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Festiventu 2012 : Il existe une Corse non violente


Rédigé par (Jean-Paul-Lottier) le Lundi 29 Octobre 2012 à 09:56 | Modifié le Samedi 3 Novembre 2012 - 12:09


Dame météo est devenue folle, Eole a perdu la tête, au point de clouer au sol le festival qui lui est dédié depuis maintenant 20 ans à Calvi. Face à ces éléments perturbateurs et pénalisants, les organisateurs du festival du vent de Calvi font contre mauvaise fortune bon cœur.


Festiventu 2012 : Il existe une Corse non violente

Samedi soir, entre amis, ils ont soufflé les 20 bougies de cet événement incontournable d’après-saison touristique à Calvi.

Certes, l’espace « Fête en l’air » qui accueille en ville les différents ateliers et animations est resté fermé pour la deuxième journée consécutive, mais les conférences, projections de films et spectacles ont été maintenus.

Au VV La Balagne, officiellement, on a fêté ce 20e anniversaire, en présence de Dominique Bucchini, président de l’assemblée de Corse (voir par ailleurs), alors que Paul Giacobbi, président de l’Exécutif s’excusait de son absence pour cause de santé.

 Après le déjeuner devait se tenir une conférence-débat attendue.

A la suite des derniers événements tragiques, d’un commun accord avec l’intéressé, les organisateurs de Festiventu ont annulé la rencontre avec Gilbert Thiel, premier juge d’instruction de la section anti-terroriste, remplacée  par une autre conférence sur le thème « Il existe aussi une Corse non violente » .

A la tribune, pour cette conférence animée par Jean-Louis Santoni, on trouvait Dominique Bucchini, président de l’assemblée de Corse,  Jean-Christophe Angelini secrétaire général du Parti de la nation corse (PNC), conseiller territorial de l'Assemblée de Corse  et conseiller général  du canton de Porto-Vecchio  et Jean-François Bernardini, leader du groupe « I Muvrini », artiste engagé, fondateur de Umani Fundazione di Corsica.

Egalement invité, Laurent Marcangeli, député UMP de Corse du sud s’est excusé.

Une absence que Dominique Bucchini regrettait d’autant devait –il ajouter « qu’il aurait passé un mauvais moment ».

Pour la clarté des débats, Jean-Louis Santoni rappelait qu’on était là pour dire qu’il existe une corse non violente et qu’a ce titre il était impératif d’éviter les sujets sur la violence, les condamnations, le constat. «  Ce qui nous intéresse, c’est comment construire une Corse non violente ».

Durant près de deux heures, les différents intervenants ont abordé plusieurs points comme le PADDUC, la commission de la violence à l’assemblée de Corse, le PLU, les pouvoirs de la Corse face à ce phénomène, la nature des violences, du tour de France cycliste et de l’image que la Corse doit véhiculer, de la spéculation foncière, des transferts de compétences, la co-officialité ….

Dominique Bucchini a rappelé que l’assemblée qu’il présidait  était  la seule en France à pouvoir faire son plan d’aménagement et de développement durable qui délimite les zones agricoles à forte valeur agronomique, les zones sensibles ou remarquables où il ne faut pas toucher, pas construire, et les zones où doit être appliquée strictement la loi littoral. Cet élément est une manière très forte d’expliquer qu’il y aura moins de spéculation immobilière car on va aider les municipalités à ne pas subir un certain nombre de pressions de la part de gens qui sont des malfrats, qui disent qu’ils veulent participer au développement économique de la Corse, mais qui font pression sur les élus pour avoir des terrains constructibles.

 

Il y a beaucoup d’argent sale qui circule en Corse

 Il a ensuite longuement parlé des travaux et du bien-fondé de la commission violence : «  On a écouté les deux préfets de région et de Haute-Corse, le colonel de gendarmerie, les coordinations des forces de police, les universitaires et les jeunes qui se battent contre la drogue qui rentre dans les lycées, les associations des maires de Balagne…

Le pré-rapport adopté à l’unanimité fait état de violences multiformes. Il est nécessaire de créer un observatoire d’observation et trouver les voies pour en sortir. La violence a changé de nature. Aujourd’hui, elle est devenue mafieuse pour s’emparer du littoral corse. Il y a beaucoup d’argent sale qui circule en Corse ».

Il dressa ensuite un bilan sur la situation sociale en Corse.

«  Nous sommes  très mal placés au niveau du chomage, avec des pics en pleine saison. Nous sommes les champions de France de la précarité, des suicides et de l’accueil de la petite enfance, de la formation professionnelle des 19 – 65 ans, des inégalités sociales ».

«  Il faut créer un sursaut collectif avec tous ceux qui le veulent, faire que l’on puisse vivre dans la paix et la démocratie. L’assemblée de Corse peut jouer un rôle, à la condition d’être entendue par les pouvoirs publics.»

Le président de l’assemblée a ensuite parlé du PLU, permettant la codification des terrains constructibles, du PADDUC, instrument qui contribuerait à arrêter une partie  de la violence.

Jean-Christophe Angelini saluait l’initiative du festival du vent d’avoir libéré un espace de parole sur un sujet aussi sensible. « On n’est pas là pour noircir un peu plus un tableau qui l’est déjà.. La violence, il y a plusieurs façon de l’expliquer »

 

Permettre aux corses d’être des citoyens à part entière

A la question de savoir si l’Etat était seul responsable de cette situation, le leader du PNC répondait par la négative.

«  Aujourd’hui, on n’est plus à l’abri d’aucune violence, à l’abri de rien. Aucun des drames que nous avons vécu n’a été élucidé. Il y a des violences permanentes et le climat est suffoquant. ».

Partisan d’une condamnation claire de la violence, Jean-Christophe Angelini se prononce pour la libération et la création d’espaces de paroles et sur la possibilité pour les corses d’être des citoyens à part entière : « Ça passe ensuite par des décisions politique claires, qui ne s’attaquent pas qu’à l’écume ou aux conséquences mais aux causes profondes de la violence: le non-développement, la précarité, le développement d’une violence de type mafieux qui aujourd’hui appelle des réponses de grande ampleur. La commission de la violence est indispensable et nombreux sont ceux qui attendent de nous des décisions ».

A la question de Jean-Louis Santoni sur quelle image allions nous essayer de vendre de la Corse lors du tour de France cycliste, 3e compétition la plus regardée dans le monde, Dominique Bucchini a répondu assez sèchement : «  Moi je ne veux pas vendre la Corse. Les télévisions filment ce qu’elles veulent et les journalistes n’ont besoin de personne pour faire leur métier et savoir ce qu’il est bon de filmer ».

 

« Un véritable corse c’est celui qui n’a pas de calibres »

Dominique Bucchini revenait sur le terrain de la violence : «  Un véritable corse aujourd’hui est un corse qui n’a pas de calibres ». Il affirmait également souhaiter faire la tournée des lycées et collèges pour dialoguer sur le sujet avec les jeunes. Et d’ajouter «  Ce n’est pas un élu seul qui va régler tous les problèmes. C’est tous ensemble que nous devons le faire. »

Le débat s’est ensuite poursuivi avec le public sur des thèmes variés comme la fiscalité, le PADDUC, la citoyenneté corse, la langue corse, du nombre de personnes soumises à l’ISF, passé de 272 à 2112…

Jean-Christophe Angelini ajoutait que la Corse avait besoin d’un développement  et qu’il fallait tous ensemble chercher les racines du mal être. Il affirmait aussi que la langue corse était en train de mourir.

 

«  Créer un observatoire de la violence c’est bien mais… »

Dans un rôle de sage, après avoir écouté avec beaucoup d’attention les propos des uns et des autres, Jean-François Bernardini  a livré sa synthèse : « Merci de me donner la parole. Je suis comme tu l’a dit Jean-Louis un artiste citoyen et le serviteur de cette fondation de Corse et c’est en fidélité avec elle que je parle, c’est-à-dire avec 3200  personnes issues de toute l’Europe.  Il y  des corses, des continentaux, des allemands, des suisses qui témoignent  de cette société civile insulaire et en même temps planétaire . Le sujet d’aujourd’hui, bien évidemment m’interpelle , ce que vous avez dit m’interpelle parce-que ça fait partie des choses qui rendent mes nuits plus difficiles.  Je suppose qu’ici il y a des gens pour qui cela n’est pas un spectacle. Vous avez créé, ou plutôt nous avons créé puisque vous êtes nos élus, je me suis demandé s’il était agi  d’économie, auriez-vous  créé une commission banqueroute. Parce-que je crois déjà que la manière d’aborder le problème, à mon sens n’est pas tout à fait la même. C’est autre chose que nous avons besoin aujourd’hui. Créer un observatoire de la violence avec des universitaires,  c’est bien  mais je ne sais pas si c’est à la hauteur des défis qui sont les nôtres aujourd’hui. Tous ceux qui s’intéressent à la criminalité dans le monde savent très bien  aujourd’hui que la criminalité est une puissance. Incroyable. Et vous croyez que la Corse elle est là, bien isolée, bien insulaire par rapport à ça.

Bien sûr, nous nous avons le record des meurtres mais aussi celui de l’impunité. Evidemment il est facile d’évacuer ce  problème là en parlant de tradition corse,  d’omerta, de vendetta, les corses étant censés tout savoir, la police ne sachant rien.  Dire que la Corse est violente par tradition, m’entendre envoyer à la face une espèce d’argumentaire qui dit c’est les corses qui sont pas comme nous, c’est un peu facile. Entendre les gens dire la Corse est une zone de non droit. La Corse est opprimée par le crime, la Corse est tiranisée par le crime. Quand j’entends  le procureur d’Ajaccio qui dit « On ne peut pas reprocher l’inefficacité à la justice tant que les citoyens ne font pas leur travail »  c’est une insulte profonde à notre société.

Que nous disent ceux qui étudient la criminalité dans le monde ? Que la criminalité progresse là où le risque politique et juridique est faible. Est-ce le cas de la Corse. Il parait que quand vous frappez à la porte du Pôle financier à Bastia, il n’y a personne.

Ensuite vous avez parlé de co-officialité de la langue Corse. Je suis obligé de réagir . Je pense devoir vous dire que c’est trop tard. La corse aujourd’hui n’a plus les ressources pour assumer la co-officialité ».

Ce débat a eu le mérite de poser le problème et d’échanger sur le sujet, même si certains dans la salle auraient souhaité que l’on débatte plus en profondeur d’un véritable projet pour endiguer ce fléau de la violence.

Texte et photos J.P.L.





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