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G. Simeoni : "On ne peut pas demander aux Corses de renoncer à ce qu’ils sont"


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 22 Août 2013 à 22:06 | Modifié le Vendredi 23 Août 2013 - 01:24


Lors de l’annonce par Femu a Corsica de sa rentrée politique, le 15 septembre, à 14h30, à l’Université de Corse, Gilles Simeoni a réagi aux récentes prises de positions de divers élus insulaires, à la polémique sur le statut de résident et aux attaques violentes qui lui ont succédé, hors de l’île. Le leader nationaliste modéré avoue, à Corse Net Infos, sa stupéfaction et son incompréhension face à certaines réactions locales. Il annonce que son groupe politique déposera une motion à l’Assemblée de Corse (CTC) pour faire cesser l’impunité juridique en matière de diffamation contre les Corses.


Gilles Simeoni, co-leader de Femu a Corsica, élu territorial et conseiller municipal de Bastia.
Gilles Simeoni, co-leader de Femu a Corsica, élu territorial et conseiller municipal de Bastia.
- Quel est l’enjeu de cette rentrée politique du 15 septembre ?
- Cette année, la rentrée politique a une importance particulière eu égard au contexte dans lequel elle s’inscrit. Nous allons aborder, à la fin du mois, à la CTC, la question de la révision constitutionnelle qui, pour nous, s’insère dans un fil historique. Les 40 dernières années ont été marquées par les luttes incessantes sur tous les terrains du peuple corse pour son droit à la langue, à la défense de sa terre, de son identité, de son économie, de sa jeunesse, son droit au travail et à la formation, tout simplement son droit à la vie. Le débat, que nous aurons, est dans la droite ligne de tous ces combats.
 
- Ces combats n’ont-ils pas, aujourd’hui, largement débordé le cadre nationaliste ?
- Oui. Les idées, qui, hier, étaient portées par les seuls Nationalistes, ont largement pénétré la société corse et sont, aujourd’hui, susceptibles de faire l’objet d’un large consensus avec d’autres forces politiques. Le travail, qui a été réalisé à la CTC depuis 3 ans, sur des questions fondamentales comme le PADDUC (Plan d'aménagement et de développement durable de la Corse), la défense des Arrêtés Miot, le statut de la langue corse et, bientôt nous l’espérons, la question foncière et le statut de résident, démontre cette possibilité de construire des consensus sur des thématiques qui sont au cœur de notre engagement politique.
 
- La déclaration de Paul Giacobbi en faveur du statut de résident vous a-t-elle surpris ?
- Non. Elle ne peut pas être une surprise pour tous ceux qui s’intéressent à la politique insulaire sur le fond. Dès les Assises du foncier, il y a plus de 2 ans, Paul Giacobbi avait dit que le statut de résident lui paraissait être une des réponses indispensables à la lutte contre la dépossession et la spéculation foncières. Il avait, ainsi, rejoint l’analyse développée par l’ensemble des Nationalistes. Si la forme de son propos peut surprendre, le fond n’a rien de novateur. Comme c’était prévisible, cette intervention a cristallisé un certain nombre de réactions négatives qui ont emprunté un argumentaire outrancier, voire même injurieux.
 
- Comment réagissez-vous aux propos de Marcel Francisci qui vante les bienfaits de la spéculation pour la Corse ?
- Tout ce qui excessif devient insignifiant ! Depuis 3 ans, nous travaillons à la CTC, dans les Commissions comme en session plénière, pour tenter de définir, ensemble, avec toutes les forces politiques présentes, les mesures qui seront de nature à lutter contre la spéculation et la dépossession foncières. Marcel Francisci et son groupe ont été totalement absents des débats et n’ont jamais avancé l’ombre d’une proposition réaliste et sérieuse. Cette carence les disqualifie, déjà, largement.
 
- Que pensez-vous de son argumentaire ?
- Il est totalement stupéfiant. Surtout, au regard de la hausse vertigineuse des prix et de l’interdiction de fait qu’elle entraine pour la grande majorité des Corses, notamment les plus faibles économiquement et les plus jeunes, d’accéder au foncier, à la terre et au logement. Sans oublier le risque que cette situation fait courir sur le lien inusable existant entre tous les Corses et leur terre… Je ne comprends pas comment Marcel Francisci peut prétendre que cette spéculation a des effets favorables ! En opposition radicale avec cette analyse, nous pensons, bien au contraire, qu’il faut arrêter la logique spéculative, interdire la dépossession et faire en sorte que les Corses, individuellement et collectivement, puissent maîtriser leur foncier.
 
- Les Communistes sont tout aussi hostiles au statut de résident. Comment jugez-vous la réaction de Francis Riolacci ?
- Je suis en total désaccord avec l’analyse et l’attaque publique de Francis Riolacci contre les positions prises par Maria Guidicelli et d’autres membres de la majorité territoriale. Jean Louis Luciani a tout à fait raison quand il rétorque que faire croire que l’emploi public peut résoudre les problèmes du chômage est un leurre et qu’il faut développer le secteur privé. Ce qui est absolument compatible avec les mécanismes de justice sociale. Je ne comprends pas que Francis Riolacci puisse être opposé aux orientations prises concernant, notamment, le vote du PADDUC. Des orientations auxquelles le groupe Femu a Corsica a largement contribué et autour desquelles une majorité s’est construite.
 
- Que révèlent, selon vous, ces prises de position ?
- Il y a, dans ce pays, à gauche, comme à droite, des gens fondamentalement conservateurs qui ne veulent pas que les choses changent. Or, le sens de ce que nous vivons est précisément de permettre l’émergence d’une classe politique de progrès, qui veut aller de l’avant. Une classe réunissant des Nationalistes et des gens de gauche et de droite qui conservent, chacun, leur identité politique respective et ne sont pas d’accord sur tout. Mais, ils ont compris que, sur un certain nombre de points fondamentaux, il faut réussir à construire des consensus parce qu’il en va tout simplement des intérêts vitaux de ce pays et de ce peuple.
 
- Ne craignez-vous pas l’impact des conservateurs sur l’issue du vote qui aura lieu fin septembre ?
- Depuis plusieurs mois, je dis que nous nous rapprochons du moment de vérité et que le travail technique doit nécessairement déboucher sur des choix politiques. Aujourd’hui, nous y sommes. D’un côté, les conservatismes et les archaïsmes sont en train de se coaliser. De l’autre, il y a la volonté d’engager la Corse sur un chemin d’émancipation pour lui donner les moyens de ses politiques publiques dans le domaine de la langue, de la maîtrise du foncier, du développement économique et de son inscription dans un environnement européen et méditerranéen. Même si ce chemin est quelque fois malaisé et incertain avec des désaccords ou des insuffisances, c’est celui qu’à Femu a Corsica, accompagné des autres forces de progrès, nous empruntons résolument.
 
- Que vous inspirent les réactions outrancières que le statut de résident provoque hors de l’île ?
- Les réactions outrancières sont de deux ordres. D’un côté, les prises de position d’un certain nombre de faiseurs d’opinion ou d’hommes politiques sans réelle stature nationale traduisent un sentiment qui semble, malheureusement, être assez largement partagé en France vis-à-vis de la Corse, un sentiment de mépris mâtiné de jalousie pour ce que nous sommes. Je pense notamment à Mr Souillard, à Mr Dupont-Aignan ou à Mr Barbier dont les attaques, souvent insultantes, sont développées d’autant plus volontiers qu’elles bénéficient d’une impunité juridique. En l’état actuel, la Cour de Cassation considère que la Communauté corse, n’existant pas juridiquement, ne peut pas être défendue devant les Tribunaux. Il faut réfléchir à faire évoluer la loi.
 
- Que comptez-vous faire concrètement pour lever cette impunité juridique ?
- Il ne peut pas y avoir de diffamation envers les Corses parce que la loi pénale actuelle, qui date de 1881, ne reconnaît pas la communauté corse d’un point de vue juridique. Elle permet de réprimer les injures et les propos diffamatoires à l’encontre d’une personne ou d’un groupe appartenant à une ethnie, une nation, une race ou une religion. Il faut, à notre sens, que la CTC prenne une délibération et ajoute à la loi actuelle : la notion de personnes appartenant à un groupe humain ou à une communauté humaine identifiable. Les Corses étant incontestablement une communauté humaine identifiable d’un point de vue historique, linguistique et géographique, cette notion permettra, éventuellement, de réprimer les propos diffamatoires à notre encontre. Nous allons déposer une motion dans ce sens.
 
- Le positionnement radical de responsables politiques nationaux n'est-il pas tout autant inquiétant ?
- C’est vrai que le positionnement d’un certain nombre d’hommes politiques de premier plan de gauche et de droite, comme Manuel Valls, Jean-François Copé ou Xavier Bertrand, est fondamentalement inquiétant. Ils se servent de la Corse comme d'un fond de commerce électoral et d'un objet de surenchère permanente. Ils viennent dire que, quelque soit la volonté des Corses, y compris si elle est majoritaire, quelques soient les votes des élus de la CTC, y compris s’ils sont acquis à des majorités très importantes, rien ne changera ! La Constitution n’évoluera pas, le statut de coofficialité ne sera pas mis en œuvre, la politique foncière n’est pas envisageable….! Ces positions sont inquiétantes et dangereuses.
 
- Ne renvoient-elles pas au même blocage idéologique qui perdure en dépit des évolutions ?
- Elles renvoient, à 40 ans d’intervalle, à la fameuse phrase de Libert Bou qui s’était écrié lors d’une réunion publique : « Même 200 000 Corses autonomistes ne feraient pas changer la Constitution ! ». Elles prouvent, à travers les décennies, la persistance d’une attitude de négation et de refus qui est fondamentalement antidémocratique et que nous ne pouvons pas accepter. Nous sommes des gens de dialogue, irrévocablement attachés à l’action démocratique, mais cette logique-là est forcément porteuse de conflits. On ne peut pas demander à la Corse et aux Corses de renoncer à ce qu’ils sont, de renoncer à défendre leurs intérêts fondamentaux sous prétexte que la Constitution actuelle ne permet pas de les prendre en compte.
 
- Pourquoi, selon vous, la Corse déclenche-t-elle une telle hystérie médiatique et verbale ?
- Parce qu’elle touche à des choses fondamentalement importantes pour l’Etat français, c’est-à-dire son essence jacobine et son refus de prendre en compte, dans toute sa dimension, son histoire coloniale. Son refus, aussi, de reconnaître que sa politique, en Corse, s’est largement assise sur le recours à la force et à la brutalité. Enfin, son incapacité, dans son jacobinisme actuel, à prendre en compte et à reconnaître l’existence d’un petit peuple qui, malgré les politiques d’intégration, d’assimilation, tantôt volontaires, tantôt brutales, perdure avec sa langue, sa culture, son identité et ses intérêts propres.
 
Propos recueillis par Nicole MARI

Les militants et élus de Femu a Corsica rassemblés autour de Gilles Simeoni et Jean-Christophe Angelini.
Les militants et élus de Femu a Corsica rassemblés autour de Gilles Simeoni et Jean-Christophe Angelini.
Interview à lire sur CNI :
Jean-Christophe Angelini : « C’est le moment de se mobiliser pour peser sur les débats »




1.Posté par Lisandru le 23/08/2013 17:24
Raisonnement de la minorité opposée à la réforme :

- De mon temps, ça n'existait pas, donc ça ne doit pas exister aujourd'hui

- Ce que j'ai vécu (la privation de la langue, la négation de mon histoire, l'exil), les jeunes doivent le vivre aussi

- Pourquoi revitaliser notre langue ? Je ne parle pas anglais, je ne parle pas le corse, je ne suis que monolingue, et je ne vois pas pourquoi les jeunes devraient être plus instruits que moi

- J'ai pu rentrer tous les étés, tous les Noël et Pâques, grâce à la maison de mes ancêtres, que j'ai gardée grâce aux arrêtés Miot. Maintenant, je suis âgé, et j'ai eu ma vie. Que les jeunes n'aaient pas la même chance, je m'en fous. Après moi, le déluge. Je ne serai pas là pour le voir.

- Le but d'un système politique est de protéger les habitudes des vieux, et pas de garantir l'avenir des jeunes. Ce que mon enfant va devenir, je m'en fous. Je ne serais plus là.

- Ca ne me dérange absolument de voir mon peuple insulté à longueur d'antenne dans les médias nationaux. Ces insultes ne me touchent pas, elles me rappellent ma douce époque où l'on m'apprenait la propagande d'Etat. Quant au jeunes insultés dans leur existence, leur identité, leur avenir, je m'en fous.

- Ca ne me dérange absolument pas d'être ultra-minoritaire. Mes anciens camarades de l'OAS m'ont montré la voie. Il suffit de trahir les siens en allant alimenter les chroniques de Christophe Barbier, de Jean Marie Le Pen, l'homme du "détail", et de Nicolas Dupont-Aignant, l'homme au brillant score de 2 % qui veut revenir à la télé en noir et blanc.

- Je ne veux pas me présenter aux élections, ou alors pas seul. Pourquoi devrais-je assumer mes positions qui vont contre l'immense majorité des gens ? Et si mes alliés sont pour la réforme, je les poignarderai dans le dos au moment opportun. C'est ça d'être un démocrate.

- J'aime beaucoup Manuel Carlos Valls, et ses propos racistes dignes de la presse infâme des années 30. Après tout, tant que le peuple corse n'est pas reconnu, on a le droit de l'insulter. Ca permet de recycler les vieilles lubies racistes du XXème siècle contre une autre minorité aujourd'hui protégée, et contre laquelle certains de mes alliés précités, notamment Jean Marie Le Pen, entretiennent parfois les vieilles traditions de l'extrême droite française.

- Je ne vois pas davantage pourquoi il faudrait, en 2013, actualiser la pensée de ce très sympathique Robespierre, l'homme de la Terreur.

- Je ne vois pas non plus pourquoi la Constitution devrait être modifiée: après tout, ce sont les hommes qui sont faits pour la Constitution et non l'inverse. Quelle prétention de s'imaginer que les lois seraient faites par les hommes et pour les hommes !

- Je ne vois pas encore pourquoi ce qui se fait partout ailleurs en Europe devrait exister ici. Ce que je veux moi, personne ne doit le contester, et certainement pas une majorité de gens et une unanimité de jeunes.


- Je ne vois pas, en résumé, pourquoi les Corses auraient le droit de vivre. Qu'ils disparaissent de leur pays, que d'autres s'installent à sa place.

Je suis, disons-le, complètement fou, idiot et sadique. Je choisis l'extinction, et tout le monde doit me suivre.

2.Posté par Jacques Luciani le 01/09/2013 09:26
Petite précision utile. M. Liber Bou n'a absolument pas prononcé cette phrase lors d'une réunion publique mais lors d'une réunion fermée. Il signifiait par là les blocages centralistes de la France et les regrettait. C'est ce qu'il a écrit au regretté compagnon Mannarini s'indignant de ce que les autonomistes l'aient fait passer pour un jacobin irrécupérable alors que lui pensait que l'autonomie était souhaitable pour la Corse mais non désirée par les politiques hexagonaux. Plutôt que de sombrer dans un légendaire négatif, mieux vaut se renseigner sur les faits. D'autant que Gilles Simeoni est le fils d'Edmond Simeoni qui, tout en sachant la vérité de la chose, a colporté ce mensonge.

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