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Gilles Simeoni : « Nous devons trouver des solutions d’urgence pour éviter une nouvelle crise des déchets »


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 30 Mai 2016 à 22:31 | Modifié le Mardi 31 Mai 2016 - 03:26


Deux jours après l’adoption à l’Assemblée de Corse du Plan d’action pour le traitement et la réduction des déchets ménagers, le président de l’Exécutif territorial (CTC), Gilles Simeoni, s’est rendu, lundi après-midi, à Tallone pour rencontrer le Conseil municipal en présence du préfet de Haute-Corse. Le but de cette réunion technique était de discuter de la réouverture partielle du centre de traitement des déchets, sous certaines conditions et pour une durée maximale de trois ans. Mais, le collectif de riverains, Associu Per l'Arena, opposé à toute forme de réouverture et qui a déposé trois plaintes pour faux et usage de faux, a empêché la tenue de la réunion. Gilles Simeoni explique, à Corse Net Infos, qu’il est hors de question de pérenniser le modèle tout-enfouissement et tout-transport, mais qu’en attendant la généralisation du tri à la source, il faut trouver des solutions transitoires afin de désamorcer la nouvelle crise des déchets qui menace l’île dans trois semaines.


Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse (CTC).
Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse (CTC).
- Quel était l’objet de cette réunion à Tallone ?
- C’était une réunion d’information après le vote, vendredi dernier, par l’Assemblée de Corse, du Plan d’action pour le traitement et la réduction des déchets ménagers. Ce plan est une victoire importante et un acte politique majeur conforme aux engagements que nous avons pris devant les Corses pendant la campagne électorale et à travers notre contrat de mandature. Il acte la rupture claire et revendiquée avec l’ancien système qui combinait l’enfouissement en vrac des déchets et le tout-transport. Un système dont le coût et les dérives ont été plusieurs fois pointés du doigt, notamment par la Chambre régionale des comptes. Des coûts de collecte et de traitement parmi les plus élevés d’Europe ! Des dysfonctionnements en termes de marchés publics, des anomalies dans le pesage et la facturation… Ce plan vise à engager, en cinq ans, la Corse dans un système radicalement nouveau de tri généralisé à la source, combiné à titre principal à la valorisation des déchets triés et à titre accessoire à l’enfouissement résiduel des déchets inertes.
 
- Réussirez-vous à mettre en œuvre ce plan ? L’opposition de droite et de gauche en doute !
- Avec la volonté politique et les moyens financiers que nous mettrons en œuvre et avec la sensibilisation, l’éducation et l’investissement de tous les Corses, c’est plus que faisable ! L’expérience l’a démontré ailleurs. La gauche et la droite ont tenté d’édulcorer le plan et de le vider de sa substance à travers une double demande. Elles voulaient, d’une part, allonger considérablement les délais de mise en œuvre pour les porter à 8 ou 10 ans. Ce qui n’est absolument pas adossé à la nécessité d’une rupture radicale et rapide ! D’autre part, imposer un tri mécano-biologique (TMB) pérenne qui est antinomique avec le tri à la source. Le TMB exige des investissements très lourds qu’il faut rentabiliser avec des déchets non triés afin que le tri se fasse sur place. Nous y sommes opposés.
 
- Pensez-vous, dans ces conditions, qu’elles joueront le jeu ?
- Le groupe Primà a Corsica et le groupe Le Rassemblement continuent de réaffirmer qu’ils sont pour le tri à la source, mais leur comportement pendant les débats et leur vote ne permettent pas de le confirmer. Nous espérons, maintenant, qu’ils le confirmeront dans leurs comportements en appliquant le Plan. Nous comptons sur les collectivités pour jouer le jeu.
 

Dans les rues de Bastia, fin 2015.
Dans les rues de Bastia, fin 2015.
- Comment allez-vous gérer l’urgence et la crise annoncée ?
- Nous devons gérer une période transitoire à deux niveaux : le moyen terme, c’est-à-dire les trois années avant que le plan ne monte en charge, et l’urgence à l’orée de l’été avec la crise annoncée dans trois semaines et la menace de voir s’accumuler les déchets dans les rues. C’est pour cela que nous nous sommes rendus à Tallone même si cette situation n’est pas de notre responsabilité. Elle est issue de l’héritage et des scories de l’ancien système, elle n’est même pas de notre compétence au plan juridique. Mais, nous considérons qu’il est de notre responsabilité politique de nous impliquer activement pour essayer d’identifier des solutions qui permettront d’échapper à la catastrophe annoncée. Celle-ci peut prendre deux formes : soit des ordures dans la rue, soit l’exportation massive des déchets, juridiquement très aléatoire, économiquement ruineuse, écologiquement terriblement régressive et politiquement inenvisageable pour un territoire insulaire qui a vocation à être autonome et dans une logique d’écodéveloppement. Ces deux options sont inacceptables !
 
- Y-a-t-il des solutions alternatives ? La réouverture du site de Tallone avec la création d’un nouveau casier est-elle une voie possible ?
- C’est une hypothèse qui court depuis plusieurs semaines. Nous avons, donc, jugé de notre devoir de nous impliquer dans la discussion et de mettre en avant des conditions nécessaires et, éventuellement non suffisantes, à remplir pour envisager un tel processus. Il n’est pas question que nous laissions faire les choses dans un sens qui ne serait pas conforme à l’intérêt général. Nous avons entamé une discussion avec le maire de Tallone et le préfet de Haute-Corse pour connaître leurs positions. Le maire nous a invité à venir présenter devant son Conseil municipal les orientations d’ensemble de la CTC et les critères qui nous paraissent exigibles pour l’ouverture d’un nouveau casier. Etait, également, prévue une discussion technique sur un projet d’une unité de valorisation de fermentescibles agricoles, porté par l’opérateur privé et déjà présenté à la DREAL (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement), mais dont nous ne connaissons pas les détails. C’était une réunion d’information réciproque, en aucun cas conclusive. J’ai, donc, pris attache avec le collectif opposé à la réouverture de Tallone pour le lui expliquer.
 
- Quelles garanties exigez-vous pour la réouverture ?
- Il y a six garanties que nous considérons comme indispensables et non négociables : une ouverture limitée dans le temps, au maximum deux fois 18 mois ; le traitement des lixiviats ; la compatibilité avec notre Plan d’action, notamment pas de TMB ; la diminution, concomitante à l’ouverture du site et à son fonctionnement, des fermentescibles à travers la limitation des apports en amont grâce à la politique mise en œuvre notamment par la CAB (Communauté d’agglomération de Bastia) et sur place par éventuellement l’installation de l’unité de valorisation de fermentescibles agricoles. Egalement, la diminution des nuisances et la sécurisation juridique de l’opération. Enfin, un comité de suivi incluant les riverains pour vérifier, mois par mois, qu’il n’y ait aucune dérive par rapport aux engagements pris avec comme sanction éventuelle à la moindre dérive : la fermeture du site.
 

Le centre d'enfouissement de Tallone avant sa fermeture.
Le centre d'enfouissement de Tallone avant sa fermeture.
- La réouverture de Tallone règlerait-elle le problème de la crise annoncée dans trois semaines ?
- Oui ! Si elle est retenue, l’option de Tallone, combinée à une gestion avec les sites de Prunelli et de Viggianellu, permettrait de faire face à la période d’urgence sans avoir recours à l’exportation des déchets. C’est une piste sérieuse sous réserve d’une réponse positive aux exigences que je viens d’énoncer. Avec un élément important : le phasage. Le pic estival pourrait être géré par les sites existants, en sachant que Tallone ouvrirait un casier avant la rentrée. Parallèlement, la politique de tri à la source commencera aussi à se mettre en place à partir de septembre. Par conséquent, de moins en moins de fermentescibles arriveront dans les centres d’enfouissement.
 
- Dans ces conditions, pourquoi le collectif de riverains a-t-il empêché la tenue de cette réunion ?
- Le problème, c’est qu’à Tallone, comme ailleurs, les gens sont échaudés. Cela fait des décennies qu’ils entendent : « Ne vous inquiétez pas, ça va aller mieux », or ça ne va jamais mieux et ça va même toujours de pire en pire ! Partout, les riverains nous disent qu’on leur a fait trop de promesses sans lendemain et qu’il ne faut plus rien leur demander. Cela montre combien les sensibilités sont à fleur de peau et combien le chemin est difficile  parce que nous héritons d’une situation qui s’est sédimentée et dégradée au fil des années avec un déficit de confiance, des systèmes qui ont dysfonctionné… Mais si tout le monde reste sur cette position, on est dans une situation de blocage, certes héritée du système ancien, mais qui nous pénalise aujourd’hui et demain.
 
- Qu’allez-vous faire ?
- Nous allons essayer d’en sortir. Nous organiserons une autre réunion pour obtenir les informations techniques qui nous manquent et que nous transmettrons au Collectif. Nous n’avons rien à cacher. Aucune décision n’est encore prise. Nous sommes au début d’un processus certes resserré, mais qui vise à voir si les choses sont faisables ou pas dans des conditions conformes au Plan et à notre philosophie générale qui incluent de prendre en compte les doléances des riverains, les exigences des agriculteurs… Notre responsabilité politique, en tant qu’Exécutif de Corse, est de peser de tout notre poids pour trouver des solutions de court terme conformes à l’intérêt général. Il faut trouver la solution la moins mauvaise pour passer la crise qui se profile devant nous. C’est la raison pour laquelle je suis, également, disponible pour aller discuter à Prunelli ou à Viggianellu.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.

 

Le collectif Associu Per l'Arena a déposé trois plaintes pour faux et usage de faux.
« Trois plaintes ont été déposées devant le procureur de la République pour faux et usage de faux. On ne peut pas, dans une décharge comme celle de Tallone, enfouir à raz des riverains. Il faut un périmètre de sécurité que les riverains ont refusé. Ils ont découvert que, dans le dossier d'exploitation, des signatures ont été imitées de leur part pour pouvoir permettre l'autorisation de l'exploitation du site », explique Jean-François Renucci, trésorier du collectif Associu Per l'Arena. Le Collectif, opposé à toute réouverture du site, a interpellé le maire de Tallone et le Préfet au sujet de ces signatures et des trois plaintes.
 
 



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