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J.-G. Talamoni : « Chacun doit prendre ses responsabilités sur le plan politique »


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 8 Août 2013 à 22:36 | Modifié le Vendredi 9 Août 2013 - 01:53


Leader du groupe Corsica Libera, Jean-Guy Talamoni affiche sa satisfaction après les Ghjurnate di Corti et le second débat sur la réforme institutionnelle. Il explique, à Corse Net Infos, qu’il est temps que chacun donne sa position et estime les insulaires favorables au statut de résident. Il accuse Paris de vouloir déstabiliser la démarche en cours à l’Assemblée de Corse par le biais d’un acharnement judiciaire contre les militants indépendantistes. Et lance un nouvel appel à la cohésion du mouvement national.


Jean-Guy Talamoni, leader de Corsica Libera, lors du meeting de clôture des Ghjurnate di Corti.
Jean-Guy Talamoni, leader de Corsica Libera, lors du meeting de clôture des Ghjurnate di Corti.
- Quel bilan tirez-vous des Ghjurnate 2013 ?
- Le bilan est positif. Lors du débat, des choses ont été dites pour la première fois. Pierre Ghionga s’est prononcé de manière claire pour le statut de résident. Maria Guidicelli s’est prononcée de manière claire pour la révision constitutionnelle. Elle a été plus nuancée sur la question de la résidence, attendant la position du Président de l’Exécutif. Le mouvement national a montré une grande cohésion des idées puisque ces composantes disent la même chose de la même manière. Nous pensons, pour notre part, qu’il serait, maintenant, bon de le dire ensemble. Cela dépend de Femu a Corsica. Nous avons été très heureux de sa participation et du discours tenu par ses représentants.
 
- Quel bilan également pour Corsica Libera ?
- Le mouvement a prouvé qu’il est sensibilisé au travail que font ses élus à la CTC. C’est important, car les élus de Corsica Libera ne sont pas en apesanteur. Ce sont des militants d’un mouvement. Nous avons senti que le discours, que nous portons au niveau de la réforme, est partagé par les militants. Ces Ghjurnate ont, donc, permis de vérifier un certain nombre de choses sur le plan de la politique générale et de l’état d’esprit des uns et des autres, dans la dernière ligne droite avant le vote de la réforme.
 
- François Sargentini dit que le temps du débat est clos et que vient le temps de la concrétisation. Est-ce réellement le cas?
- Oui. En septembre, il s’agira de passer du technique au politique. Des centaines d’heures de travail dans les groupes et dans les Commissions ont permis aux élus de cette mandature de connaitre les dossiers de la Corse dans le moindre détail, comme ça n’a jamais été le cas dans le passé. Cette montagne de travail va-t-elle accoucher d’une souris ? Nous espérons que non. Nous espérons que les attentes, qui se sont manifestées au sein de la société corse, ne seront pas déçues. Pour cela, chacun doit prendre ses responsabilités sur le plan politique. Nous, nous les avons prises, en tendant la main aux élus de la Corse, en travaillant avec loyauté et en donnant notre position sur les différents dossiers tant au plan technique que politique. La position de Corsica Libera, notamment sur la résidence et sur la question constitutionnelle, a été validée sur le plan technique, y compris par les expertises.
 
- La question de la résidence est très durement débattue en Commission, bien plus que celle de la langue où le vote a été difficile. Ne craignez-vous pas un blocage ?
- Le statut de résident est, effectivement, très débattu, mais la question de l’officialité de la langue corse a été tout autant conflictuelle ! Lorsqu’il y a deux ans, la motion sur l’officialité a été votée après l’ajout de l’amendement communiste qui a transformé le mot « officialité » en « coofficialité », je présentais cette motion pour la troisième fois devant l’Assemblée. Les deux fois précédentes, elle avait été rejetée. L’adoption du statut de coofficialité n’allait pas de soi. Pas du tout !
 
- Pensez-vous que le statut de résident aura la même destinée ?
- Je ne fais pas de pronostics sur le vote. Je pense, néanmoins, que la voix du président de l’Exécutif est déterminante. Il est, quand même, le chef de la majorité. Ensuite, nous ne savons toujours pas sur quel rapport, nous allons délibérer en septembre. Rien n’est encore tranché au niveau du contenu. Nous attendons, aussi, la position de Corse Social Démocrate qui se prononcera fin août sur l’ensemble de la réforme institutionnelle.
 
- Le statut de résident ne suscite-t-il pas, dans la population, des réactions partagées ?
- Je ne pense pas. Au contraire, je pense qu’elle est très favorable à ce type de dispositif. Les Corses, aujourd’hui, ont des difficultés à se loger. Ils ne peuvent plus accéder à la propriété. Et, quand les prix d’achat montent, les prix à la location augmentent aussi. Les prix de l’immobilier ont été multipliés par 10 en 10 ans. Des Corses, qui ne peuvent plus ni acheter, ni louer, sont forcés de quitter notre île, de s’exiler. Tout le monde n’est pas touché. Beaucoup de Corses le sont déjà, mais, à un moment donné, tous, à l’exception de quelques milliardaires, le seront. D’autres personnes, qui ont de l’argent, arrivent. On assiste à une véritable substitution de la population.
 
- La réticence n’est-elle pas, surtout, d’ordre idéologique ?
- La question de la résidence n’est pas une position idéologique. On a besoin du statut de résident pour faire baisser les prix et permettre aux Corses d’accéder à la propriété. Le dispositif est très ouvert. Il faut vraiment avoir mauvais esprit pour aller y chercher une démarche de fermeture. Avec 10 ans de résidence en France, on a du mal à avoir une carte de séjour ! D’ailleurs, lors du référendum que nous avions organisé à Sisco, la population a voté massivement pour, y compris des Continentaux qui étaient arrivés il y a 12 ou 13 ans.
 
- N’est-ce pas inquiétant que Maria Guidicelli, la personne en charge du dossier, soit défavorable au statut ?
- C’est plus compliqué que ça ! Maria Guidicelli a fait son travail et a donné sa position technique. Les experts, qu’elle a sollicités et qui ont rendu leur rapport, sont, quand même, sceptiques sur la capacité de la Corse à faire face à la spéculation immobilière sans un dispositif type résidence. Dans ce dispositif, deux voies sont possibles. D’abord, l’antériorité, c’est-à-dire le nombre d’années de résidence. Ensuite, la notion d’intérêts moraux et matériels fondée sur une batterie de critères tels que le lieu de la scolarité obligatoire, le lieu de naissance et de sépulture des ascendants... J’ai, moi-même, proposé cette 2ème voie.
 
- Pourquoi ?
- Pour régler le problème de la diaspora qui ne bénéficie pas de dix ans de résidence et à qui on ne peut pas refuser d’acheter un bien en Corse. Je n’ai rien inventé : cette notion, très peu connue, existe déjà en droit français et a été validée par le Conseil d’Etat en 1981. J’ai fait une note demandant aux experts, lors des travaux de la Commission, de l’intégrer au rapport. Ce qu’ils ont fait. Le fait que cette notion existe déjà, notamment pour les DOM-TOM, facilite l’argumentation vis-à-vis de Paris. 
 
- Mais, Paris reste très fermé. Comment comptez-vous obtenir une révision constitutionnelle ?
- Aujourd’hui, nous ne nous adressons pas à Paris, nous nous adressons aux Corses. Nous devons d’abord conclure notre démarche à la CTC. Si nous arrivons à voter un projet de réforme audacieux, susceptible d’apporter une solution aux problèmes que nous connaissons, à ce moment-là, effectivement, il faudra le porter à Paris et dire : « Nous voulons cette réforme ». Si une majorité d’élus corses dit que cette réforme est exactement ce qu’il faut pour la Corse, ce dont nous avons besoin pour sauver notre langue et pour ne pas être spolié en matière foncière, immobilière, et fiscale, le projet ne sera même pas une base de négociation, mais une exigence.
 
- Samedi dernier, à Bonifacio, le président de l’Assemblée nationale s’est montré plus ouvert que l’an dernier. Est-ce un bon signe ?
- L’été dernier, Claude Bartolone a fait une déclaration très négative concernant les travaux de la CTC. Samedi dernier, il en fait une autre, opposée et positive. Quand il vient en Corse, Manuel Valls a, dans un même voyage, 3 discours différents : un pour les médias français, un pour les médias corses et un pour les élus corses quand il n’y a pas les médias ! Depuis qu’il a été élu, le gouvernement français a changé au moins 3 ou 4 fois de position sur tous les sujets importants. Sur la Corse, il changera aussi d’avis à condition que les élus soient cohérents, qu’ils parlent d’une même voix, qu’ils aient des exigences et qu’ils ne se laissent pas intimider.
 
- Lors du meeting de clôture, n’avez-vous pas adressé un message très ferme à Paris ?
- Oui, par rapport aux persécutions judiciaires dont nous sommes l’objet et qui sont une tentative de déstabiliser la démarche en cours en s’en prenant, de manière totalement injuste, aux militants de Corsica Libera. Paris voit d’un très mauvais œil ce que nous sommes en train de faire à la CTC. Jusqu’à présent, il pouvait se cacher derrière le désaccord des élus corses en disant que nous ne nous mettrions jamais d’accord. Aujourd’hui, les élus corses se mettent d’accord sur nombre de choses, comme, par exemple, le statut de coofficialité de la langue. Le gouvernement n’apprécie pas du tout que les élus de la classe dite traditionnelle, sur lesquels il comptait, votent, avec nous, des dossiers qui le contrarient. Pour notre part, nous n’allons ni nous laisser déstabiliser, ni nous laisser faire.
 
- Vous lancez, de manière récurrente, un appel aux autres Nationalistes qui bottent en touche. Quelle est la teneur de ce nouvel appel ?
- Nous disons, tous, la même chose avec les mêmes mots. Il faudrait qu’on arrive à le dire ensemble. Il ne s’agit pas de faire un parti nationaliste unique. Nous sommes pour la diversité du mouvement national et pour sa cohésion. Aujourd’hui, il y a la diversité, mais il n’y a pas de cohésion. La cohésion signifie de travailler davantage ensemble et de formuler, ensemble, nos exigences au niveau, notamment, de la réforme institutionnelle. Nous pourrions le faire.
 
- Ne le faites-vous pas aujourd’hui ?
- Pas beaucoup. Pas vraiment. Nous nous rencontrons de temps en temps. Par exemple, lors de la dernière réunion de la Commission Chaubon, nos deux groupes se sont entendus de manière bilatérale pour donner une réponse commune. Nous devons le faire, pas seulement au niveau des élus de la CTC, mais même au niveau des partis. Depuis bien avant les Territoriales, nous disons qu’il ne faut pas que Femu a Corsica et Corsica Libera soient à la même distance l’un de l’autre qu’ils le sont, chacun, avec les Communistes ou l’UMP. Nous partageons, quand même, davantage de choses. Actuellement, les Nationalistes sont au centre du jeu politique. Si nous nous mettons d’accord, nous serons encore plus fort au centre de ce jeu.
Propos recueillis par Nicole MARI.




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