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J-.C. Orsucci : « Nous sommes dans un processus de pacification de la Corse »


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 6 Août 2014 à 23:49 | Modifié le Vendredi 8 Août 2014 - 01:53


Ce fut pour lui une première ! Jean-Charles Orsucci, conseiller territorial, président du groupe Socialiste et Démocrate à l’Assemblée de Corse (CTC), maire de Bonifacio et membre du Parti socialiste, a participé, dimanche dernier, à Corte, à son 1er débat aux Ghjurnate organisées par Corsica Libera. Se réclamant d’une gauche girondine contre le jacobinisme de l’Etat, il explique, à Corse Net Infos, que le gouvernement doit faire un geste fort en faveur du rapprochement et, même, de la libération des prisonniers politiques. Et appelle à la constitution, en 2015, d’un Exécutif élargi à la mode bastiaise, intégrant Corsica Libera.


Jean-Charles Orsucci, conseiller territorial, président du groupe Socialiste et Démocrate à l’Assemblée de Corse (CTC), maire de Bonifacio et membre du Parti socialiste.
Jean-Charles Orsucci, conseiller territorial, président du groupe Socialiste et Démocrate à l’Assemblée de Corse (CTC), maire de Bonifacio et membre du Parti socialiste.
- Pourquoi avez-vous accepté de participer à ce débat ?
- D’abord, par politesse ! J’ai été invité par Corsica Libera, notamment au regard de mes prises de positions de ces derniers mois et des évolutions au sein de l’Assemblée de Corse. Il n’y a pas de raison de refuser à partir du moment où nous sommes vraiment dans un processus démocratique d’échange et de construction future pour la Corse. Il faut discuter avec tout le monde.
 
- Vous dites qu’en contrepartie du geste fort du FLNC déposant les armes, le gouvernement doit aussi, de son côté, faire un geste. Lequel ?
- Sur la question des prisonniers politiques ! On sait très bien que Corsica Libera la met au cœur de ses préoccupations. Nous sommes dans un processus de pacification de la Corse. Au moment où le FLNC annonce le dépôt des armes, il est évident que le gouvernement socialiste doit entendre cela et, au moins, respecter la loi en assurant le rapprochement des prisonniers politiques. Cette question doit, aussi, être posée dans un processus qui amènera des gens à sortir de prison. Quand on est socialiste, on n’a pas vocation à mettre les gens en prison, on a vocation à faire en sorte que, dans le cadre d’une juste application de la peine, ils puissent en sortir le plus rapidement possible.
 
- Pourquoi prétendez-vous que c’est un geste facile ?
- Par rapport à la question de la coofficialité de la langue et à celle de révision de la Constitution nécessitant les 3/5ème du congrès, il me semble que cette question des prisonniers, qui se traite à un niveau législatif, peut être, facilement, réglée par l’actuel gouvernement de la France.
 
- Comme les autres élus de droite et de gauche, vous insistez sur le blocage du gouvernement et des fonctionnaires de l’Etat. Y-a-t-il moyen d’en sortir ? 
- En politique, il faut être réaliste ! La culture française, aujourd’hui, notamment au plus haut niveau de l’Etat, est, quand même, une culture énarchique. Les plus hauts fonctionnaires de l’Etat sont formatés sur l’image d’une France une et indivisible où le pouvoir parisien décide de tout ce qui va se passer à l’échelle du territoire français. Or, je m’inscris dans la France de François Mitterrand, celle de la décentralisation, et je me refuse à accepter cela ! Il faut, c’est vrai, lutter contre ces hauts fonctionnaires qui ont un poids important au sein du fonctionnement de l’appareil étatique.
 
- Comment organiser le rapport de forces pour obliger Paris à entendre ?
- J’ai la chance d’être, aussi, élu au sein d’institutions comme l’association nationale des élus du littoral, le conseil d’administration du conservatoire du littoral… Je peux vous dire qu’il n’y a pas qu’en Corse que les élus socialistes et les élus de gauche se posent la question de la fracture entre une gauche jacobine et une gauche girondine. Nous aurons, croyez-moi, d’autres appuis dans d’autres régions pour faire entendre la voix de la diversité.
 
- Vous avez réaffirmé que l’autonomie était au cœur de votre projet politique. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
- L’autonomie est, tout à fait, au cœur de mon projet politique. J’ai repris, à ce sujet, une formule de mon professeur, le regretté Claude Olivesi, qui disait : « Je suis un socialiste autonomiste convaincu ». J’ai fait mien cet adage. Il me le disait en 1990, je crois que c’est encore plus vrai aujourd’hui ! La différence est qu’aujourd’hui, les Corses sont prêts à l’entendre et à l’accepter. Ce n’est pas une révolution ! Je crois que c’est le meilleur mode de fonctionnement pour obtenir une plus grande efficacité au niveau des institutions de la Corse.
 
- Quelle est votre position sur des alliances de 2nd tour aux élections territoriales de décembre 2015 ?
- Je tiens à dire en préalable qu’il ne s’agit pas, bien sûr, de se répartir quelques postes que ce soit ou de vouloir se renier sur tel ou tel point. L’idée, que je prône depuis très longtemps, notamment en 2010 lorsque la question a été posée au Conseil général de Haute-Corse (entre les deux tours des régionales, ndlr), est qu’au 1er tour, chacun défend ses idées et sa vision de la Corse dans son parti ou sa mouvance respective. Il faut, ensuite, élargir au sein de la gestion des affaires de la Corse, au sein de l’Exécutif territorial et dans une majorité étendue, pour pouvoir gérer ensemble sur des questions précises et matérialiser ce que nous avons observé durant ce mandat.
 
- C’est-à-dire ?
- Une majorité très large qui va du Front de gauche jusqu’à une partie du centre droit… On peut imaginer qu’elle peut, en 2015, se concrétiser par une majorité territoriale affirmée et par un Exécutif représentatif.
 
- Voulez-vous refaire au niveau régional la plateforme bastiaise en y intégrant Corsica Libera ?
- Tout à fait ! Je l’ai, déjà, fait en 2008, au sein d’une petite commune à Bonifacio. D’autres l’avaient imaginé avant nous, notamment en 1992. On n’est pas des révolutionnaires en la matière. Je cite souvent sur les idées d’autonomie : Vincent Carlotti, Toussaint et Félix Luciani à gauche, José Rossi à droite… Ces gens avaient imaginé qu’on pouvait le faire. Aujourd’hui, nous sommes en passe de pouvoir le concrétiser.
 
Propos recueillis par Nicole MARI



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