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Evènements d’Aleria : La stèle du souvenir et du combat


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 23 Août 2014 à 22:05 | Modifié le Dimanche 24 Août 2014 - 00:11


Vendredi 22 août à 18h30, le Dr Edmond Simeoni et ses anciens compagnons d’armes ont dévoilé la stèle du souvenir devant l’emplacement de la défunte cave Depeille qu’ils ont occupée, il y a 39 ans, pour dénoncer le scandale de la chaptalisation du vin. Une commémoration en présence de tous les leaders du mouvement national et de plus d’un millier de militants et sympathisants venus de toute la Corse. Dans un long discours, le Dr Edmond Simeoni a, ensuite, analysé les évènements et leurs conséquences et réaffirmé la nécessité de continuer le combat.


La stèle à l'effigie de la cave Depeille après l'occupation par les militants de l'ARC.
La stèle à l'effigie de la cave Depeille après l'occupation par les militants de l'ARC.
Ils étaient plus d’un millier venus de toute l’île, militants et sympathisants, anciens ou plus jeunes, pour accompagner les vétérans du commando d’Aleria dans ce devoir de mémoire. Autour des figures du nationalisme insulaire, Edmond Simeoni, Pierre Poggioli, Jacques Fieschi, Pierre et Jean-Pierre Susini, Max Simeoni, Leo Battesti…, les leaders d’aujourd’hui dont pas un n’a manqué à l’appel : Jean-Guy Talamoni et François Sargentini pour Corsica Libera, Paul-Félix Benedetti pour U Rinnovu, Jean-Christophe Angelini, Gilles Simeoni, François Alfonsi, Jean-Félix Acquaviva et tous les élus de Femu a Corsica, du PNC, d’A Chjama et d’Inseme per Bastia… Mais aussi Ange Fraticelli, maire d’Aleria qui a offert l’emplacement pour la stèle, Ange-Pierre Vivoni, maire de Sisco, Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio et Henri Malosse, président du Comité économique et social européen. A 18h30, Edmond Simeoni et ses anciens compagnons d’armes ont dévoilé, devant la foule rassemblée, une stèle du souvenir en verre, à l’effigie de la cave occupée, réalisée par Tony Casalonga. Posée au bord de la route, à l’entrée du lieu des affrontements d’où il ne subsiste plu rien, les bâtiments menaçant de s’effondrer, ayant été rasés, elle a été bénie par le père Vincent, le curé de la paroisse locale.
 
Un sens à l’histoire
Une bénédiction simple et belle pour un moment fort de l’histoire corse, un hommage en forme d’apaisement et de lien entre passé, présent et futur. « Père, ton peuple est rassemblé. Sont ici devant toi : ceux que l’histoire a fait vivre depuis des générations sur cette terre, ceux que le hasard de la vie ou leur profession a amené sur cette terre, ceux qui, bien qu’appartenant à une autre communauté, ont toujours noué avec la terre corse, avec ses parfums et sa lumière, un lien privilégié, et moi-même qui suis né dans un autre pays à l’histoire douloureuse... Ce peuple rassemblé appelle ta bénédiction sur cette œuvre qui commémore une partie douloureuse de son histoire. Dans ce lieu, des paroles n’ont plus été possibles. Dans ce lieu, des hommes se sont affrontés au nom de leurs convictions ou de leur devoir. Les blessures, la mort, le deuil et la privation de liberté sont désormais inscrits dans la mémoire de tous. Seigneur, quand tu donnes ta bénédiction, tu veux donner un nom et un sens à cette histoire… Rappelle nous au milieu d’un monde en guerre la chance inestimable de vivre en paix…».

Une prière d'espoir
Puis, le père Vincent lance une prière de réconciliation et d’espoir : « Fais de nous, là où nous sommes, des hommes enracinés, passionnés par leur langue, et qui, libres et debout, peuvent, avec confiance, marcher vers l’autre. Donne à chacun d’entre nous, qui sommes responsables de nos talents, la clairvoyance pour écouter, comprendre et mettre en œuvre un dialogue qui fasse que le caractère unique de chacun devienne la richesse de tous. Donne à ceux qui viendront se recueillir, ici, la force de dépasser une mémoire douloureuse pour entrer dans une histoire habitée par l’avenir. Donne à la Corse de trouver, dans la joie, son génie, sa générosité et sa foi dans l’avenir. Donne à notre jeunesse la passion de s’investir pour son peuple et pour les peuples démunis de ce monde. Que cette plaque leur rappelle que les sacrifices du passé leur font une obligation d’être heureux en étant vrai, en étant des hommes et des femme de dialogue, en étant des habitants respectueux de la nature que tu nous confies… ».

Un discours de combat
Après avoir entonné le Dio vi Salvina Regina, la foule a reflué vers un chapiteau dressé sur le lieu même de la cave pour entendre le leader du commando de l’époque, Edmond Simeoni, prononcer un long discours, non pas mémoriel, mais de combat. Pour la figure emblématique du nationalisme corse, l’heure n’était pas vraiment à l’émotion, mais à la poursuite de la lutte. Ce qu’il a énoncé avec fougue et clarté. « Cette stèle n’a pas la prétention de figer l’histoire, ni de ressembler à Ponte Novu. Nous sommes des patriotes. Une lutte aussi difficile, aussi complexe, cette quête de liberté qui s’étend sur des siècles n’est pas le fait d’un homme, mais d’une idée, d’une pulsion politique, d’un courage commun, de tous ceux qui, étape après étape, jour après jour, nuit après nuit, se sont toujours battus pour sauver le peuple corse dans la diversité de leurs convictions et de leurs appartenances… Ce jour-là, nous avons été un certain nombre à dire : ça suffit ! ». Il en profite pour rendre hommage à tous ceux qui se sont battus « Ils ont été surpris qu’en 1976 naisse un mouvement clandestin. Mais comment voulez-vous que ne naisse pas un mouvement clandestin quand vous empêchez une langue d’exister, que vous obligez les gens à partir de chez eux, à faire leurs valises pour trouver de quoi vivre ailleurs… ! Dès que la contestation nait, on lui oppose la répression, la Cour de sûreté de l’Etat, les juridictions spéciales… A ce moment-là, nait une violence de légitime défense ».
 
Une exception jacobine
Après avoir listé les avancées obtenues depuis 39 ans, il assène que rien n’est encore acquis et fustige l’hyper-jacobinisme et la stratégie délibérée et soutenue de l’Etat d’éradiquer le peuple corse. « La France n’accepte l’identité de la Corse que lorsqu’elle est folklorique, qu’elle distrait, qu’elle amuse… La France a toujours combattu le sentiment d’identité corse avec constance, opiniâtreté et organisation… Depuis 50 ans, tous les gouvernements jouent la montre car ils savent que le temps est contre nous. Nous sommes confrontés à l’arrivée systématique de populations que, malgré notre sentiment légendaire d’hospitalité, nous ne pouvons plus intégrer. La spoliation organisée des terres conduit inévitablement à l’aliénation culturelle, donc à la mort de notre peuple ! ». Il rappelle que la France est une exception dans l’Europe « qui foisonne de ses coofficialités tellement naturelles et de régions à statut spécial. 250 millions d’Européens vivent dans le fédéralisme ou l’autonomie. La France, avec la Grèce, est, seule, rétive ». Il dénonce les relais insulaires, les courroies de transmission du pouvoir parisien qui ont mis en place un système basé sur la fraude électorale, une société de cooptation responsable de la perte des valeurs, de la médiocrité, de l’indigence économique et productive. « Le système claniste n’est pas soluble dans la démocratie. Il est antinomique de la libération de la Corse et de son développement », clame-t-il.
 
Un peuple créatif
Edmond Simeoni estime que l’Etat a accordé trois statuts particuliers par calcul, des « gadgets » qui n’ont rien changé car « il a tenu les cordons de la décision et de la bourse. Chaque fois, il a gagné 10 ans ! ». Il daube sur la seule demande, récemment accordée, sur les 40 exigées par l’Assemblée de Corse au nom de ses prérogatives particulières : la taxe de mouillage qu’il qualifie de « dérision ». Il martèle qu’il « n’est plus temps pour les atermoiements, pour les faux-semblants... Nos idées ont gagné, mais le problème est que nous ne le savons pas parce que nous n’avons pas confiance en nous. L’Etat sait qu’il a perdu, mais comme il est dans la dénégation, dans le refus des évidences, dans sa volonté de poursuivre sa politique de coercition, il ne le reconnaît pas… Les replâtrages de Mme Lebranchu ne parviendront pas à restaurer la confiance  ». Il explique que, sans vrai pouvoir législatif et financier, sans vrai statut d’autonomie, la Corse « ne pourra pas résorber le passif de deux siècles de colonisation » et se construire un avenir. « Nous voulons un peuple émancipé, reconnu et maître de son destin ». Il incite les Corses à « être créatifs », à se battre intelligemment sur tous les terrains « où les intérêts de la Corse sont en jeu », à « paralyser l’Etat en pénalisant le moins possible les Corses » et à mobiliser l’opinion publique internationale. « Ce n’est pas un chant de désespoir. Ce n’est pas un cri de révolte, c’est un cri de démocratie ! C’est une exigence de liberté, de vérité et de justice. La Corse a le droit de vivre libre », conclut-il, très en verve et très applaudi.
La soirée a continué en musique avec les groupes culturels dans une ambiance très festive. Petit clin d’œil : ce sont les élus de Femu a Corsica, leurs deux leaders en tête, qui ont, joyeusement, assuré le service au bar.
 
N.M.

Edmond Simeoni devant la stèle d'Aleria.
Edmond Simeoni devant la stèle d'Aleria.


La bénédiction de la stèle commémorative




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