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Elections européennes : Vincent Peillon appelle à l’insurrection démocratique


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 5 Mai 2014 à 21:53 | Modifié le Mardi 6 Mai 2014 - 02:26


L’ancien ministre de l’Education, Vincent Peillon, qui conduit la liste socialiste du Sud-Est aux élections européennes du 25 mai prochain, était, ce lundi en Corse, pour une étape éclair. Il a débuté sa campagne insulaire à Ajaccio par une rencontre avec des associations, puis avec des producteurs locaux, avant d’être reçu, à sa demande, à la Mairie de Bastia. Il a symboliquement clôturé sa visite à la plateforme Stella Mare, financée par les fonds européens du FEDER. Le député européen sortant appelle tous les citoyens à aller voter et à ne pas se tromper d’élection. Il explique, à Corse Net Infos, les forts enjeux européens.


Le candidat PS aux Européennes,Vincent Peillon, entouré d'Ange-Pierre Vivoni, maire et conseiller général de Sisco, et d'Emmanuelle de Gentili, 1ère secrétaire fédérale du PS en Haute-Corse, 1er adjointe à la mairie de Bastia et conseillère exécutive à la CTC.
Le candidat PS aux Européennes,Vincent Peillon, entouré d'Ange-Pierre Vivoni, maire et conseiller général de Sisco, et d'Emmanuelle de Gentili, 1ère secrétaire fédérale du PS en Haute-Corse, 1er adjointe à la mairie de Bastia et conseillère exécutive à la CTC.
Du 22 au 25 mai, près de 390 millions d'électeurs seront appelés aux urnes pour
choisir la composition du 9ème Parlement de l'histoire de l'Union Européenne. En France, phagocytée par les élections municipales, la campagne, entamée tardivement, ne passionne personne, sauf les anti-Européens qui occupent tout l’espace. Les sondages annoncent une abstention d’au moins 40%, un tsunami Front National (FN) et une nouvelle déroute de la gauche, après celles des Municipales. Pas facile dans ces conditions pour les candidats socialistes de faire campagne et de mobiliser. Aussi l’ancien ministre de l’éducation, Vincent Peillon, eurodéputé sortant et tête de liste pour le Sud-Est, s’est-il livré, lors de sa brève escale corse, à un véritable plaidoyer citoyen.
 
Réinsertion et biodiversité
Débutant sa campagne insulaire à Ajaccio, il s’entretient, d’abord, autour d’un petit-déjeuner, avec des responsables d’associations travaillant sur les questions d’économie sociale et solidaire et la réinsertion professionnelle. Ce dernier thème est, avec la préservation de la biodiversité, les deux axes forts de son programme pour le Sud-Est. Il rencontre, ensuite, des producteurs locaux, visite l’entreprise Corsica PAM qui fabrique des huiles essentielles et la miellerie Les jardins des Abeilles qui produit un miel AOP (Appellation d’origine protégée). Les artisans en profitent pour dénoncer la lourdeur des normes européennes de plus en plus dures à supporter. Sa visite se clôture symboliquement, en fin de journée, sur la plateforme marine Stella Mare, située sur la commune de Biguglia en Haute-Corse et financée par les fonds européens du FEDER.
 
Des problématiques locales
Entre temps, arrivé en début d’après-midi à Bastia, Vincent Peillon se rend, d’abord, à sa demande, à l’hôtel de ville pour s’entretenir avec les élus locaux, notamment le maire, Gilles Simeoni, la 1ère adjointe et 1ère secrétaire fédérale du Parti socialiste (PS) en Haute Corse, Emmanuelle de Gentili, l’adjoint bastiais délégué au patrimoine, Philippe Peretti, le maire et conseiller général de Sisco, Ange-Pierre Vivoni et Laurent Croce. « Il était normal que je reçoive, avec la courtoisie qui lui est due, l’ancien ministre Vincent Peillon qui a demandé à être reçu en mairie. En ce qui concerne le candidat à l’élection européenne, tout le monde sait que je soutiens François Alfonsi », précise Gilles Simeoni. La rencontre, qui ne dure que quelques minutes, est l’occasion de rappeler la problématique locale. « Le message que nous lui avons fait passer, c’est d’être, encore plus, le représentant de notre territoire car nous avons des spécificités à défendre. Même si l’Europe est aussi l’Europe des régions, il est très difficile de se faire entendre. Nous comptons sur notre représentation à Bruxelles pour accompagner tous les choix et les projets de la Corse », explique Emmanuelle De Gentili.
 
Combattre les Eurosceptiques
Puis, l’eurodéputé se rend au siège de la fédération socialiste de Haute-Corse où l’attendent une poignée de militants et d’élus, ainsi que le leader de la gauche autonomiste, Vincent Carlotti. Devant ses troupes, il s’emploie à définir les enjeux du 25 mai. Emmanuelle de Gentili lui ouvre la marche : « L’enjeu est de combattre les Eurosceptiques. Nous sommes des Européens convaincus. En tant qu’élus, militants et simples citoyens, nous allons nous battre pour t’accompagner dans cette lourde tâche ». Elle rappelle que pour la Corse, « L’Europe, cela a été fabuleux ! Il y a 30 ans, nous n’avions pratiquement plus de relations avec l’Italie, alors que notre histoire commune est colossale. Ce sont les programmes européens, notamment Interreg, qui ont permis de renouer des partenariats, de partager des enveloppes dans de vrais projets convergents. Nous voulons continuer à construire une Europe sociale pour avoir quelque chose à partager avec tous les Etats. L’Europe a, aussi, un problème d’identité, nous avons besoin de construire cette identité pour que les Européens se sentent plus proches ».
 
Mobiliser contre le FN
Vincent Peillon commence par adresser, en ce jour anniversaire du 5 mai, une pensée aux victimes de la catastrophe de Furiani et à leurs familles. « Je n’ai pas voulu me joindre à la commémoration de Furiani car je suis en campagne et cela aurait été indécent ». Puis, il rentre dans le vif du sujet : « J’ai vraiment besoin de vous. C’est une élection où il y a peu de votants. Ainsi, quand on déplace une voix, elle a plus d’effet ! Chaque voix compte et peut donner 1, 2, 3 points en plus et changer la grille de lecture de la catastrophe annoncée ». Et fustige le Front National, « programmé gagnant », notamment dans une circonscription qui lui est favorable. « Ce sont des xénophobes, des racistes ! Ce sont des gens qui ont été condamnés plusieurs fois pour des propos attentatoires à la dignité humaine. Nous ne pouvons pas accepter un pays où les Fascistes sont en tête ! C’est une responsabilité que nous avons. C’est pour cela que j’appelle à une insurrection démocratique ! ».
 
Un double enjeu
Pour l’ex-ministre socialiste, l’enjeu de l’élection européenne est, donc, double.
Le 1er est de lutter contre l’abstention qu’il qualifie de « curiosité » et ne comprend pas. « Notre destin, la croissance, l’emploi, le développement durable, 450 millions € de crédits européens pour les abeilles… c’est l’Europe ! Elle est présente dans notre quotidien et s’occupe de nos vies. Le plus important pour le destin de nos enfants et pour le nôtre sera décidé au plan européen. Tous les défis du 21ème siècle sont européens. Il faut dire à nos concitoyens de prendre leur destin en main et d’aller voter parce que l’Europe les concerne».
Le 2nd le stupéfie tout autant. « Quel choix avons-nous le 25 mai ? Ici, certains me disent que le choix, c’est le statut de résident ou pas, etc… Tout le monde confond tout ! ». Pour lui, il y a incompréhension du scrutin et mélange des genres. Le choix offert est, avant tout, politique.
 
Un vote de diversion
Vincent Peillon argumente que c’est un choix de gouvernance entre un pouvoir de droite ou un pouvoir de gauche et ses implications en termes économique et social. « Le 25 mai, on joue les années qui viennent parce qu’on a le choix entre continuer l’Europe telle qu’elle est, c’est-à-dire une Europe gouvernée par la droite depuis 10 ans. Une droite qui n’a pas été capable de faire face à la crise et de mettre en place un traité social, qui ne lutte pas contre les milliards € d’évasion fiscale... Ou mettre en place une Europe de gauche qui le fera ! ». Il estime que voter FN est absurde puisque c’est donner mandat à ce que le FN veut abolir. « A quoi servent les voix du FN ? A prolonger le mandat des Libéraux en Europe ! C’est un vote de diversion, d’illusion, de tromperie. Ce sont des voix perdues pour le vrai changement européen. Soit on veut l’Europe des progressistes comme on dit à Bastia, c’est une belle idée, on peut l’étendre ! Mais, une Europe du progrès social, économique et démocratique suppose de changer ceux qui dirigent l’Europe ».
Au final, Vincent Peillon livre un bel exercice de pédagogie politique. Mais, pas sûr, qu’à moins de vingt jours du scrutin, dans un contexte aigu de crise sociale, de repli sur soi, de déroute de la gauche et de fort rejet de la politique Hollande, celui-ci porte ses fruits !
 
N.M.



Vincent Peillon : « J’ai vraiment besoin de vous. Il faut voter ! »
 
- Après le désastre des Municipales, l’élection européenne ne promet guère mieux pour la gauche. Quel est votre sentiment sur cette campagne ?
- Il faut voter ! Tous les pays européens vont voter. Et, pourtant, personne ne sait que ce sont des élections européennes ! La gauche est démobilisée. C’est dommage ! Alors qu’en Europe, pour la première fois, elle peut être majoritaire ! Les gens ne savent pas que la droite gouverne l’Europe depuis 10 ans. Elle est majoritaire au Parlement et au Conseil européen, elle dirige la Commission européenne avec Mr Barroso. Il est annoncé que la gauche peut, enfin, gagner au niveau européen. Et, en France, nous n’apportons pas notre pierre à l’édifice !
 
- Pourquoi ?
- Les Français sont attachés à l’Europe, mais ils veulent une autre Europe. C’est ce que nous incarnons ! Voter à droite ou ne pas voter, c’est voter pour la même Europe que celle qui existe actuellement et donner encore pouvoir à la droite. Aller voter et voter à gauche est une chance de changement. Le scrutin du 25 mai est à un seul tour. Il ne faut pas dire : j’irai la semaine prochaine !
 
- Quel changement comptez-vous apporter ?
- Un changement concret ! Nous voulons mettre en place un SMIC européen et une harmonisation fiscale. Nous voulons être capable de lever des emprunts sur les marchés pour pouvoir financer un certain nombre de politiques publiques européennes. Nous voulons lutter contre les paradis fiscaux. Toutes choses que la droite ne propose pas ! Nous voulons une Europe orientée vers la croissance, l’emploi, la justice, la solidarité… Nous ne voulons pas l’Europe des marchés et des concurrences.
 
- Que dites-vous aux électeurs ?
- Je leur dis : Ne vous trompez pas d’élection ! Il ne s’agit pas de sanctionner François Hollande. Vous aurez d’autres occasions de le faire. Vous l’avez déjà fait. Il ne s’agit pas de voter pour une mairie. Il ne faut pas se dire que l’on n’y peut rien ! Justement, on y peut quelque chose. L’Europe est extrêmement présente dans nos vies. Elle ne va pas s’arrêter parce qu’on ne va pas voter ! Elle sera toujours présente, simplement il faut se demander quelle forme prendra sa présence ? Il faut aller voter, se servir du droit de vote qui a été une conquête de nos Anciens et s’en servir pour le scrutin plus important. On se déplace pour voter pour la Mairie, pour le canton, pour la région et, évidemment, pour la Nation, mais on ne se déplace pas pour l’Europe !
 
- Comment expliquez-vous ce large désintérêt de la grande majorité des Français ?
- Je pense que des éléments puissants sont là pour nous décerveler. Les fonds de pension s’intéressent beaucoup à l’Europe ! Les banques et les grands lobbies sont présents à Bruxelles. Ils préfèrent que les citoyens ne s’en mêlent pas. A longueur de journée, on veut nous parler d’autre chose que d’Europe. Aujourd’hui, il n’y a pas de vrai débat européen en France. Tous les autres pays en ont organisé un, les chaînes françaises, non ! Il a fallu se battre pour obtenir un débat sur le service public entre celui qui présidera l’Europe à gauche ou celui qui le présidera à droite. C’est cela le choix du 25 mai !
 
- C’est-à-dire ?
- Le choix se fera entre Martin Schulz (président sortant du Parlement européen, candidat du Parti socialiste européen, PSE) ou Jean-Claude Juncker (ex-Premier ministre luxembourgeois, candidat du Parti populaire européen, PPE, conservateur). C’est pour cela que j’appelle à l’insurrection démocratique des progressistes pour que nous reprenions notre destin en main. Notre destin est corse, français, mais aussi européen. Ceux, qui ne veulent pas le voir, se trompent ! Ils prennent une lourde responsabilité pour nos enfants et tous ceux qui nous suivront.
 
- Ne pensez-vous pas que les élus français, qui ne se préoccupent de l’Europe qu’en période électorale et ne font pas œuvre de pédagogie, portent une lourde responsabilité ?
- Vous avez raison ! Je crois qu’il faut être encore plus exigeant à l’égard de nous-mêmes ! Les politiques ont, bien sûr, une responsabilité éminente. C’est leur travail d’être responsables et engagés, mais la responsabilité est collective. Les élus sont le reflet des populations qui les élisent. Les gens disent souvent : « Les élus exagèrent ! Chaque fois que quelque chose ne va pas, c’est la faute à l’Europe, et pour le reste, on n’en parle pas ! ». C’est un peu commode ! On ne peut pas dire non plus que ceux qui animent le débat public, comme les grandes chaînes de télévision, font beaucoup d’efforts pour organiser le débat. Il ne faut pas oublier les citoyens.
 
- Quel doit être le rôle des citoyens ?
- La démocratie est une démarche active. Les citoyens doivent faire l’effort de s’intéresser aux choses. Nous sommes tous concernés et responsables. Sans quoi nous allons retomber dans ce travers français : « C’est la faute à … ! ». De la même façon que c’est la faute à l’Europe, c’est la faute aux politiques. Non ! C’est notre responsabilité à tous. Chacun doit se responsabiliser sur cette question. Autrefois, les Républicains disaient : « On ne peut pas faire de République sans Républicains ! ». Chacun de nous est comptable de la République. C’est pareil pour l’Europe. Il n’y aura pas d’Europe sans Européens. Chacun de nous est comptable de l’Europe !
 
- Les députés allemands reprochent à leurs homologues français leur absentéisme à Bruxelles et leur manque de travail. Ces critiques sont-elles justifiées ?
- On est toujours dans les paradoxes ! La qualité d’un travail ne se compte pas nécessairement aux heures de présence sur place ! Que reproche-t-on le plus en France aux députés européens ? De ne pas être assez présents sur le terrain ! Les électeurs exigent des choses contradictoires. Que nous soyons présents sur le terrain, à la télévision, au Parlement ! Ils disent qu’ils ne nous voient jamais dans une circonscription qui compte, quand même, des millions d’habitants. Bourg Saint Maurice (Savoie) a le même député européen que Bonifacio. C’est un peu compliqué d’être partout ! Quand on est quelque part, on n’est pas ailleurs ! Les députés européens allemands font très peu de terrain. Ils sont élus dans des circonscriptions quasiment nationales et se consacrent à leur travail, un peu comme des fonctionnaires. Les députés français essayent d’être un peu partout, ce sont des politiques comptables devant les citoyens.
 
Propos recueillis par Nicole MARI




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