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Incidents d'octobre 2016 à Bastia : Le procès renvoyé, les prévenus remis en liberté sous contrôle judiciaire


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 16 Février 2017 à 18:54 | Modifié le Jeudi 16 Février 2017 - 21:40


Le procès des violences urbaines, qui devait se tenir, jeudi après-midi au tribunal correctionnel de Bastia, a été reporté au 9 mars à 14 heures. Dix jeunes gens, âgés de 18 à 35 ans, qui ont passé la nuit à la prison de Borgo, comparaissaient dans le cadre d'une procédure de comparution immédiate pour des faits d'attroupement et d'affrontement urbains qui se sont déroulés les 5 et 15 octobre 2016 à Bastia. Le tribunal n'a pas fait droit à la demande du procureur de maintenir en détention préventive deux prévenus qui ont déjà un casier. Tous sont ressortis libres de l'audience, mais sous contrôle judiciaire.


Rassemblement de soutien aux prévenus devant les grilles du Palais de justice de Bastia.
Rassemblement de soutien aux prévenus devant les grilles du Palais de justice de Bastia.
C'est le soulagement général qui prévaut à l'issue de l'audience de renvoi de l'affaire de violences urbaines qui devait être jugée en comparution immédiate, jeudi après-midi au tribunal correctionnel  de Bastia. Les dix prévenus, pour la plupart des jeunes gens âgés entre 18 et 22 ans, sont repartis libres après avoir passé une nuit en prison à Borgo. Ils avaient été arrêtés lundi dans le cadre de l'enquête sur les violents incidents qui s'étaient produits en marge des manifestations du 5 et 15 octobre 2016 en soutien à trois jeunes militants de la Ghjuventu Indipendentista, Nicolas Battini, Stéphane Tomasini et Joseph Verdi, condamnés le 6 octobre par la Cour d'assises spéciale de Paris pour un attentat contre la sous-préfecture de Corte. Après deux jours de garde-à-vue, ils avaient été placés, mercredi, en détention préventive, ce qui a suscité une vague de protestation, notamment dans le milieu nationaliste. Des élus, notamment le président de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, et le leader d'U Rinnovu, Paul-Félix Benedetti, étaient dans le public en signe de solidarité.

Un appel au calme 
"La justice doit être rendue selon deux principes : l'indépendance des juges, - et pour celà vous pouvez nous faire confiance -, et la sérénité des débats, hors pression et hors passion, pour que les gens, qui sont dans le box, puissent comprendre les enjeux et être entendus". C'est par cet appel au calme que la présidente Jaouen a débuté l'audience de comparution immédiate qui s'est, encore une fois, tenue dans un Palais de justice sous haute sécurité et dans une ambiance calme, mais un peu tendue. Les dix jeunes gens sont poursuivis pour violences volontaires en réunion contre les forces de l'ordre, aggravées pour certains avec arme et visage à moitié dissimulé, refus de dispersion, dégradations volontaires ou non de biens par le biais d'une substance explosive, ainsi que, pour deux prévenus, refus de prélèvement ADN. Tous contestent, en partie ou en totalité, les faits qui leur sont reprochés. A la question de la présidente : "Exprimez-vous un regret ?", la réponse est unanime : le regret ou l'étonnement de se retrouver dans le box des accusés. 

Une réponse équilibrée 
L'enjeu de l'audience était de statuer sur le renvoi du procès et les mesures provisoires de maintien ou non en détention en fonction de la personnalité des jeunes gens. Le procureur Nicolas Bessone annonce, d'emblée, qu'il entend faire la part des choses et qu'il ne sollicitera la détention que pour ceux qui ont déjà un casier judiciaire. "Depuis que je suis arrivé à Bastia, ce sont les deux manifestations les plus violentes qu'il m'est arrivé de connaître à intervalles réguliers. Il y a eu un véritable déluge de feu sur Bastia ! Une commissaire de police a été grièvement brûlée au 3éme degré et gardera toute sa vie une cicatrice au bras, trois gendarmes blessés, une dizaine de véhicules incendiés, la Banque de France et d'autres bâtiments endommagés. C'était une véritable guérilla urbaine". Répondant indirectement à sa mise en cause la veille par les syndicats étudiants, il assure : " La réponse sera ferme, mais équilibrée. Je ne fais pas de politique. Je suis saisi d'une infraction et mon métier est de poursuivre des gens qui ont commis une infraction". 

Des éléments nouveaux
Puis, il fait brièvement état " d'éléments nouveaux que l'enquête a permis d'identifier. Le premier, ce sont des individus qui sortent de centrales nucléaires ou qui sont peintres en bâtiment, qui ont des masques à gaz. Cela dénote une certaine professionnalisation. Le second est l'apparition de guetteurs qui avertissent les émeutiers des positions des forces de l'ordre et celle de docteurs qui donnent des lotions cutanées pour mieux résister au gaz lacrymogène. Le troisième est l'apparition de bases arrières : un appartement conspiratif et un bar". Il requiert le placement sous contrôle judiciaire avec obligation de pointer une fois par semaine jusqu'à l'audience de renvoi pour huit prévenus, les plus jeunes, en leur lançant un avertissement : "La remise en liberté, c'est comme les allumettes, ça ne sert qu'une fois". Pour les deux prévenus restants, qui ont un casier judiciaire, il requiert le maintien en détention préventive, arguant le risque de non-présentation à l'audience ou de pressions. Si la défense des huit prévenus respire, celle sur qui pèse l'épée de Damoclés de la prison rue dans les brancards.

Une preuve de confiance 
Après une brève délibération, la présidente Jaouen choisit la voie de la sagesse en libérant tout le monde : "J'estime que vous présentez, tous, des garanties de représentation, un travail et un logement. C'est une preuve de confiance que je vous fait. Prenez-le comme cela ! Quand la vie vous fait signe, il ne faut pas laisser sa chance. Quelque soit la noblesse de la cause que vous défendez, cela n'autorise aucune violence, ni qu'une personne soit blessée à vie dans sa chair. Pensez qu'on vous fait confiance, ne vous laissez pas aller à des agissements qui sont contraires à une attitude citoyenne et à vos intérêts". Les dix jeunes sont sous contrôle judiciaire avec interdiction de rentrer en contact les uns avec les autres jusqu'au procès. Une remise en liberté accueillie par des applaudissements. 

Une décision sage
La défense ne cache pas sa satisfaction. " Justice est passée. C'est une décision sage qui permettra, au tribunal, de juger avec plus de sérénité. Cela devrait donner lieu à une discussion longue et étayée avec un enjeu pénal. Ce qui est important, c'est que la décision est équilibrée et pondérée et que les garanties de représentation ont été prises", se félicite le bâtonnier Jean-Sebastien De Casalta. "On a donné une chance à l'avenir de mon client et d'examiner ce dossier dans des conditions sereines de préparation sereine. On demandait la prolongation de détention de mon client avec tout ce que ça comporte de désagréable pour à Tite personnel, de difficultés pour la défense et d'implication pour l'avenir. Un des arguments forts était que mon client passe un examen, demain à Bastia, au lycée maritime. Nous avons plaisir d'avoir été entendu par la juridiction", ajoute Me François Fabiani qui était monté durement au créneau contre le Parquet.
La décision de la présidente Jaouen a, effectivement, permis d'apaiser les esprits. Le rassemblement d'une centaine de personnes, qui attendait derrière les grilles, s'est dispersé dans le calme.

N.M.

Réaction de Paul-Felix Benedetti, leader d'U Rinnovu, présent pendant toute la durée de l'audience : "On n'est pas dans la sérénité. On est dans une justice théâtre avec la volonté pour un procureur de faire monter la pression, de s'affirmer comme une haute autorité morale alors qu'il a été dans le rôle d'un troubadour, parfois d'un clown ! Au vu des éléments qui ont été exposés, il semble qu'il y ait très peu de charges réelles, des faits supposés. La sérénité est de faire en sorte que la rue redevienne un espace pour les piétons et pour les voitures, et non pour les manifestations. Il faut tout remettre dans le contexte, on est dans une logique d'opposition à une sentence inique avec des volontés de peines très lourdes pour les jeunes Tommasini, Battini et Verdi. C'est ce contexte-là qu'on juge aujourd'hui ! Il serait rationnel, dans le cadre d'une volonté de normaliser les relations entre la France et la Corse, de passer à autre chose, de changer de cycle et que le petit tribunal de Bastia prenne une mesure d'apaisement fondée".




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