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"Festival des conversations" à Ajaccio et ailleurs : "Parlez vous!"


Rédigé par Vanina Bruna le Dimanche 13 Avril 2014 à 17:30 | Modifié le Dimanche 13 Avril 2014 - 18:03


Le Festival des Conversations ouvre ses portes jusqu'au 20 avril, une initiative pour placer la conversation au cœur de nos cités. Le Bistrot du cours est partenaire de l’événement cette année, à Ajaccio. Chronique d'un événement pas comme les autres, qui se déroulera à Paris, Lille, AJaccio, mais aussi à New York et à Londres.


Tout commence par un constat de Guillaume Villemot: "à une époque ou nous sommes tous connectés avec les moyens de communication dont nous disposons, nous n'avons jamais été aussi isolés! Ca vaut la peine de remettre en avant la conversation! Aujourd'hui on ne se parle plus, dans la rue, entre voisin, je me suis dit qu'il fallait remettre en avant la conversation pour sortir de ce repli sur soi."
La première édition s'est tenue l'année dernière avec "La journée de la conversation", pendant laquelle, au chateau de Versailles, les organisateurs et partenaires conversent, avec un public qui défilent et se mêlent de la conversation.
L'objectif de la démarche est très simple: prendre le temps de se parler! 
Si la première édition s'est résumé à une journée, Guillaume Villemot entend bien faire prendre part le plus grand nombre à la conversation. Cette année, différentes conversations, improvisées ou suscitées, se tiendront dans de nombreuses villes de France (Paris, Versailles, Ajaccio, Lyon...) ainsi qu'à New York et à Londres.
L'organisateur parle de son projet à Pierre Pinelli, journaliste et auteur à Paris qui a grandi en Corse, ce dernier parle de Pascal Bruno à Guillaume Villemot, et de conversations en conversations, le partenariat entre le Bistrot du Cours et Le Festival des Conversations devient une évidence. Les deux hommes ravis de se retrouver sur les idées ont réalisés chacun l'interview l'un de l'autre, que nous vous retranscrivons ici.

Interview de Pascal Bruno, animateur au Bistrot du Cours par Guillaume Villemot

Guillaume Villemot: Voila des années que votre Bistrot du Cours joue son rôle d'agora à Ajaccio. Pouvez vous dresser un petit historique des faits et dire ce qui vous a amené à ouvrir cet espace de discussion, quels sont vos thèmes de prédilections?
Pascal Bruno: Au commencement était l'observation du monde et des comportements qui gravitaient tout près de moi. Barman de profession, j'ai longuement scruté ce comptoir, cette frontière, qui me séparait de l'autre assis face à moi. Un jour, j'ai pris conscience qu'une main ne pouvait applaudir sans l'autre. En février 2010, j'ai décidé de créer des rencontres conviviales pour parler de rien, de tout, de la vie avec et pour les autres. Les cafés citoyens, philos, psys, les Bbooks sont devenus les jolis fruits qui donnent envie de venir dans notre cave, la "salle Giordano Bruno", située au coeur d'Ajaccio. Tous ensemble, nous avons créé le lien. Tous ces gens semblables mais si différents ont contribué au fil du temps au succès de ces moments riches de convivialité et de respect dans les partages des idées et de la parole. 
G.M: Ces paroles ont elles une dimension d'actes citoyens?
P.B: Clairement oui! Engagé depuis ma naissanec, tous mes actes deviennent citoyens. Et le sourire des participants me renforce dans al volonté de poursuivre la construction de ce lien issu de la parole de l''un ou de l'autre.
G.M: Les gens ont ils joué le jeu facilement? Quels modes opératoires adoptez vous pour la prise de paroles? Quels retours? Quels echos recueillez vous?
P.B:  Aujourd'hui nos rencontres sont attendus et demandées. Les gens éprouvent de moins en moins de difficultés pour venir puis repartent généralement conquis jusqu'au prochain rendez vous. J'ai remis au gout du jour l'usage du batons de parole, On lève la main et on prend le baton pour s'exprimer le temps imparti, sans être interrompu. Les conversations du Bistrot sortent dans la rue et voyage librement, vers les autres qui, tôt ou tard, se rapprochent pour échanger.
G.M: Pour vous la place de la discussion est elle centrale dans la culture Corse voire ajaccienne? Pouvez vous, ou vous permettez vous d'aborder tous les sujets? Le dialogue entre Corse et continent existe-t-il?
P.B: La place de la conversation est à mon sens essentiel pour libérer les insulaires coincés dans ce bocal ou cet enfermement. Aborder tel ou tel sujet n'est pas un problème en soi. Seul l'autocensure peut bloquer toute avancée vitale pour la société insulaire. Le dialogue sincère entre la Corse et le continent est hélas difficile voire impossible sur certains points. Remarquez, il est déjà compliqué entre Bastiais et Ajacciens! Parfois la folie nous guette et nous frappe, puis elle s'éloigne pour mieux revenir nous étouffer. Nous avons grand besoin de nous aérer, de confronter nos idées avec d'autres venant d'horizons divers.
G.M: Pouvez vous m'en dire un peu plus sur votre concept de "Belles conversations"?
P..B: C'est simple. Chaque client, ami, qui arrive se voit proposer deux questions qui l'amènent à se triturer les méningesseul, ou avec d'autres. Ainsi la conversation voyage de table en table et anime notre petit lieu de vie. 

Interview de Guillaume Villemot par Pascal Bruno

Pascal Bruno: Pourquoi avoir lancé le Festival des conversations?
Guillaume Villemot: Alors que nous sommes de plus en plus connectés les uns aux autres, nous n'avons paradoxalement jamais éte aussi seuls. Quand j'entends des enfants dire qu'ils ont des conversations avec Siri sur leurs iPhone, je me dis qu'il est temps d'agir. C'est ainsi que le festival est né et se développe. La bonne nouvelle, nous avons trouvé des personnes qui font la même chose que nous ailleurs. Par exemple les FreeConvo aux USA (http://freeconvo.com/). Le festival appartient à ceux qui comme vous veulent redonner le temps de la parole à tous. 
P.B: Sentiez vous chez les citoyens que nous sommes, une envie, un besoin, prêts à se libérer?
G.V: Plutôt une peur croissante au contraire d'oser parler directement à l'autre, de se livrer. Nous nous protégeons de plus en plus. En même temps sur les réseaux sociaux, chacun raconte sa vie ou la vie qu'il voudrait avoir. 
P.B: Que recherchez vous à travers ce festival?
G.V: Faire que des gens se disent: "Tiens, c'est vrai c'est simple de prendre le temps d'écouter l'autre et de lui répondre." Moi quand j'observe les effets que peuvent avoir de simples conversations autour de soi, j'ai juste envie d'y replonger. 
P.B: D'ou vous parlez, que voyez vous de la Corse, de notre société insulaire, souvent accusée d'omerta par certains observateirs avertis? 
G.V: La Corse n'est pas une île mutique. Au contraire, le verbe y est puissant, la parole appréciée. C'est une société prolixe, pour qui sait, et qui veut l'entendre. Là encore, il faut savoir prendre le temps d'écouter. Je pense à cette phrase d'Hemingway: "Il faut deux ans pour apprendre à parler et toute une vie pour apprendre à se taire."
P.B: Sans conscience et vérité, les conversations ne sont elles pas vouées à se détourner vers les échanges virtuels et à garder les humains dans des grottes de silence?
G.V: Les conversations sont désormais polymorphes. Il y a celle ou l'on se voit, s'entend, se sent, se touche. C'est la plus riche selon moi.Aujourd'hui il existe beaucoup d'autres moyens d'avoir une conversation. Je pense au téléphone portable ou à Internet. Encore faut-il maitriser les usages de ces nouveaux modes conversationnels, et, surtout, se poser la question de l'interêt, des limites voir des risques de ces canaux.
P.B: La politique spectacle, alimentée par les conversations, pourrait elle se métamorphoser en politique instruite par les conversations citoyennes?
G.V: Les politiques se montrent incapables de conversations véritables. Je rêve d'un débat entre deux leaders opposés qui, au delà de leurs divergences compréhensibles pourraient se dire: "Votre point de vue est interessant, je vous entend."

Demandez le programme au Bistrot du Cours

Le jeudi 17 avril, dans le cadre de ce festival, le Bistrot du Cours organise un Café psy, animé par Toussaint Corticchiato, ayant pour thème "Qui suis je vraiment?". 
Samedi 19 avril à 21h: théâtre avec "Le bel indifférent", à partir de 21h.
Jeudi 24 avril à 20h30: Café philo, "Pourquoi le mal existe-t-il?"
Samedi 26 avril, à 11h, Bbooks, rencontre autour des livres: "Donner envie d'avoir envie" et à 21h, soirée spéciale fille.
Renseignements: agendabistrot2013@gmail.com



bruna.corsenetinfos@gmail.com




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