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Ghjurnate Internaziunale di Corti : L'utopie kurde


le Dimanche 9 Août 2015 à 13:42 | Modifié le Dimanche 9 Août 2015 - 14:11


« Résistance et Libération Nationale », c'est le thème de la conférence inaugurale de cette trente-cinquième édition des Ghjurnate Internaziunale. Deux invités ont évoqué tour à tour les situations politiques de leur pays : Moussa Ag Assarid pour le Mali et Mehmet Yuksel, un kurde de Turquie qui vit aux États-Unis. C’est ce dernier qui va nous éclairer sur ce que vit actuellement son peuple.


La géopolitique des kurdes. C’est un sujet qui peut paraître… indigeste. Pourtant l’exemple kurde représente tout ce qu’il y a de noble dans une révolte : une lutte sociale humaniste et égalitaire, une lutte politique contre la corruption et l’abus de pouvoir et une lutte armée contre l’ennemi intégriste : DAESH.
De quoi inspirer certains nationalistes insulaires…
 
Le peuple kurde représente plus de 40 millions de personnes réparties sur 4 pays : la Syrie, l’Iran, l’Irak et la Turquie où vivent la moitié d’entre eux. Plusieurs langues sont parlées en Turquie : l’arabe, l’assyrien, l’arménien et le kurde. La langue kurde se divise en quatre branches dont la principale est parlée par plus de 25 millions de kurdes sur l’ensemble des 4 états. La grande majorité des kurdes est musulmane, principalement des sunnites, mais il y a aussi des kurdes chiites en Irak, des sunnites en Iran, des yézidis au Kurdistan irakien, turc et iranien, des kurdes chrétiens, des assyriens chrétiens, des arméniens… et encore d’autres "identités " ou ethnies qui vivent sur ce territoire, à cheval entre quatre états, et que l’on appelle le Kurdistan. 
 
Mehmet Yuksel est le représentant du Peoples’Democracy Party aux USA. Il s’agit d’un parti politique turc (HDP) au titre duquel il est membre de la commission des affaires étrangères.
Interrogé sur la situation actuelle du peuple kurde il répond : 
 
« Je peux surtout parler de la partie turque. Notre situation c’est que nos résultats électoraux ont réussi à bloquer Erdogan - président de la Turquie -, à l’empêcher de choisir seul son gouvernement. S’il avait réussi à nous éliminer politiquement, nous empêcher d’avoir 10%, nous ne serions pas au Parlement et il aurait pu faire ce qu’il voulait. »
 
- Le président Erdogan fera tout pour qu’il ne soit pas question d’indépendance, est-ce vraiment la priorité de votre combat actuel ?
 
« Nous voulons la décentralisation. Pas uniquement pour avoir une partie kurde autonome, nous voulons créer 25 régions dans le pays. Il y a cinq ans on nous traitait de séparatistes, aujourd’hui les gens comprennent que c’est pour lutter contre la corruption. Pour l’instant, Erdogan est au centre de toutes les décisions. Décentraliser le pouvoir en régions c’est limiter les risques de corruption. Et puis, cela permettrait aussi à la population de pouvoir demander des comptes aux autorités locales. Aujourd’hui les gens sont obligés de faire le déplacement jusqu’à Ankara pour discuter avec les élus. 
 
Cette décentralisation doit aussi se faire du point de vue culturel, par l’officialisation de toutes les langues qui sont parlées sur le territoire par exemple. Et nous pensons que c’est à une autorité locale d’imposer cette décision de faire apprendre ces langues dans les écoles. 
 
En Turquie, cohabitent de multiples ethnies. Jusqu’à maintenant, ils ont toujours suivis le nationalisme turc. Mais je crois qu’à l’avenir, dans 5 ans, 10 ans, nous aurons toutes ces composantes qui œuvrent à nos cotés pour défendre leurs identités locales. 
 
Et au niveau économique aussi. Des villes comme Ankara et Istanbul génèrent une économie, mais la capitale ne soutient pas les autres régions, elle gère à sa convenance, parfois contre l’avis et l’intérêt des populations locales. Le problème des kurdes est une situation qui touche aussi toutes sortes de populations à travers le pays. »
 
- Dans ces quatre pays, est-ce que le peuple kurde souhaite la même chose ? Un état fédéral kurde ?
 
« La situation actuelle est complexe. Ėtant donné la diversité des régimes et forces politiques dans ces quatre pays, chaque partie du Kurdistan a besoin d’une solution différente.
 
La question d’une solution fédéraliste, c’est la bataille du futur. 
 
Ce que nous voulons, ce serait pouvoir être capables de gouverner nous même notre territoire, y vivre en sécurité, et pouvoir faire vivre notre culture et notre identité dans chacun de ces 4 états. »
 
- Vous avez un objectif d’égalité hommes/femmes dans votre politique, parlez nous de ces mairies à double gouvernance…
 
« Oui, chez nous, les listes contiennent forcément une femme pour chaque homme, et une fois élus, ils alternent. C’est un mode de fonctionnement qui n’a pas plu aux autorités. Ils ont annulés nos élections et tenté d’interdire ce choix, mais nous avons continué quand même, et finalement ils ont plié.Mais ce n’est pas simplement pour cela, c’est pareil dans tout le parti. Pour chaque homme il y a une femme, c’est important de leur donner la possibilité de s’exprimer publiquement. Faire voir qu’elles ont elles aussi du pouvoir. C’est intéressant de voir qu’elles ont une manière différente de gouverner et ces deux modes combinés rendent notre société plus forte selon moi. »
 
- C’est un idéal culturel kurde qui se ressent dans les 4 pays?
 
« Plus particulèrement dans le mouvement kurde de Turquie qui a ensuite atteint les autres. La Syrie, l’Iran et petit peu l’Irak bien qu’il y ait des partis politiques plus traditionalistes.
 
Ce choix de donner de l’importance aux femmes a fait changer la situation au Parlement turque. Dans nos listes électorales, sur 550 candidats 268 étaient des femmes. Avec ces listes nous avons fait élire 48 hommes et 32 femmes. Les partis traditionalistes n’ont pas pu aller contre cela, il ont du faire un peu de place pour quelques femmes. Pas autant que nous mais ils ont été obligés. Les femmes turques auraient pensé que ce n’était pas normal que les femmes kurdes soient si nombreuses et que les turques soient, elles, excluent du Parlement turc. Et actuellement, il y a plus de femmes au Parlement turc que dans beaucoup de pays occidentaux.
 
Nous ne faisons pas cela que pour les femmes. Nous avons fais élire les premiers arméniens, le premier assyrien, des chrétiens… Le Parlement a vu arriver ces gens qui jusque là n’auraient eu aucune chance d’y parvenir. Le nationalisme turc a stigmatisé les arméniens, les a désignés comme une menace pendant longtemps. C’est un nationalisme d’enfermement et nous avons la volonté d’aller vers une ouverture. C’est une façons de faire réfléchir les gens. Y compris du point de vue religieux. Erdogan avait instrumentalisé la religion, il l’avait associé au nationalisme. Nous luttons contre cela, en faisant élire des kurdes, des arméniens, des musulmans, des chrétiens, nous faisons avancer les mentalités. Cela faisait des décennies que l’on disait aux turcs que les kurdes étaient des gens différents, mauvais, et maintenant le peuple turc découvre que nous fonctionnons de manière tout à fait démocratique, que nous faisons élire des gens qui ne sont pas kurdes, qui ne sont pas musulmans, etc.
 
Aux prochaines élections présidentielles, nous pouvons même espérer qu’un candidat kurde soit élu un jour. La représentation du nationalisme turc et de l’étatisme turc est mise à mal aujourd’hui. Elle ne peut plus créer de peurs autour de gens comme le kurdes ou les arméniens comme c’est le cas depuis 80 ans. C’est un changement énorme que nous voulons pour notre société : l’égalité. »
 
- Pour vous qui vivez aux États-Unis, quelle est la vision américaine sur la situation kurde ?
 
« La politique américaine concerne plutôt les kurdes irakiens, pas les autres. Et en Irak, ils n’ont jamais soutenu une indépendance kurde, ils ne veulent pas prendre part à ces questions pour ne pas offenser les états. Mais si un jour le Kurdistan irakien déclare son indépendance, ils ne pourront que l’accepter. Le Kurdistan d’Irak est un système qui fonctionne bien, c’est le seul dans le pays aujourd’hui. »
 
- Par rapport à DAESH, Erdogan est il "complice " ?
 
« La Turquie a aidé DAESH et d’autres groupes radicaux en Syrie en les armant, en les formant, en leur donnant des informations, en les laissant traverser les frontières pour aller combattre, etc.
 
La communauté internationale n’a pas soutenu les kurdes au début, pendant longtemps nous avons été exclus des dialogues. Depuis qu’ils ont découvert que nous étions les seuls à combattre contre DAESH ils ont commencés à nous aider… »
 
L’Utopie est un mot créé par Thomas More pour son roman Utopia. Il s’agit d’un mot formé à partir du grec : "Ou" = non et "Topos" = lieu, ce lieu qui n’est pas un lieu. Un peu comme ce Kurdistan. Un pays qui n’est pas un pays.
La définition du Larousse résume l'utopie ainsi : « Construction imaginaire et rigoureuse d’une société, qui constitue, par rapport à celui qui la réalise, un idéal ou un contre-idéal ». Une définition qui colle parfaitement à la situation kurde. Et elle continue ainsi : « Un projet dont la réalisation est impossible ».
Mais ce n’est pas parce que l’utopie est un état parfait qui, par définition ne peut pas exister, qu’il ne faut pas s’y diriger pour autant…




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