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Gauche autonomiste : "Il est temps que la clarté s’instaure dans un débat confus"


Rédigé par le Samedi 3 Mai 2014 à 00:29 | Modifié le Samedi 3 Mai 2014 - 00:46


"Il y a quelques mois, une large majorité, a été trouvée à l’assemblée de Corse pour voter l’instauration de la co­officialité entre la langue corse et la langue française sur le territoire insulaire" souligne dans un long communiqué Vincent Carlotti pour la gauche autonomiste.


Gauche autonomiste : "Il est temps que la clarté s’instaure dans un débat confus"
Le 24 avril dernier une courte mais nette majorité de 29 élus sur les 51 que compte l’assemblée s’est rassemblée pour voter, sur rapport de l’exécutif, le principe d’un statut de résident destiné à restreindre le droit d’accession à la propriété aux personnes physiques et morales justifiant d’une résidence permanente d’au moins 5 ans sur l’Île, renvoyant à une commission le soin de traiter le cas des corses de l’extérieur.
Nous  partageons  les  préoccupations  des  élus  qui  ont  voté  ces  dispositions :  la  langue corse est en perdition, et la spéculation foncière fait des ravages dans notre Île, rendant de plus en plus difficile l’accession à la propriété des insulaires pendant que des milliers de logements  sont  inoccupés  plus  de  la  moitié  de  l’année,  pendant  que  le  sentiment  de
dépossession de leur patrimoine par les corses se renforce.
Nous sommes  par contre très réservés, et nous le disons depuis le début de la mandature, sur la méthode  choisie  par l’assemblée  de  Corse  pour  que  ces  propositions,  qui  se  heurteront  à l’opposition du conseil constitutionnel, puissent avoir une chance d’aboutir un jour.
Considérer  que  la  France  pourrait  donner  droit  à  ces  mesures,  y  compris  la  reconnaissance juridique du peuple corse votée dans les mêmes conditions à plusieurs reprises naguère, revient en définitive, si l’on tient compte de son histoire, à lui demander de renoncer à ce qu’elle est au regard de cette histoire.
 
Contrairement à ce que l’on avance, ce n’est pas une hypothétique inscription de la Corse dans la Constitution qui  y changera quelque  chose. Les experts  cités par l’exécutif dans  son rapport le reconnaissent  d’ailleurs implicitement.
La France a par contre  octroyé à la Polynésie un statut d’autonomie dont tous les juristes sans exception consultés par l’assemblée de Corse, à commencer par le professeur Guy Carcassone, estiment qu’il permettrait de trouver une issue à la plus grande partie des problématiques soulevées, y compris celle qui fait débat aujourd’hui.
Alors nous posons franchement la question : pourquoi les 29 élus qui ont accepté de chevaucher ce  qui reste,  en  l’état,  la chimère  du  «  statut »  de  résident,  continueraient-­ils  à  refuser  de  se prononcer  clairement  sur  la  question  de  l’autonomie  ?  Quelles  sont  les  arrières- pensées boutiquières qui ont empêché jusqu’à ce jour que l’on appelle chat un chat ?
A quoi rime la recherche du consensus quand on mesure à quel point  certains élus ont émis d’autant  plus  volontiers  un vote  favorable  qu’ils  sont  persuadés  qu’il  ne  connaitra  pas d’application ?
La Corse n’est pas une région métropolitaine comme les autres : si les mots ont encore un sens elle est elle­même  ultra­marine, et mérite à ce titre qu’un traitement adapté lui soit réservé.
Existe-t­ il une autre région française métropolitaine dans laquelle un mouvement qui se déclare pour  l’indépendance  sans condamner  un  appareil  clandestin  qui  pratique  la  violence  politique, parfois  extrême,  depuis  plus  de  30  ans,  a obtenu  plus  de  10%  des  suffrages  aux  dernières élections territoriales de 2010 ?
Inutile de chercher, il n’y en a pas d’autre.
Existe ­t-il une autre région métropolitaine dans laquelle un mouvement qui réclame l’autonomie interne pour l’Île et dénonce le « caractère colonial » de la présence française dans l’Île a obtenu plus de 26 % des suffrages à la même consultation et dont le leader vient d’être élu maire de la capitale économique de la région ?
Inutile de chercher, il n’y en a pas d’autre.
Existe ­t-­il une autre région française métropolitaine dans laquelle  se pose un problème avec la langue régionale  assez aigu pour qu’une assemblée élue se prononce à une forte majorité pour instaurer la co­officialité de cette langue  et de la langue française sur son territoire ?
Inutile de chercher, il n’y en a pas d’autre.
Existe­ t­-il  une  autre  région  française  métropolitaine  qui  à  trois  reprises  ait  fait  l’objet  d’uneimportante réforme institutionnelle, qui éprouve aujourd’hui le besoin d’aller plus loin, et qui vientde décider de la mise en œuvre d’un statut qui n’accorderait qu’à ses résidents, sous certainesconditions,  le  doit  d’acquérir  un  bien  foncier  sur  son  territoire  ,  en réponse  au  sentiment  dedépossession  qui  envahit  et  angoisse  aujourd’hui  les  corses  devant  l’explosion  des  prix des terrains constructibles à laquelle ils ne peuvent plus faire face ?
Inutile de chercher, il n’y en a pas d’autre.
Il est temps que la clarté s’instaure dans un débat confus et dont l’issue apparait chaque jour un peu  plus  incertaine.  Les postures    politiciennes  doivent  à  présent  laisser  la  place  au  débat politique, et la majorité territoriale doit  consacrer le temps qui lui est  compté à  s’occuper de laprécarité qui gagne chaque jour, du chômage qui ne cesse de progresser, d’un développement économique en déshérence, et à finaliser enfin le dossier du PADDUC pour qu’il ne reste pas un catalogue de bonnes intentions.




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