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Haute-Corse : L’insertion pénalise les femmes


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 17 Novembre 2012 à 01:47 | Modifié le Dimanche 18 Novembre 2012 - 02:07


Les femmes sont beaucoup plus exposées au chômage et à la précarité que les hommes. Seulement 24% bénéficient du dispositif d’insertion par l’activité économique (IAE) alors que ce secteur est en plein essor en Haute-Corse. Pour pallier ce déséquilibre, la DIRECCTE et la Mission départementale aux Droits des Femmes et à l’Egalité ont mis en place une action expérimentale pour encourager la diversification des domaines d'activité et l'élargissement des métiers proposés aux femmes. Explications conjointes de Dominique Nadaud, Déléguée départementale à la Mission aux Droits des Femmes et à l'Egalité, et de Joseph Luciani, Directeur Adjoint à l'Emploi à la DIRECCTE.


Haute-Corse : L’insertion pénalise les femmes

L’UT2B de la DIRECCTE et la Mission départementale aux Droits des Femmes et à l’Egalité de la DDCSPP de Haute-Corse ont mis en place une action expérimentale destinée à encourager la diversification des domaines d'activité et l'élargissement des métiers proposés aux femmes. L’action s’adresse aux personnels permanents des structures de l’IAE, aux prescripteurs de contrats aidés (Pôle emploi, Cap emploi, Mission locale) et aux partenaires institutionnels.
La première phase de cette action, qui s’est déroulée les 22 et 23 octobre dernier, a été animée par Thierry Benoit, secrétaire général de l’association «  la Boucle » et spécialiste du sujet. Elle a permis de déconstruire un certain nombre de stéréotypes qui affectent les trajectoires professionnelles féminines concernant notamment des  métiers qui seraient « réservés »  aux femmes et aux hommes.
Cette première phase de sensibilisation a été suivie, vendredi, d’une seconde journée qui a réuni, autour de la construction de parcours et d’une présentation d’outils destinés à favoriser l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, une quarantaine d'acteurs.


Dominique Nadaud : « Les femmes peuvent occuper tous les métiers ».
Déléguée départementale à la Mission aux Droits des Femmes et à l'Egalité
 
- Pourquoi organiser une journée sur l’égalité femmes/hommes au niveau de l’insertion ?
- Nous avons constaté la très faible présence des femmes dans le secteur de l’IAE, moins de 25%, alors qu’elles sont parmi les publics les plus exposés au chômage et les plus précarisés. De là est née une démarche regroupant tous les acteurs.
 
- Qu’est-ce que l’IAE ?
- L’insertion par l’activité économique se compose d’ateliers-chantiers d’insertion, d’entreprises d’insertion et d’associations intermédiaires. Ces dispositifs ont été créés comme des sas permettant à des personnes, très éloignées du monde de l’emploi, de s’insérer dans une activité réelle qui, à terme, peut déboucher sur un emploi de droit commun dans une entreprise ou une collectivité.
 
- Quels types de chantiers ?
- Par exemple, dans le domaine du maraîchage Bio, l’atelier-chantier A Terra Verde qui accueille, dans une parfaite mixité, des hommes et des femmes pour produire, commercialiser et distribuer des paniers de légumes et de fruits Bio à un certain nombre d’adhérents. C’est un jardin de Cocagne où les personnes, éloignées du monde de travail, vont, en deux ans maximum, à la fois, participer au chantier et travailler à leur projet personnel.
 
- Ce déséquilibre dans l’insertion tient-il à la nature des chantiers et des métiers proposés ?
- Il tient à l’histoire de l’IAE dans le département. Les premiers dispositifs d’IAE se sont inscrits dans le champ de l’environnement, au sens du débroussaillage et de l’entretien des sentiers. Ce sont des activités assez spécifiques. Même si les chantiers proposés se sont diversifiés, reste, pour les responsables de structures et les prescripteurs, la connotation que l’on ne peut orienter une femme vers ces métiers. Alors que ces dispositifs montrent que des femmes vont travailler à l’aménagement d’un sentier du patrimoine. Dans l’association Installe Toi, une femme fait du déménagement de meubles… Les femmes peuvent aller vers ces métiers.
 
- Qu’est-ce qui les en empêche ?
- Les représentations des acteurs économiques et des prescripteurs (Pôle Emploi, Mission locale…), qui envoient les publics vers les structures d’insertion, sont aussi très inscrites dans l’idée qu’il y a vraiment des métiers pour les femmes et des métiers pour les hommes. Ces stéréotypes de genre ne sont pas propres à l’IAE. Par exemple, dans le secteur important de l’activité d’aide à la personne, les hommes ne représentent qu’1% de l’effectif. Tout le monde reproduit ces stéréotypes et ces représentations. Aujourd’hui, toutes les femmes et tous les hommes peuvent occuper tous les métiers. Mais, concrètement, les femmes sont confinées dans un nombre de métiers beaucoup plus restreint que les hommes. Cette reproduction sociale ne favorise pas l’élargissement de leurs choix professionnels.
 
- Que faites-vous pour y remédier ?
- Nous avons travaillé, dans une 1ère phase, sur les représentations de tous ces métiers qui se sont structurellement et progressivement construites depuis l’enfance jusqu’à l’arrivée sur le marché du travail. Il s’agissait de déconstruire les stéréotypes et de mesurer les inégalités. Dans la 2ème phase, aujourd’hui, nous essayons de voir comment nous pouvons apporter des réponses, les construire, mobiliser des outils existants, créer aussi du partenariat pour améliorer la place des femmes dans l’IAE. Déjà émerge un certain nombre de travaux et de réflexions que les services de l’Etat, les collectivités, comme le Conseil Général, les prescripteurs et les personnels de l’IAE pourront conduire ensemble pour accompagner les publics dans la reconstruction de leur parcours.
 
- Est-ce une réflexion nouvelle ?
- C’est une étape expérimentale. Car, peu dans le secteur de l’IAE ont réfléchi à l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. Cette réflexion n’arrive pas par hasard. Nous avions déjà travaillé à la diversification des choix professionnels des femmes, à la féminisation des emplois dans le BTP et dans des secteurs traditionnellement masculins. Cela s’inscrit aussi dans une démarche volontaire des acteurs du territoire concernant l’emploi féminin.
 
- Quelle sera la prochaine étape ?
- Nous allons faire une synthèse des pistes ouvertes. Nous avons vu qu’il fallait intervenir au niveau des publics eux-mêmes car la représentation sociale des métiers pour femmes et des métiers pour hommes affectent non seulement les acteurs économiques, mais aussi les femmes et les hommes. Des femmes s’autocensurent et des hommes n’osent pas dire qu’ils aimeraient aller sur des métiers traditionnellement féminins. Nous avons envisagé un certain nombre de préconisations qu’il faudra peaufiner du côté des publics. Nous avons, également, abordé la problématique au niveau des prescripteurs, ceux qui orientent le public vers les structures sont, eux aussi, dans les stéréotypes de genre et de représentations des métiers. Nous allons également travailler dans le champ de l’entreprise qui est l’aboutissement de l’insertion.
 
Propos recueillis par Nicole MARI
 

Joseph Luciani : « L’insertion donne la primauté au masculin »
Directeur Adjoint à l'Emploi à la DIRECCTE.
 
- Quel est, pour vous, l’intérêt de participer à ce type d’actions ?
- L’intérêt est d’accompagner l’ensemble des structures de l’IAE sur le champ de la réflexion de l’accès à la diversité et le public féminin sur les offres d’emplois que ces structures sont susceptibles d’organiser.
 
- Y-a-t-il discrimination à l’emploi ou à l’insertion pour les femmes en Corse ?
- On ne peut pas réellement parler de discrimination car il y a une grande évolution de ce secteur d’activité. Mais, comme beaucoup d’autres en Corse, il fonctionne sur le schéma classique qui donne la primauté au masculin. On s’est aperçu, y compris dans l’entreprise classique, qu’agir sur les postes et les conditions de travail facilite le recrutement d’un public féminin qui peut remplir les tâches et devenir membre de ces métiers à part entière.
 
- Est-ce une question de préjugés et de mentalités ?
- Un peu, quand même ! Il y a acceptation parfois passive, pas forcément active, de la discrimination et de stéréotypes plus bloquants et pénalisants que discriminants. La réalité du marché du travail fait aussi que, lorsqu’il y a de la croissance et de l’activité, tous les publics bénéficient de l’effet favorable. Quand il y a un ralentissement de l’activité économique, souvent les publics les plus fragiles, les femmes et le seniors, pâtissent de la diminution du recrutement et alimentent l’augmentation des courbes du chômage.
Propos recueillis par Nicole MARI
 




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