au sein de mon action. Je ne comprends pas comment quelqu’un qui, le jour de son élection, est élu par 36 conseillers communautaires sur 40, et qui, aujourd’hui, n’est plus soutenu que par 4 conseillers communautaires, peut rester accrocher à son fauteuil ! D’autant que l’institution dysfonctionne complètement !
 
- Pour en revenir à Bastia, qu’avez-vous envie de dire aux Bastiais qui appréhenderaient le changement de maire ?
- Leur dire que je suis un Bastiais. J’aime ma ville. J’ai souffert de la voir longtemps sous cloche. Elle n’évoluait pas. J’ai envie de la voir se développer et de lui insuffler le dynamisme du 21ème siècle. Je vais y travailler ! C’est sûr ! Même si je suis un homme discret, les gens me connaissent un peu par mes activités professionnelles et associatives. J’ai été kiné bénévole du Sporting de 1986 à 1991, à l’époque où il brillait moins sur les stades de foot. Des gens sont certainement contents de ma nomination, d’autres se posent des questions. Il faudra que je fasse mes preuves.  Je vais, peut-être, me tromper, mais, comme nous travaillons en équipe, les membres de la majorité me le diront, les Bastiais aussi ! Nous avons l’avantage d’avoir installé la démocratie participative. Avec les Comités de quartiers, les remontées sont instantanées. Ce qui limite les possibilités d’erreurs.
 
- Pensez-vous que vous prendrez goût à la fonction ?
- Certainement ! Mais pas au fait d’être maire ! Je me suis totalement épanoui dans ma fonction d’adjoint. Je connais bien tous les quartiers. Je suis en permanence sur le terrain. J’ai l’habitude, de par mon métier, de parcourir la ville. J’ai un bon contact avec les Bastiais. Je suis à leur écoute. J’ai essayé de participer à l’amélioration de leur cadre de vie, surtout, à celui des plus humbles. Ce sera mon fil conducteur.
 
- Allez-vous continuer à exercer votre métier d’ostéopathe ?
- Oui ! Je vais garder une petite part de mon activité pour rester encore plus en contact avec les Bastiais. J’ai organisé mon planning de maire de façon à me libérer deux après-midi par semaine pour continuer d’exercer, à la fois, mon métier et mes actions associatives. Depuis 15 ans, un samedi par mois, avec mes confrères, nous nous occupons bénévolement, dans le cadre de l’association EHEO, Enfance handicapée, Espoir Ostéopathie, des enfants handicapés. Le social est au cœur de notre démarche à tous depuis toujours, il sera au cœur de ma mandature.
 
- Porterez-vous l’écharpe tricolore ?
- J’envisage de la porter le jour de mon investiture parce que c’est la tradition. Ensuite, je ne la mettrais pas, sauf en cas de conditions exceptionnelles.
 
- Gilles Simeoni est normalement élu pour 2 ans à l’Exécutif territorial. S’il n’est pas réélu, lui rendrez vous son siège de maire ?
- C’est la question que tout le monde s’est posé et c’est, je crois, la seule question que Gilles ne s’est pas posée ! Il est bien évident que si les élections territoriales ont lieu dans deux ans, que Gilles fait le choix de ne plus se représenter ou s’il perdait les élections, ce que je ne peux pas croire, sa place de maire est là.
 
- Si en 2020, il est toujours élu à l’Exécutif territorial, conduirez-vous la liste d’Inseme per Bastia au scrutin municipal ?
- Il y a six mois, je ne pensais pas être maire, je ne peux pas imaginer ce qui se passera dans cinq ans ! On n’en est pas là ! Aujourd’hui, nous avons beaucoup de choses à faire. Nous avons un pays à construire, une ville à faire revivre. Une chose après l’autre.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 




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