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Frédéric Alpozzo : « Nous n’avons pas d’opposition à la création d’une compagnie régionale, mais... »


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 13 Janvier 2016 à 18:40 | Modifié le Mercredi 13 Janvier 2016 - 18:44


A l’issue de la réunion qui s’est tenue, mercredi matin, à la Collectivité territoriale de Corse (CTC) sur le dossier des transports maritimes, l’Intersyndicale des marins de la MCM et de la Méridionale s’est déclarée plutôt satisfaite de cette première prise de contact qui a permis de clarifier certains points. Frédéric Alpozzo, secrétaire général de la CGT-Marins, explique, à Corse Net Infos, qu’il n’y a pas de désaccords de fond et que l’heure est, désormais, à la coopération pour construire une solution durable. Tout en réaffirmant sa position sur le service public, la concurrence et les low cost.


Le président de l'Exécutif de la Corse, Gilles Simeoni, et le secrétaire général de la CGT-Marins, Frédéric Alpozzo.
Le président de l'Exécutif de la Corse, Gilles Simeoni, et le secrétaire général de la CGT-Marins, Frédéric Alpozzo.
- Quel est votre état d’esprit à l’issue de la réunion ?
- Un état d’esprit éclairé et résolument tourné vers l’avenir pour construire des solutions d’intérêt général. C’est le souhait de tous. C’est le cadre idéal de travailler avec les responsables politiques qui ont toutes les décisions et les clés en mains pour sécuriser l’avenir du service public de continuité territoriale et pour prendre en considération celui des 1500 emplois générés par les deux compagnies maritimes : la Méridionale et la MCM. Il faut sortir du système ultra-concurrentiel et ultra-libéral qui consiste à avoir des compagnies low-cost qui ne regardent que leurs intérêts particuliers. Elles génèrent des surcapacités et des trafics au moindre coût en détruisant l’emploi existant avec des conséquences y compris écologiques.
 
- C’est-à-dire ?
- On rajoute des bateaux là où il n’y en a pas besoin, aussi bien en haute période touristique que sur la Délégation de service public (DSP) pour faire disparaître d’autres opérateurs. Il faut trouver un équilibre de façon à préserver l’intégralité des emplois. Une fois que les compagnies de service public n’auront plus cette concurrence autour d’elles, elles seront viables. Cela permettrait de faire baisser le prix du tarif passager, tout en assurant le meilleur service possible pour les déplacements aussi bien en Corse que sur le continent, et le prix de transport des marchandises. Tout cela au bénéfice aussi bien de la population corse que des entreprises qui ont besoin de ce service public régulier et de haut niveau.
 
- Vous aviez des questions précises à poser à l’Exécutif corse. Avez-vous obtenu des réponses claires ?
- Oui ! Nous avons posé des questions et proposé des solutions. Nous avons, aussi, appris en écoutant les questions et les propositions de l’Exécutif et des responsables de l’Assemblée de Corse qui nous ont reçus. Les choses sont très claires. Cela a permis de voir les points de convergence et de désaccords.
 
- Quels sont-ils ?
- Il n’y a pas de désaccords de fond sur l’ensemble des points, plutôt des désaccords sur la forme.
 
- Même sur la compagnie régionale que veut créer l’Exécutif ?
- Oui ! Nous n’avons pas de blocage, ni d’opposition sur ce point. Par contre, deux compagnies existent déjà, il ne s’agit pas de les faire disparaître pour créer autre chose ! Si on met du public au milieu, ce n’est pas pour licencier et faire moins bien que ce qui existe. La création d’une compagnie par la CTC n’est pas la solution à tous les problèmes. Elle aurait toujours des compagnies low cost autour, elle serait toujours en situation déficitaire et réduite à sa portion congrue. Ce qui serait néfaste pour les finances publiques, comme pour la population et l’emploi en Corse.
 
- Sur quels points êtes-vous d’accord ?
- Nous sommes d’accord pour intégrer, jusqu’à l’intérieur des compagnies, la CTC au capital, mais dans un ensemble régulé et maîtrisé qui permet de préserver la totalité des emplois et de viabiliser le dispositif. Que l’argent du service public et la DSP apportent le meilleur service possible au meilleur prix avec des retombées économiques et sociales en premier lieu pour la Corse, nous y croyons dur comme du fer ! C’est ce que nous défendons depuis 10 ans ! Je rappelle quand même, qu’aujourd’hui, il y a des employeurs et des patrons et qu’il faut discuter avec eux. Ce n’est pas nous qui décidons.
 
- Sur quels points êtes-vous en désaccord ?
- Ce que nous ne voulons pas, c’est que le projet industriel et social des compagnies, bâti avec la DSP, y compris sur une activité Maghreb pour la MCM, soit remis en cause. La DSP est génératrice d’emplois et de développement économique en Corse, comme sur le continent.
 
- L’Exécutif corse parle d’intégrer tous les acteurs, dont Corsica Marittima. Etes-vous d’accord avec cette option ?
- Je ne vous cache pas que ça me semble difficile ! Mais, à la CGT, nous n’avons jamais choisi nos patrons ! Au Tribunal de commerce, on nous a assez reproché de n’avoir choisi personne ! Nous avions défini un certain nombre de critères : le nombre de navires repris, le nombre d’emplois en évitant au maximum les licenciements et les conditions sociales maintenant les accords sociaux des personnels. Nous sortons de plus de 600 licenciements en Corse et sur le continent. Si le projet social et industriel change, il est clair que nous nous y opposerons. S’il y a une recomposition du capital en conservant le projet social et industriel ou en le développant pour s’inscrire pleinement dans les schémas voulus par la CTC qui changerait de politique à l’endroit des low cost et de la libéralisation du trafic, nous n’aurons pas d’opposition.
 
- Les discussions sur les futures DSP et OSP (Obligations de service public) avec des baisses de dotation en perspective vous inquiètent-elles ?
- Cela fait partie des principales discussions que nous avons eues ce matin, même si le niveau des dotations, ce n’est pas nous qui le déterminons. C’est une négociation entre la CTC et les Directions des compagnies. Mais, il y a de fausses bonnes économies ! Il ne faut pas s’articuler sur une baisse importante de la dotation, mais justifier son niveau. L’ensemble des services et de la concurrence doit être régulé pour ne pas déséquilibrer les compagnies de service public et ne pas augmenter le prix pour les usagers. Il faut prendre en compte tout l’emploi qui est généré, y compris la sous-traitance, et les retombées économiques et sociales importantes qui se chiffrent en dizaine de millions d’euros entre la Méridionale et la MCM.
 
- Le président de l’Exécutif veut de la transparence dans l’utilisation de cet argent public. Qu’en pensez-vous ?
- Il a totalement raison ! C’est ce que nous demandons depuis longtemps ! S’il est normal pour une entreprise de faire des bénéfices, ils doivent servir à renouveler le matériel naval. Pour une île, c’est essentiel ! On ne parle pas assez des bateaux qui desservent la Corse. Si on laisse des bateaux vieux de 30 ans, qui polluent et poseront, dans le futur, des problèmes de sécurité, un jour ou l’autre, il y a aura des incidents. Cela profitera aux compagnies low cost. C’est pourquoi il faut donner aux compagnies de service public les moyens de respirer financièrement. En faisant des économies, on détruirait le service public, l’emploi et l’activité tout au long de l’année. Sans argent public, aucune compagnie n’assurera le service public dans de bonnes conditions en dehors de la période estivale. L’argent public est là pour atténuer le coût du transport. Les prix à 5 €, ça n’existe pas ! C’est le faux prix pour, après, faire tout exploser !
 
- Que projetez-vous de faire maintenant ?
- Nous nous inscrivons clairement dans une démarche de construction et de travail. Avec nos camarades de la CGT pour la Méridionale et la MCM et nos instances en Corse dont les secrétaires départementaux et régionaux nous accompagnaient ce matin, nous déposerons, dans les jours qui viennent, des propositions écrites que nous rendrons publiques.
 
- Quels types de propositions ?
- Les seuls intérêts, que nous défendons, sont l’emploi et l’intérêt général aussi bien en Corse et sur le continent. C’est tout ce qui nous anime. Rien d’autre ! Contrairement à ce que certains ont caricaturé pendant longtemps ! Nous ferons des propositions très concrètes en ce sens qui nous semblent rejoindre les préoccupations du nouvel Exécutif de Corse. Ce sera, ensuite, à lui et à la nouvelle Assemblée de Corse dans sa globalité à trancher. Ce n’est pas en excluant ou en s’opposant, mais en coopérant, en construisant l’avenir tous ensemble et en sortant des clichés que nous trouverons des solutions d’intérêt général et durables. Tout le monde sera gagnant sur la durée, aussi bien les salariés que les entreprises et l’ensemble de la population.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 




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