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"Il faut structurer Femu a Corsica pour faire face aux enjeux historiques de 2017"


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 28 Août 2016 à 23:39 | Modifié le Mardi 30 Août 2016 - 01:17


Alors que les spéculations vont bon train autour d’une possible fusion des différentes formations nationalistes modérées – Inseme per a Corsica, PNC et A Chjama - en la seule entité Femu a Corsica, et que les états-majors bruissent de rumeurs diverses et contradictoires, François Alfonsi appelle à fusionner sans délai. L’ex-député européen, président de l’Alliance Libre européenne (ALE), maire d'Osani et membre de l'Exécutif et du Cunsigliu du PNC, explique, à Corse Net Infos, l’urgence de créer un parti fort, en ordre de marche, pour être à la hauteur des prochaines échéances électorales et des enjeux qui en découlent. Il revient, également, sur les raisons de son soutien à Christian Troadec, candidat régionaliste à l’élection présidentielle de mars 2017, et commente le Brexit, le choix des Britanniques de quitter l’Union européenne.


François Alfonsi, président de l’Alliance Libre européenne (ALE), maire d'Osani et membre de l'Exécutif et du Cunsigliu du PNC (Partitu di a nazione corsa).
François Alfonsi, président de l’Alliance Libre européenne (ALE), maire d'Osani et membre de l'Exécutif et du Cunsigliu du PNC (Partitu di a nazione corsa).
- Vous avez toujours été partisan de la structuration de Femu a Corsica. Etes-vous favorable, comme le propose Inseme, à une fusion rapide ?
- Oui ! Je pense qu’il faut rapidement donner suite à cette proposition. Le calendrier est contraint. Il ne reste que quelques mois avant d’arriver à une nouvelle échéance électorale. Il est très important que Femu a Corsica puisse renouveler ses succès en 2017. D’abord, parce que la collectivité unique sera une assemblée territoriale plus puissante que l’actuelle assemblée de Corse. Ensuite, dans la foulée de l’élection présidentielle, il y aura un nouvel Exécutif en France avec qui il faudra ouvrir une fenêtre de négociations. Seule, la légitimité des urnes peut nous donner la force de négocier un statut d’autonomie pour la Corse.
 
- Pensez-vous qu’une nouvelle victoire nationaliste aux prochaines élections sera suffisante pour faire sauter le verrou parisien ?
- La prochaine étape du calendrier pour la Corse est le prochain mandat présidentiel où une période assez longue s’ouvrira pour un éventuel dialogue avec l’Etat. L’actuel pouvoir étant, à Paris, en bout de course, il n’y aura pas de négociations d’ici là. Elles ne pourront venir qu’avec le pouvoir français issu des urnes en 2017. A partir de là, la confirmation d’une victoire nationaliste au bout de deux ans permettrait de créer des conditions politiques nouvelles. Le mouvement nationaliste à la tête des institutions, beaucoup à Paris pensent que ce n’est qu’un feu de paille ! Cette idée-là les arrange ! On a besoin de la démentir. La meilleure façon de la démentir est de faire rebelote au moment des élections territoriales de décembre 2017. Il faut s’en donner les moyens, ne pas perdre de temps.
 
- C’est-à-dire ?
- Le mouvement nationaliste doit faire la démonstration qu’il représente bien les aspirations du peuple corse. Aujourd’hui, nous sommes majoritaires au sein de l’assemblée territoriale, une majorité relative, mais bien réelle. Il faut démontrer que cette situation majoritaire du nationalisme est acquise pour durer et n’a rien d’éphémère. L’importance de l’élection de 2017 est peut-être bien là ! Une fois que cette démonstration sera faite aux législatives d’abord, aux régionales ensuite, je crois que Paris ouvrira les portes du dialogue. On est, quand même, dans une démocratie et il faudra bien prendre en compte les aspirations d’un peuple comme celles du peuple corse ! Avec qui ? Comment ? Dans quelles conditions ? La politique française compte aussi beaucoup d’incertitudes. On verra bien !
 
- Est-il besoin de structurer Femu pour cela ?
- Oui ! Il faut être bien structuré pour faire face à des enjeux historiques pour la Corse. Le premier objectif est de gagner les élections. Il faut pour cela une force politique importante et unifiée. Il faut, aussi, être capable d’accompagner l’action de l’Exécutif comme force de gouvernement. Femu a Corsica a la vocation d’être un parti de gouvernement auprès du président de l’Exécutif, Gilles Simeoni. Cela impose que l’on se regroupe, que l’on s’organise, que l’on occupe le terrain. Tout cela ne peut pas se faire en quelques jours avant une élection. Il faut partir maintenant. Il est plus que temps !
 
- Dans cette structuration, que deviennent les trois composantes initiales ?
- Pendant cinq ans, entre 2010 et 2015, Femu a Corsica a occupé l’espace politique et a, petit à petit, fermé celui d’Inseme, du PNC et d’A Chjama. Plus Femu occupait l’espace, plus les espaces des organisations respectives se fermaient. Une page de l’histoire s’est écrite. Sa conclusion est la victoire de décembre 2015 et le serment porté devant le peuple corse par les élus du Conseil exécutif. Aujourd’hui, une nouvelle page d’histoire est à écrire dans laquelle  Femu a toute sa place !
 
- Au sein de ces trois entités, certains restent frileux. Que pensez-vous de ces réticences ?
- L’étape, que nous vivons aujourd’hui, est une étape décisive dans le combat que nous avons commencé il y a 50 ans. Il ne faut pas s’arrêter à des petites querelles, à des problèmes ponctuels ou d’intendance. Nous devons nous mettre à la hauteur de la situation qui est historique. Il faut aussi être en mesure d’ouvrir grandes les portes à tous ceux qui désirent apporter leur énergie à la cause du peuple corse. Les jeunes, qui, aujourd’hui, veulent adhérer à un parti politique, ne se tourneront pas vers le PNC ou Inseme, mais vers Femu. Il faut leur donner une réponse immédiate, sinon ces potentialités ne nous seront pas acquises et pourront, demain, nous manquer. Une élection peut se gagner de quelques voix, mais peut aussi se perdre de quelques voix ! Rien n’est à gaspiller ! C’est trop important !
 
- Quel serait le rôle de ce nouveau parti ?
- Cette démarche politique a pour ambition de modifier la société en profondeur, comme le veut le mouvement nationaliste. Au-delà de l’impact électoral, elle a la capacité d’intervenir dans les compartiments de la vie politique. Un parti est un espace essentiel parce que c’est là que se fait la formation des militants et des cadres de demain, c’est là que s’installent des représentants qui, au niveau local, seront des relais efficaces, non seulement pour leur population, mais aussi pour porter des projets en matière de langue corse, de protection de l’environnement, de développement local… C’est très important ! C’est le parti politique qui suscite des vocations, arbitre entre les ambitions, fait en sorte que chacun trouve sa place et participe à l’œuvre commune. On ne peut pas tout faire à partir d’un Exécutif qui gère une administration, porte une parole publique et représente le peuple corse !

Christian Troadec et François Alfonsi à Bastia.
Christian Troadec et François Alfonsi à Bastia.
- A propos des présidentielles, vous soutenez la candidature de Christian Troadec qui est venu chercher un certain nombre de signatures en Corse. Les a-t-il obtenues ?
- Oui ! Franchement, sa tournée a été un bon succès. Sa démarche est compliquée à présenter, il l’a fait avec beaucoup de simplicité. Il a passé un message simple en disant que, pour faire évoluer la situation corse, il faut nouer un dialogue, et pour dialoguer, il faut être deux. Il est, donc, nécessaire de porter un autre message que le message jacobin qui a envahi les partis politiques tant à droite qu’à gauche. Le temps, où l’on pouvait espérer un 1er ministre comme Michel Rocard ou un ministre de l’intérieur comme Pierre Joxe, apparaît, malheureusement, comme révolu. Il faut, donc, obliger les nouvelles forces politiques, qui auront la conduite des affaires à Paris, à entendre un message régionaliste et à ouvrir le dialogue comme cela a été fait en Nouvelle Calédonie et même en Corse à une certaine époque.
 
- Une candidature à la présidentielle peut-elle remplir cette fonction ?
- Pas toute seule, bien sûr ! Mais, elle est un élément qui peut permettre d’y arriver en faisant exister un candidat et un message régionalistes dans une campagne électorale qui est, quand même, l’événement le plus important de la vie politique française. La candidature de Christian Troadec est un moyen de se faire entendre. Je le crois tout à fait capable de faire une bonne campagne et d’arriver à un bon résultat. C’est notre intérêt qu’il y arrive !
 
- Suivront les législatives. Femu présentera-t-il des candidats en son nom propre dans les quatre circonscriptions ?
- Certainement ! Nous étions présents aux élections précédentes, nous n’allons pas disparaître alors que nous sommes, aujourd’hui, en meilleure position. Après, dans quelles conditions ? Avec qui ? Comment ? Dans quel débat ? Tout cela est encore à réfléchir et à discuter. Personne n’a, je pense, encore d’idées définitives. Le lieu pour réfléchir et arbitrer est justement le parti politique qui donnera les investitures. Toute candidature se produit par une investiture. La crédibilité de Femu sera d’avoir une démarche transparente avec des instances représentatives qui seront, notamment, amenées à décider de ces choses-là.
 
- Etes-vous favorable à plusieurs candidatures issues du mouvement national ou à une candidature unique ?
- Parmi les objectifs importants pour le nationalisme en général et Femu en particulier, il y a celui d’avoir un ou deux ou trois ou quatre députés. Il est évident que le débat sur l’avenir institutionnel et même constitutionnel de la Corse sera d’autant plus facile que nos députés, qui seront au Palais Bourbon et participeront aux débats avec les autres députés français, seront acquis à la cause de l’autonomie. C’est une évidence ! C’est, bien sûr, l’objectif que nous devons poursuivre ! Maintenant, une élection à deux tours n’empêche pas une pluralité de candidatures au 1er tour. Faut-il y aller, dès le 1er tour, de façon regroupée ? Ce n’est pas une évidence ! C’est un débat, une question à discuter et à trancher. C’est le rôle d’un parti politique de le faire.

- En tant qu’ex-député européen, quelle a été votre réaction face au Brexit ?
- Même si la Grande-Bretagne a toujours été un pays un peu marginal dans son approche de l’union européenne, ce vote négatif est décevant. Ce qui me rassure, c’est que les Ecossais et les Irlandais du Nord ont voté, de façon massive, pour rester dans l’Europe. Cela veut bien dire que l’existence d’un nationalisme démocratique qui entend simplement affirmer sa nation et la place de sa nation dans l’Europe est quelque chose de constructif pour l’Union européenne. Par contre, une population que l’on ramène à une nostalgie de grande puissance coloniale des années 30, comme le fut la Grande Bretagne et même la France, est quelque chose d’évidemment négatif parce que le monde a beaucoup changé. La seule perspective d’avenir pour les populations qui occupent le continent européen, c’est la construction européenne.
 
- Que vont devenir l’Ecosse et l’Irlande du Nord en sortant de l’Union européenne ?
- Elles seront aspirées dans les négociations qui s’ouvrent. Je ne sais pas si le Brexit ne va pas connaître, dans les mois qui viennent, des adaptations ou des évolutions parce qu’on sent bien, y compris au sein de l’opinion publique britannique, que la perception des problèmes est bien différente avant et après le vote. Avant, les médias faisaient leur une avec les problèmes des migrants. Sauf, que les tensions migratoires ne baisseront pas dans la Grande-Bretagne hors de l’Europe par rapport à la Grande-Bretagne dans l’Europe. C’est vraiment la fausse réponse à une mauvaise question ! Après, les questions économiques restent prégnantes. Comment affronte-t-on un monde très concurrentiel si on n’est pas une puissance économique de 500 millions d’habitants, soit 8% de la population mondiale, qui pèsent 25 % du PIB (Produit intérieur brut) mondial ? Tous regroupés, nous pouvons défendre nos standards de vie, réguler les marchés extérieurs, construire des fusées Ariane ou des projets industriels à dimension mondiale… L’avenir est là ! Je ne pense pas que ceux, qui, en Grande-Bretagne, ont cédé à la nostalgie du passé, resteront longtemps sans réfléchir aux conséquences. Peut-être les évolutions seront-elles plus rapides qu’on ne le pense ! Ce qui est certain, c’est que les Ecossais, eux, ne se laisseront pas entraîner dans le précipice.
 
- Que peuvent-ils faire ?
- Ils chercheront des modalités et des alliés. Ils ont déjà été reçus par Angela Merkel, Jean-Claude Juncker, par les 1er ministres français et espagnols… dans tous leurs émois ! L’Europe, en tant qu’union européenne, n’a ni idéologie, ni nostalgie, ni passé colonial, elle n’a que des intérêts ! Et son intérêt est que les Ecossais et les Catalans restent européens. Je ne pense pas que les orgueils des Etats-nations de Paris, de Madrid ou de Londres lui imposent d’aller contre ses propres intérêts. Je ne pense pas que ce soit possible !
 
- Dans ce contexte, quelle doit être la stratégie européenne de la Corse ?
- Pour garantir notre démarche, nous sommes obligés de continuer à avoir une stratégie européenne forte, d’être en mesure de nous coaliser avec nos amis écossais, catalans, basques, flamands… et tous ceux qui portent des revendications de même nature que la nôtre. Nous devons, ensemble, porter le message que nous sommes des peuples d’Europe, que l’Europe n’a rien à craindre du peuple corse, du peuple basque, du peuple catalan, et encore moins du peuple écossais… comme les élections du Brexit l’ont récemment montré. L’Europe a tout à craindre du repli des Etats sur eux-mêmes et d’une vision hyper-nationaliste française, espagnole, britannique, hollandaise ou danoise qui finirait par la démembrer. La victoire des mouvements comme le nôtre serait une victoire pour l’Europe.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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