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Frère Serge Grandais, pèlerin de Dieu, marche sur les chemins d'A Via San Martinu in Corsica


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 28 Mars 2016 à 20:00 | Modifié le Lundi 28 Mars 2016 - 23:15


Avec la même parka rouge et le même sac-à-dos, le frère Serge Grandais marche sur les chemins de Dieu inlassablement depuis presque 40 ans. A pied, juste armé d’une foi et d’une détermination inébranlables, il rouvre, dans les années 70, le chemin de Compostelle, cherche sur celui de Rome… et, aujourd’hui, sur celui de saint-Martin, les meilleures réponses à donner à ceux qui sont en difficulté de vie. Religieux de la congrégation de saint Vincent de Paul qui fut, au 17ème siècle, le grand organisateur de la charité hospitalière et des premières aides aux blessés sur les champs de bataille, il est, également auteur de nombreux ouvrages, notamment « Le partage en chemin - Sur les pas de saint Martin de Tours », et vient de publier son dernier livre : « Entre les mains de Dieu* », l’Odyssée monastique des Trappistes fuyant la Révolution française et les armées de Napoléon. Son pèlerinage sur la Via Sancti Martini l’a conduit à Patrimoniu où il a été reçu par Christian Andreani, directeur du Centru culturale San Martinu di Corsica. Il explique pourquoi ce nouvel itinéraire culturel européen qui sera inauguré, à Tours, le 1er juillet, est un chemin d’avenir.


Frère Serge Grandais, pèlerin de Dieu, religieux de la congrégation de saint Vincent de Paul. Photo Christian Andreani.
Frère Serge Grandais, pèlerin de Dieu, religieux de la congrégation de saint Vincent de Paul. Photo Christian Andreani.
- Vous êtes un religieux un peu particulier. Pourquoi avez-vous, un jour, décidé de sillonner le monde à pied ?
- Ma génération a vécu à Paris les évènements de mai 68. J’étais directement concerné par le questionnement des jeunes gens de l’époque et je me demandais : quoi leur répondre ? Quel sens donner à leur vie ? Etais-je capable de trouver les mots pour les faire réfléchir sur leur avenir, pas seulement professionnel, mais surtout personnel ? Comment leur donner un sens religieux profond qui les construise en tant qu’homme et en tant que chrétien ? Ayant une formation d’historien, je me suis dit : pourquoi ne pas chercher la raison qui a poussé nos ancêtres à se jeter sur les routes pour marcher vers des sanctuaires comme Rome ou Compostelle ?
 
- Devenir pèlerin, était-ce une réponse ?
- Oui ! Absolument ! Je me rendais compte que, dans le domaine de la réflexion religieuse, nous avions, en tant que frères, des discussions en bureau qui ne débouchaient pas sur un contact avec la population. Nous ne savions pas ce que le peuple pensait de sa situation de non-croyant ou de croyant.
 
- Les prêtres, censés être proches du peuple, s’étaient-ils coupés des réalités du monde ?
- Oui ! Ce n’est pas par hasard que sont nés les prêtres ouvriers ! Ils ont senti que l’Eglise s’était coupée du peuple. Quand notre communauté a été créée au 19ème siècle, elle ne portait pas d’habit particulier parce que notre fondateur, qui était laïc et marié, voulait que nous allions vers des gens éloignés pas tant de la foi, mais de l’institution religieuse ! Souvent, ces gens croyaient en Dieu, mais l’institution ne leur convenait plus, ils n’y trouvaient plus cette fraternité et les réponses qu’ils attendaient. En mai 68, je me suis dit qu’il fallait recommencer à aller vers ce peuple en plein bouleversement social et surtout vers les jeunes pour leur apporter une réponse, non seulement sociale et culturelle, mais surtout religieuse. On voit, à l’heure actuelle, à quel point c’est essentiel !
 
- De quelle façon ?
- Les jeunes, qui partent combattre en Syrie, le font au nom d’une religion, mais aussi pour trouver un sens à leur vie. Cela ne m’étonne absolument pas ! Quand on voit le vide dans lequel baigne la jeunesse, il faut lui apporter une réponse, mais sur un terme égalitaire que l’on trouve sur la route. Quand on rencontre quelqu’un sur une route, on est, tous les deux, à pied, on est, donc, à égalité. Trôner dans une institution, c’est jouer à être celui qui donne doctement la bonne parole alors qu’il faut prendre le temps d’écouter les autres et de laisser murir la réponse que vous devez leur apporter. La route offre ce temps parce qu’elle vous oblige à réfléchir à ce que vous vivez.
 
- Ces voix qui s’élèvent dans l’Eglise pour plus de proximité et de charité n’est-ce pas un phénomène récurrent depuis 20 siècles ?
- Absolument ! Les trois voix solennelles, qui se sont levées et ont fait l’unanimité pas seulement des Chrétiens, mais du peuple français, sont les trois voix qui ont exercé un impact très fort de la charité et de l’entraide avec une humanité telle que nous l’enseigne le pape François dans sa dernière encyclique. « Laudate Si » est une réponse à la question : « L’homme doit-il être un déchet ? ». Trois personnalités ont répondu : l’abbé Pierre pour notre époque, saint Vincent de Paul au temps de Louis XIII quand le peuple était délaissé et considéré comme un déchet, et, au 4ème siècle, saint Martin de Tours, mis, ensuite, en avant par les Bénédictins pour unifier la politique de Charlemagne à travers le fameux portage du manteau.

La charité de saint Martin, tableau d'autel des vignerons de Terra Nova, Cathédrale Ste Marie à Bastia. Photo Christian Andreani.
La charité de saint Martin, tableau d'autel des vignerons de Terra Nova, Cathédrale Ste Marie à Bastia. Photo Christian Andreani.
- Pourquoi saint Martin ?
- Toute l’Europe connaissait saint Martin de Tours. Martin était un membre de la cohorte impériale romaine. C’était un homme à part ! Il a connu et escorté plusieurs empereurs romains et parcouru toute l’Europe avec eux. Il nait en 316, trois ans après que l’Edit de Constantin reconnaît la religion chrétienne. Enfant, Martin est captivé par la liturgie. Son père l’oblige à partir à l’armée. Là, il réfléchit sur les textes de l’Evangile et les met en application. L’homme, à qui il donne sa part de clamyde, la moitié de son manteau rouge, il ne le reconnaît pas comme un déchet, mais comme son égal. C’est une révolution pour l’époque !
 
- C’est-à-dire ?
- Les membres de la cohorte impériale ne pouvaient pas considérer les autres comme des égaux. Martin avait un serviteur, qui était, en fait, un esclave. Nous le savons par sa biographie écrite par Sulpice Sévère en 396 alors que Martin était toujours vivant. Sulpice Sévère va le voir à Tours où il est évêque et décrit les grandes étapes de sa vie qui sont importantes pour notre propre époque.
 
- En quoi le sont-elles ?
- Notamment, au plan de la liturgie. Il suffit de penser aux chants des confréries corses, très beaux et d’une force qui vous prend, pour apprécier l’impact de la liturgie sur les fidèles. Mais, surtout au plan de la charité et de l’égalité. Quand Martin partage son manteau, il voit, en rêve, le Christ dire aux anges : « Martin, bien que catéchumène, m’a couvert de son manteau ». Il montre ainsi que ce n’est pas seulement la liturgie qui doit convertir, mais la charité pour les plus pauvres. C’est essentiel ! Martin considère que le baptême est le plus beau cadeau de Dieu, celui qui donne un sens à sa vie, qui lui donne une réponse. Il traverse toute l’Europe, de la Touraine jusqu’à la Pannonie (Hongrie actuelle), pour baptiser sa mère. Son père refuse et Martin accepte sa décision par respect de la volonté d’autrui. On en revient toujours à cela : donner un sens à la vie des gens. Regardez le nombre de gens qui, aujourd’hui, comme saint Martin adulte, demandent le baptême.

Frère Serge Grandais marchant sur A Via San Martinu di Corsica in Patrimoniu. Photo Christian Andreani.
Frère Serge Grandais marchant sur A Via San Martinu di Corsica in Patrimoniu. Photo Christian Andreani.
- Revenons à vos pèlerinages, quels chemins avez-vous emprunté ?
- Le premier fut le Mont Saint Michel en 1971. Ma famille est originaire de cette région où est implantée une usine de traitement de déchets radioactifs. Après 1968, nous étions très perturbés par cette question atomique. Alors, je me suis posé la même question que Martin : Qui est le plus fort ? Est-ce la bombe atomique ou saint Michel l’Archange à la pointe de la flèche ? Le Mont Saint Michel renferme une vision de la genèse : l’esprit plane sur les eaux et crée le limon dont on fera l’homme. Ce lieu est absolument biblique, magnifique ! Pour moi, il était la réponse. Je savais désormais que je serai toujours le plus fort si je regardais vers l’Archange Saint Michel qui a terrassé ce que nous appelons « Démon, Satan… ». J’ai dit en boutade aux confrères de San Martinu di Patrimoniu : « Nous avons tous en nous du soleil et des ombres, mais vous vivez dans un tel pays de beauté, votre soleil est si éclatant, ne soyez pas étonnés d’avoir beaucoup d’ombre ! ». Celui qu’on appelle « Satan » ou le « démon » est un séparateur. Martin a vécu le combat avec le Séparateur qui voulait l’empêcher d’avoir une influence sur les gens autour de lui.
 
- Quel combat a-t-il mené ?
- Il a du, en particulier, combattre les idoles. Ce qui rejoint la conception actuelle de la société. Où sont les idoles aujourd’hui ? Ce n’est plus le célèbre grand pin que des gens ont fait tomber pour écraser Martin et qui tombera à côté de lui. Non ! Les idoles sont la voiture, la richesse, la consommation ! Les mots sont différents, mais les réalités sont les mêmes, le combat est le même. L’Eglise a inventé le concept de « révolution ». 
 
- Comment cela ?
- L’Eglise a toujours fait sa propre révolution, via les ordres religieux qui ont, tous, été fondés par de grands saints. Les Cisterciens, par exemple, qui sont créés en 1098, vont révolutionner la présence des moines dans le milieu rural. Ils sont proches de l’idée de Martin. Lorsque saint Martin crée le premier monastère à Ligugé, près de Poitiers, une foule de jeunes vient le rejoindre et l’imiter. Il leur demande d’aller à l’extérieur rencontrer la population et annoncer l’Evangile. Il crée, de ce fait, les paroisses. Ces moines se transforment en curés de paroisse. Chaque fois que l’Eglise est en décalage par rapport à la réalité, elle fait sa propre mutation et s’adapte. La révolution, c’est donner une réponse adéquate au peuple. La réponse du pape François à travers « Laudate Si » est révolutionnaire parce qu’elle nous dit d’apprendre à partager.

Antoine Selosse au pied de la borne d'A Via San Martinu à Patrimoniu. Photo Christian Andreani.
Antoine Selosse au pied de la borne d'A Via San Martinu à Patrimoniu. Photo Christian Andreani.
- Vous avez rouvert le chemin de Compostelle. Aujourd’hui, vous êtes un des premiers à fouler le chemin de saint Matin. Pourquoi ?
- D’abord, je fais partie du Centre culturel européen Saint Martin de Tours. Ensuite, que ce soit pour Compostelle ou saint Martin, l’écueil est de se concentrer sur l’érudition qui est, certes, utile si elle nous sert à partir sur les routes. J’ai eu de la chance de rencontrer, Antoine Selosse, Directeur du centre culturel Saint Martin, qui a compris qu’il fallait qu’érudition et démarche de pèlerinage collent ensemble pour informer le citoyen. J’ai débuté le pèlerinage, en 1997, à partir de l’Anjou et j’ai suivi les routes déjà ouvertes le long de la Loire, de Chinon à Tours. C’était la première année de la préparation du Jubilé de l’an 2000, qui était consacrée au Christ. Il s’agissait de renouveler sa foi au Christ, de remettre notre force intérieure entre ses mains, comme saint Martin, qui est, pour moi, l’un des deux grands champions de la foi en Europe. Celui du début de l’Europe chrétienne.
 
- Qui est l’autre ?
- Pour notre temps, c’est sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Voilà une jeune fille belle et riche, avec une vie comme tout le monde en rêve, mais qui est persuadée que sa mission est de se donner totalement à Jésus-Christ dans le Carmel. Elle renonce à tout ! Même à l’amour extraordinaire qu’elle a pour son père. C’est un modèle unique ! D’une énergie étonnante ! Elle est bousculée par ses supérieurs, peu estimée dans la vie communautaire, elle est la plus jeune… Pourtant, elle tient le coup jusqu’au bout en faisant tout tranquillement, à la perfection, par amour pour Jésus. Si bien qu’à sa mort, on ne sait pas quoi dire d’elle ! Ce qui la fait connaître, c’est la réponse qu’elle donne à tous ceux qui la prient, surtout pendant la guerre de 14-18. Les Poilus se confient à elle et obtiennent une réponse spectaculaire de son influence sur Dieu : des miracles ! Des soldats ont été sauvés, guéris… Quand on voit Lisieux, c’est, quand même, une réponse extraordinaire !
 
- Etes-vous inquiet de la déperdition du sentiment religieux dans une Europe qui se laïcise de plus en plus ?
- A une époque, j’étais vraiment très pessimiste. Mais, depuis 1989, il y a un renouveau. Le passage de Jean Paul II, cette année-là, à Compostelle a été un élément déterminant pour lancer le public sur ces chemins qui, aujourd’hui, comptent des centaines de milliers de pèlerins. Avant 1978, il y avait très peu de gens qui faisaient le chemin à cause de la révolution et de la dictature. Lorsque je suis passé, la première fois, en Galice, les villages étaient détruits. Les paysannes couraient après moi pour me donner à manger et m’offrir le gite. Elles sentaient que j’étais l’annonciateur de tout un peuple qui allait revenir. Naïvement, je disais à Saint Jacques : « Pour l’instant, je suis tout seul. J’espère qu’un jour, il y aura quand même du monde sur cette route ! ». Je ne pensais pas qu’il y en aurait autant ! Près de 200 000 par an à Saint Jean Pied de Port ! Sans compter les pèlerins espagnols qui arrivent de l’autre côté. Ce nombre augmente tous les ans, mais des choses m’inquiètent.
 
- Lesquelles ?
- L’extraordinaire succès des chemins de Compostelle a lancé des initiatives qui ne sont pas toujours très évangéliques. On construit des gites, c’est une bonne chose, mais prend-on le temps de rencontrer le pèlerin, d’échanger avec lui ? Certains font le chemin comme un parcours de grand sportif, les écouteurs de leur baladeur vissés dans les oreilles, mais que voient-ils des régions qu’ils traversent ? Que sont-ils venus chercher sur le chemin de Saint Jacques ? Il risque, d’y avoir, dans cet excès de population, dans ce succès, une déviance commerciale et économique dangereuse.

Sur les chemins d'A Via San Martinu di Corsica. Photo Christian Andreani.
Sur les chemins d'A Via San Martinu di Corsica. Photo Christian Andreani.
- Que faudrait-il faire selon vous ?
- Ce qui est en train d’être mis en place sur les chemins de saint-Martin ! Une autre manière de vivre la route. Antoine Selosse a créé une Bande verte et citoyenne de dix kilomètres autour du chemin pour inviter les pèlerins à rechercher ce que les villages traversés ont à offrir, à rencontrer des agriculteurs, des apiculteurs, des artisans… à échanger avec eux. Qu’il n’y ait pas, comme à Conques, une centaine de pèlerins massés, le soir, dans un gîte, superbe au demeurant, où ils ont juste droit à une conférence ! Le chemin doit être plus constructif au niveau personnel. Il faut, également, aider les pèlerins à prier en route. Leur apprendre la prière du Christ quand il marchait sur les chemins et les psaumes qui sont les prières chantées des gens de la Bible qui étaient des gens du désert, de la route, des marcheurs.

- La multiplication des chemins est-ce une bonne chose ?
- Oui ! A Angers, le chemin de saint Martin, qui va de Nantes à Tours, rencontre le chemin de Saint-Jacques. Cette route de saint Martin a donné une réponse à un homme qui est allé voir tous les maires des communes de la Loire pour créer un chemin de Nantes à Angers et le relier à celui entre Angers et Tours. L’an dernier, j’ai parlé de la Via Sancti Martini aux maires de 49 communes de la région comprise entre Vichy et Roanne, qui luttent pour la reconnaissance d’une forêt que j’ai traversée en 2009 parce que la route de saint Martin y passe. Antoine Selosse leur a expliqué que la motivation du chemin était basée sur la rencontre avec la population, sur une réflexion écologique, l’environnement intégral, comme dit le Pape François, c’est-à-dire, non seulement le milieu naturel, mais aussi les gens qui le font vivre. La réunion a eu lieu dans un village qui ne compte, à l’année, que 4 personnes, c’était étonnant !
 
- Les chemins de l’avenir passent-ils par les routes de pèlerinage ?
- Absolument ! C’est une réponse à un peuple qui, avec la voiture et les moyens de locomotion modernes, a oublié qu’il doit revenir à la vitesse du battement du cœur. C’est essentiel ! C’est le rythme que le Christ a vécu ! Marcher, c’est sentir son cœur battre. La grande chance de tout homme, c’est qu’il peut rejoindre et rencontrer le Christ sur la route. Le Christ l’a dit : « Soyez des priants en esprit et vérité ! ». Nous ne sommes pas automatiquement priants dans un temple ou une maison. Les plus grands moments du Christ, à part la Cène, ont eu lieu sur la route. Le puits de Jacob où il rencontre la Samaritaine, c’est un lieu en pleine campagne où j’ai eu le bonheur d’aller. La réponse à l’attente de la jeunesse actuelle peut s’incarner dans la figure formidable de saint Martin ou de saint François d’Assise. Ils étaient militaires et ont rencontré des gens qui leur ont dit qui ils étaient vraiment. Ils ont répondu, à une époque bien plus dure que la nôtre, en partant sur les chemins. Et, c’est une réponse très moderne, pacifique !
 
-  Comment marcher sur un chemin de pèlerinage peut-il nous changer ?
- Faire la route fait appel à quatre grands moteurs de notre existence. D’abord le corps que l’on met, d’un seul coup, dans une situation de souffrance, d’efforts continus et répétés : il faut se lever tôt le matin, peu manger ou pas très bien, peu ou pas dormir, se laver ou pas, porter le sac à dos... Un pèlerin doit porter son sac à dos, le mettre dans une voiture est peut-être une démarche spirituelle, mais ce n’est plus une démarche de pèlerin. Il faut que le corps s’habitue. Ensuite, le cœur, l’affectif, avec le souci pour la famille qui s’inquiète, l’envie de parler à quelqu’un de la souffrance qu’on endure sur le chemin … C’était très prégnant lorsqu’il n’y avait pas de portable. Egalement, les rapports avec les gens que l’on croise sur la route, certains nous agacent, d’autres nous collent aux baskets, avec d’autres on passe une heure et on ne les voit plus… Comment gérer les relations humaines est un point capital.

Les chemins français et corses de la Via Sancti Martini.
Les chemins français et corses de la Via Sancti Martini.
- Quel est le troisième point ?
- C’est l’intelligence. Au bout d’un certain nombre de semaines de routes, on se dit : mais qu’est-ce que je fiche ici ? Je n’ai plus ma voiture, mon organigramme, mon carnet d’adresses, mon agenda bien rempli… On se pose des questions sur le sens de la démarche et on s’aperçoit de sa force, à quel point il est essentiel de donner un sens à sa vie pour répondre à soi, aux autres et aux questions spirituelles fondamentales. C’est pour cela que le quatrième point est l’âme. Qu’est-ce que je viens faire sur cette terre ? Pourquoi suis-je né là ? Pourquoi je vis ici ? Où vais-je aller ? C’est un débat très biblique. C’est celui de Jacob avec l’ange Raphaël au gué de Yabokk où il se bat toute la nuit contre un inconnu. Tout pèlerin, qui fait un vrai pèlerinage, sera blessé, sa blessure est la preuve que Dieu a accepté sa démarche. De même qu’il a accepté la démarche de Jacob qui n’était pas un champion de la sainteté. Il lui fait traverser le gué et lui donne un nouveau nom : « Israël ».

- Cela signifie-t-il que Dieu s’occupe de lui ?
- Absolument ! Dieu s’occupe de lui parce que Jacob se rappellera toujours de cette rencontre avec l’ange à cause de sa blessure.
 
- Quel sentiment la Corse vous inspire-t-elle ?
- De l’étonnement devant l’importance de la mémoire martinienne avec des chapelles, des églises, des monuments religieux, des ponts, des chemins, des communes qui s’appellent San Martinu. Une telle accumulation sur un territoire restreint ne peut pas s’expliquer autrement que par sa présence sur l’île. Quand Martin était sur Gallinara, située juste en face, pourquoi n’aurait-il pas pris une barque pour venir en Corse et évangélisé la région ? Peut-être a-t-il fait des miracles ? Martin est un prophète, un précurseur, il a ensemencé. Y-a-t-il beaucoup de gens qui nous permettent de nous lancer sur les routes pour réfléchir ?
 
- Comment avez-vous ressenti la prégnance du religieux en Corse ?
- La religion est très présente dans la vie des gens. Le Corse est fondamentalement croyant. Il exprime sa foi de différente manière, certains avec peu de paroles, d’autres se donnent à fond comme les prêtres, les diacres et surtout les confrères. J’ai été très frappée par la qualité des confréries. C’est une présence chrétienne importante et une réponse de qualité aux croyants. La Corse a la chance d’être une île admirable. J’en reviens au Laudate Si et à la première parole du Cantique de la création de saint François d’Assise qui loue le Seigneur pour l’eau, la terre… La Corse est en plein dedans !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 
* Entre les mains de Dieu. L’Odyssée trappiste de Dom Urban Guillet 1798-1803. Sur les routes de la Valsainte à Amsterdam. Serge Grandais. Editions Abbaye de Bellefontaine, collection Cahiers cisterciens, « Des lieux et des temps », n°15.
 





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