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E. De Gentili : « Je conduirai une liste de gauche, progressiste et régionaliste »


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 23 Septembre 2015 à 21:17 | Modifié le Vendredi 25 Septembre 2015 - 03:13


Après des semaines de rebondissements et de rumeurs, le suspense est, enfin levé. Emmanuelle De Gentili, secrétaire nationale et départementale du Parti socialiste (PS), conseillère exécutive à l’Assemblée de Corse et 1ère adjointe au maire de Bastia, conduira sa propre liste aux élections territoriales des 6 et 13 décembre prochains. Investie par le PS, la 1ère secrétaire de la fédération de Haute-Corse a réussi à fédérer, autour d’elle, la majeure partie de la Gauche socialiste, progressiste et régionaliste. A l’exception de Jean-Charles Orsucci et Jean-Louis Luciani, mais avec Jean-Baptiste Luccioni en numéro 2. Elle explique, à Corse Net Infos, les raisons de ce divorce, la démarche qu’elle défend et se présente comme la vraie liste de gauche de ce scrutin.


Emmanuelle de Gentili, conseillère exécutive de l'Assemblée de Corse, 1ère adjointe au maire de Bastia, secrétaire nationale du Parti socialiste (PS), 1ère secrétaire de la fédération socialiste de Haute-Corse, candidate à l’élection territoriale des 6 et 13 décembre prochains.
Emmanuelle de Gentili, conseillère exécutive de l'Assemblée de Corse, 1ère adjointe au maire de Bastia, secrétaire nationale du Parti socialiste (PS), 1ère secrétaire de la fédération socialiste de Haute-Corse, candidate à l’élection territoriale des 6 et 13 décembre prochains.
- Depuis trois jours, le bruit court d’un divorce avec le duo Jean-Charles Orsucci-Jean-Louis Luciani. Que se passe-t-il exactement entre vous ?
- Depuis quelques semaines, le Parti socialiste m’a chargée d’organiser une liste de Gauche, ouverte aux Progressistes et aux Régionalistes. C’est un acte fort des instances nationales de me donner l’investiture et de la donner à cette liste ! J’ai, donc, entamé des discussions avec l’ensemble des forces de gauche susceptibles d’intégrer cette démarche très ouverte et progressiste. Bien entendu, j’ai privilégié les échanges avec Jean-Charles Orsucci, Jean-Louis Luciani et Jean-Baptiste Luccioni. Au fil des discussions, certains ont continué à partager cette vision élargie autour du socle de valeurs socialistes. D’autres, à qui je garde toute mon amitié, préfèrent emprunter d’autres chemins. Pour autant, forte de mon investiture PS, je continue, avec l’ensemble des personnes qui me soutiennent, à porter cette démarche.
 
- Quel a été le point de friction qui a empêché l’union ?
- Le PS m’a chargée, dans le cas de ce rassemblement, d’offrir des places d’ouverture à tous les niveaux. Petit à petit, les choses se sont crispées sur la représentation des partis politiques par rapport à des personnalités. Pour notre part, nous pensons qu’une démarche d’union, collective, doit primer sur des démarches individuelles. Nous avons accompli un travail très important de réunification des deux fédérations et de tous les Socialistes qui attendent une telle démarche. Cela nous a été demandé, cet été, lors du rassemblement de Piedicroce où plus de 500 personnes nous ont encouragés à poursuivre sur cette ligne. Aujourd’hui, nous devons agréger des personnes de la société civile, du monde associatif afin que cette liste représente vraiment le projet et la vision que nous avons de la Corse.
 
- Certaines rumeurs ont fait état d’un désaccord sur la tête de liste. Qu’en est-il ?
- Non ! Il n’y a pas eu de friction sur la tête de liste ! Cette question n’était pas en débat. Les discussions étaient globales. Jean-Charles aurait pu être tête de liste dans le cadre d’une démarche globale, si nous avions pu partager le reste de la composition de la liste avec des objectifs communs, une juste représentation des forces politiques et une libre adhésion des participants à cette démarche. Ces conditions n’étaient pas remplies. Nous pouvons continuer à discuter avec Jean-Charles Orsucci, mais dans le cadre de l’ouverture portée par le PS.
 
- Mènerez-vous, donc, la liste ?
- Oui ! Les personnes, qui m’accompagnent, souhaitent que je porte cette démarche et cette liste à l’occasion des élections territoriales de décembre. Jean-Baptiste Luccioni, le maire de Pietrosella, qui fait partie de cette démarche depuis le commencement, sera numéro 2 sur la liste.
 
- Vous avez reçu l’investiture du PS. Cette investiture uniquement PS et donnée à une liste socialiste, n’est-ce pas une première en Corse ?
- Oui ! C’est la première fois ! Mieux encore, le PS a, aussi, reconnu la démarche régionaliste. Nous avons, aujourd’hui, noué des liens de confiance sur la démarche qui vise à donner plus de compétences et plus de crédibilité à la parole qui vient du territoire. C’est très important ! Cela contribuera, peut-être, à régler un certain nombre de sujets qui nous passionnent depuis quelques années, que ce soit le statut de résident, la coofficialité, et sans doute des questions économiques que je souhaite très présentes dans la campagne électorale. Le PS a toute sa place pour être le vecteur et le médiateur de ces débats.
 
- Depuis des années, vous vous battez pour donner plus de consistance au PS en Corse. Pensez-vous que l’éclatement de la gauche locale est une opportunité à saisir ?
- Quand un parti politique ne parvient pas à être présent dans une élection, c’est qu’il est en grande difficulté ! Aujourd’hui, nous faisons la démonstration de la réunification du PS, de sa capacité à présenter une liste dans une élection importante pour la Corse. Nous avons énormément travaillé sur les orientations que la Corse devrait prendre, tant au niveau local que dans les partenariats avec les instances nationales et le gouvernement. Il est très important de pouvoir, dans le cadre de cette élection, expliquer qui nous sommes, ce que nous voulons faire pour la Corse et porter le plus loin possible cette idée.
 
- Cela signifie-t-il que votre liste sera étiquetée « Socialiste » ?
- Non ! Notre démarche est clairement d’ouverture, progressiste et régionaliste avec l’objectif de réussir pour la Corse. Elle s’appuie, bien entendu, sur un socle de valeurs socialistes, mais elle sera composée à 50% des représentants des forces politiques et à 50 % des représentants de la société civile, du monde associatif et toutes les personnes qui partagent notre vision et notre envie de faire bouger les lignes en Corse.
 
- Quels élus ou personnalités politiques vous accompagnent ?
- Il est encore trop tôt pour dévoiler des noms. Nous sommes encore en discussion avec d’autres forces politiques puisque notre démarche vise, tout de même, à reconstruire la gauche corse dans son ensemble. Nous pensons qu’il est temps de nous rapprocher pour aller de façon beaucoup plus unitaire dans cette élection.
 
- Il pourrait y avoir jusqu’à 7 listes de gauche en lice pour le 1er tour de scrutin. Pensez-vous réussir à franchir la barre des 5% ?
- Je suis très confiante sur notre capacité à franchir la barre des 5% parce que c’est la première fois que le PS est uni. Nous avons l’investiture et la reconnaissance nationales. Nous pouvons parvenir à agréger des personnes qui, au-delà de l’appartenance à un parti politique, souhaitent défendre une même vision de la Corse. Nous pourrons, désormais, discuter en direct avec la population, ce que nous n’avons jamais eu l’occasion de faire ! Notre parole a souvent été étouffée dans des partenariats où nous ne pouvions pas être nous-mêmes. Aujourd’hui, il est important de nous inscrire dans la durée.
 
- C’est-à-dire ?
- Cette élection est une étape dans une démarche que nous avons initiée pour restructurer un mouvement au-delà de ce scrutin et bâtir une nouvelle force de gauche avec un nouveau souffle et des critères différents sur l’implication, la représentation, les compétences, l’apport à la société et le rapport à l’autre, c’est-à-dire le lien social et la solidarité. Il faut remettre tous ces éléments au cœur du débat politique corse.
 
- Vous êtes sortante de la liste de la majorité territoriale avec qui vous avez pris vos distances. Quelle est votre position par rapport à une éventuelle fusion de 2nd tour ?
- Nous sommes nous-mêmes : le PS agrégé de toutes les forces progressistes et régionalistes. Nous mènerons une réflexion sur le 2nd tour, mais il est encore trop tôt pour le faire. Nous ne nous intéressons pas forcément aux individus, mais à ce qu’ils proposent. Et nous ne savons pas ce que les uns et les autres proposeront. Le débat d’une élection n’est pas d’être pour ou contre une démarche, mais de faire des propositions et vérifier les convergences qui peuvent exister sur les projets. A partir de là, nous verrons avec quels partenaires nous pourrons travailler pour construire une Corse dynamique, moderne, engagée dans un développement économique, réel et productif.
 
- Pourriez-vous, au 2nd ou au 3ème tour, intégrer la démarche de Paul Giacobbi ?
- Aujourd’hui, je ne connais pas le positionnement de Paul Giacobbi dans le cadre de cette élection. Je ne connais même pas son positionnement politique puisqu’il n’appartient plus à un parti identifié. Je reste sur une démarche collective qui repose sur des valeurs, des fondamentaux et un ancrage fortement à gauche. Il s’agit vraiment de proposer une vision à long terme, de travailler sur la manière dont la collectivité unique se mettra en place et d'apporter des réponses claires aux inquiétudes légitimes des Corses sur leur avenir. A partir de là, je ne peux absolument pas me prononcer sur ce que pourrait être un 2nd tour, voire un 3ème tour.
 
- On vous prête un désir d’alliance avec Gilles Simeoni. Le modèle bastiais peut-il être, selon vous, reproduit à l’échelle régionale ?
- L’alliance bastiaise s’est inscrite dans un cadre municipal, dans une logique de projets pour défendre la ville et dans une lutte contre des méthodes clanistes d’approche du pouvoir. Nous avons pu faire une alliance qui a même permis une ouverture à d’autres forces. Quand à reproduire le modèle bastiais, je pense qu’on ne peut pas comparer une élection municipale et une élection régionale. Mais là aussi, ce sera projet contre projet, des discussions sur l’avenir de la Corse, sur la manière de gérer, sur l’éthique et la gouvernance. Ce sera le cœur des débats de la campagne électorale.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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