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François Lamy : « Ma mission, lutter contre les concentrations de pauvreté »


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 15 Juin 2013 à 00:25 | Modifié le Samedi 15 Juin 2013 - 08:41


Dans son tour de France des quartiers défavorisés, le ministre délégué à la ville, François Lamy, a fait, vendredi après-midi, escale à Bastia. Il est venu vérifier, en arpentant principalement à pied, les quartiers Sud et le Centre ancien, les effets de la stratégie de rénovation urbaine, d'insertion et de logement social mise en place par le gouvernement. Il en a profité pour rassurer sur la non-reconduction à Bastia, pour 2013, de la dotation de développement urbain (DDU) qui suscite de nombreuses inquiétudes et l’ire des élus communistes. Il explique également, à Corse Net Infos, la nouvelle politique de la ville qu’il est en train de mettre en place.


François Lamy, ministre délégué à la ville, dans les rues de Bastia.
François Lamy, ministre délégué à la ville, dans les rues de Bastia.
- Vous venez de visiter des quartiers de Bastia en pleine restructuration. Ce qui est fait correspond-il à votre vision de la rénovation urbaine ?
- Chaque quartier correspond à un mode de rénovation urbaine. Pas un quartier ne ressemble à un autre ! Ici, la géographie et la morphologie du territoire font que les quartiers se dessinent d’une façon tout autre que dans l’agglomération de Grenoble ou dans le Nord-Pas de Calais où l’habitat est plus horizontal. Ce qui me plait, c’est que cette opération de rénovation urbaine est bien engagée à Bastia. Elle répond à des besoins et a permis d’insérer des jeunes. La clause de 5% des heures travaillées en insertion est en train de se réaliser, ce qui est assez exemplaire. J’ai interrogé les habitants qui m’ont dit ressentir leur environnement se modifier de façon positive. C’est un bien pour tous.
 
- Pourquoi avez-vous accepté de poser la 1ère pierre d’un centre culturel ?
- Parce que la culture doit être une sorte de fil directeur de l’ensemble des politiques de cohésion sociale. La culture, c’est ce qui tire vers le haut, l’intelligence, la créativité, l’envie de faire ensemble, parfois même le dépassement individuel ou collectif… C’est très important et je souhaite qu’elle soit très présente dans la politique de la ville.
 
- Vous avez annoncé aux associations l’assouplissement de leurs règles de financement. De quoi s’agit-il ?
- Il s’agit de donner, à des associations qui travaillent depuis des années et ont fait la preuve de leurs qualités et de leurs compétences, plus de temps pour être au service de nos concitoyens et moins de rigidité, de bureaucratie pour remplir les dossiers de subventions. Elles sont, parfois, obligées de trouver, à l’intérieur des actions à financer, les moyens de fonctionner. En règle générale, les appels à projets ne prennent jamais en compte le financement du fonctionnement. Il faut donc lui donner une visibilité.
 
- Comment ?
- Par un outil : le contrat pluriannuel d’objectifs. En règle générale, au bout de trois ans, durée ordinaire des contrats, on est capable de mesurer la performance. Le monde associatif est un élément majeur des quartiers populaires qui, sans les associations, seraient en grande difficulté. Le rôle des pouvoirs publics et du gouvernement est de les aider à la fois financièrement, à travers les collectivités, et en leur donnant plus d’air.
 
- En 2013, Bastia n’est plus éligible à la dotation de développement urbain (DDU). Comment y remédier ?
- La DDU n’est pas une dotation versée ad vitam aeternam, mais est versée, chaque année, aux 100 villes les plus pauvres de France. En 2013, un certain nombre de villes sont sorties du dispositif, notamment parce que leur situation financière s’est améliorée. Emile Zuccarelli m’a alerté. Avec Maryline Lebranchu, la ministre de la décentralisation qui gère la DDU, nous essaierons de comprendre pourquoi Bastia est sorti du dispositif. Ce qui ne veut pas dire, pour autant, que la politique de la ville se désengage. Bien au contraire, c’est le sens de ma présence ici. Nous trouverons d’autres moyens d’aider la ville de Bastia pour qu’elle n’y perde pas. Ce qui important, c’est que l’Etat reste bien présent, à travers les programmes de rénovation urbaine et les actions de cohésion sociale. Nous arriverons à trouver une solution.
 
- Vous parlez de changer les règles d’attribution de la DDU. Pourquoi ?
- Je déposerai, en juillet, un projet de loi devant le Conseil des ministres pour que la DDU devienne une dotation de politique de la ville. J’aurai ainsi la responsabilité de cette dotation. Le but est de la rendre plus souple et ses critères d’attributions moins rigides.
 
- Le nombre de quartiers aidés va passer de 2500 à 1200. Sur quels critères le choix sera-t-il effectué ?
- Une nouvelle méthode de l’Insee partage la France en carreaux de 200 mètres de côté dans un maillage très fin. A l’intérieur de chaque carreau, va prévaloir 1 critère, le plus englobant, celui qui permet d’identifier les familles monoparentales, le taux élevé de chômage, le pourcentage d’étrangers… Ce critère unique est le nombre de personnes vivant avec un revenu 60% en dessous du revenu médian national pondéré du revenu médian local. Grosso modo, une personne qui vit avec 11 000 € par an. C’est un critère objectif. Tous les endroits, où il y aura une concentration de citoyens qui vivent avec moins de 11 000 € par an, deviendront des morceaux de quartiers prioritaires. Nous prendrons, ensuite, contact avec les élus pour vérifier.
 
- Ne craignez-vous pas d’oublier ainsi certaines zones de précarité moins concentrée ?
- Nous n’oublierons personne ! Pas une concentration de pauvreté ne sera oubliée dans ce pays ! En même temps, tous les endroits, où il n’y aura plus cette concentration de pauvreté, sortiront de la politique de la ville ! Ils auront la possibilité de contractualiser avec l’Etat sur d’autres moyens. Ma mission est de lutter contre ces concentrations de pauvreté et de mettre plus de moyens. On saupoudre beaucoup trop tôt. On est passé de quelques dizaines de quartiers en développement social, il y a 30 ans, à 2500 quartiers. Ce n’est possible ! On va concentrer les moyens pour donner plus d’efficacité à la politique de la ville.
 
- Comment réussir une politique de la ville en temps de crise, quand les moyens se concentrent et la pauvreté s’étale ?
- D’abord, le budget de la politique de la ville ne baisse pas, il a été sanctuarisé par le 1er ministre, cette année, et je pense, aussi l’année prochaine. Ensuite, ce n’est pas la politique de la ville qui peut résoudre, avec ses maigres moyens, le problème des concentrations de pauvreté. L’important est de mobiliser l’ensemble des services de l’Etat, ce qui n’existe pas  depuis 30 ans. Lorsqu’un quartier est en politique de la ville, les services de l’Etat et les opérateurs considèrent qu’ils n’ont plus à s’en préoccuper. Mon objectif est de mobiliser l’ensemble du gouvernement et de faire que mes crédits servent à mobiliser les crédits des autres. Cela n’a rien à voir avec un problème de contrainte budgétaire. C’est une nouvelle philosophie à mettre en œuvre.
 
- Est-elle déjà effective ?
- J’ai commencé par signer des conventions avec l’ensemble de mes collègues au niveau national. De cette façon, nous avons réservé 30 000 des 100 000 emplois d’avenir aux jeunes des quartiers populaires, alors qu’ils ne représentent pas 30% de la population. Nous avons fait de même avec les zones de sécurité prioritaire. Je travaille sur une convention avec l’Education nationale permettant de flécher vers les quartiers prioritaires un maximum de postes nouvellement créés. Cette mobilisation générale pour les quartiers oblige à changer de philosophie, à changer de logiciel pour certaines organisations qui s’adressent structurellement à des publics, pas à des territoires.
 
- C’est-à-dire ?
- Par exemple, Pôle Emploi s’adresse à tous ceux qui passent sa porte. J’ai conventionné avec lui pour qu’il mette un agent dans chacun des quartiers prioritaires de la politique de la ville pour aller au contact des jeunes et des moins jeunes en difficulté ou en recherche de travail. Désormais, la politique de la ville territorialise une partie des politiques publiques que les crédits, que j’alloue, vont contribuer à amplifier.
 
Propos recueillis par Nicole MARI




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