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Développement : Gilles Simeoni réunit Henri Malosse et les acteurs économiques


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 22 Mai 2014 à 22:14 | Modifié le Jeudi 22 Mai 2014 - 22:49


A la demande du maire de Bastia, Gilles Simeoni, le président du Comité économique et social européen, Henri Malosse, a rencontré, pendant plus de 3 heures, jeudi matin, à l’hôtel de ville, des représentants du monde économique bastiais et insulaire. Identité, développement économique insulaire, économie sociale et solidaire, construction européenne, règlements communautaires, continuité territoriale, transports… Les acteurs locaux ont débattu sur le thème « L’entreprise, la Corse et l’Europe : quels leviers pour le développement ? ». Explications, pour Corse Net Infos, de Gilles Simeoni en vidéo et d’Henri Malosse.


Gilles Simeoni, maire de Bastia, et Henri Malosse, président du Comité économique et social européen.
Gilles Simeoni, maire de Bastia, et Henri Malosse, président du Comité économique et social européen.
« C’est la 1ère fois en 30 ans qu’un maire invite des acteurs économiques à venir débattre », glisse l’un des chefs d’entreprises présents. L’idée était d’échanger sur le thème « L’entreprise, la Corse et l’Europe : quels leviers pour le développement ? » dans le double objectif de promouvoir la construction européenne et d’aider les acteurs locaux à s’inscrire dans un contexte euro-méditerranéen. Autour d’Henri Malosse « venu pour écouter » et de Gilles Simeoni pour qui « le développement économique et la création de richesses sont des enjeux majeurs », étaient présents Emmanuelle De Gentili, 1ère adjointe en charge, notamment, des affaires européennes et Pierre-Noël Luiggi, 7ème vice-président de la CAB (Communauté d’agglomération de Bastia) chargé de la politique de développement économique et de l'innovation.
Une vingtaine de chefs d’entreprises, de syndicalistes et d’acteurs économiques locaux ont répondu à l’invitation : Dominique Sialelli, PDG de la brasserie Pietra, Albert Fusella, PDG d’Entreprises Fusella Constructions, Philippe Pasqualini, président de CGPME 2B, Jean-Claude Venturini du groupe Mavela et Akuo Corse, Dominique Franceschi, Frédéric Franceschi et Pascale Salge, représentants du groupe PME CIF /COMEG, Gérard Romiti, président national des pêches, Jean-Marc Venturi de la chambre d’agriculture, André Cardosi de Kalikem et président des agrumicukteurs, Paul Miniconi d’E-School, Agathe Albertini, présidente de l’UMIH (Union des métiers de l’industrie hôtelière), Bernard Ottaviani, Directeur général de la MFC (Fondateur du groupe SOLIMUT), Marc Simeoni, cabinet conseil MS Consulting, Didier Libert, directeur de l’ENSAM de Corse, Patricia Guidoni de l’AGEP et Vincent Tremege d’Holding action 2.

N.M.

Gilles Simeoni : « Le développement économique et la création de richesses sont des enjeux majeurs pour Bastia et le grand Bastia »



Henri Malosse : « Un territoire, qui perd son identité, est un territoire qui se meurt »
 
- Dans quel état est l’économie européenne ?
- L’Europe perd, peu à peu, des parts de marché dans la monde et sa puissance économique parce que son marché intérieur s’affaiblit. Les pays, qui ont stoppé la descente aux enfers, comme l’Espagne, l’Italie ou la Grèce, ne recréent pas d’emplois. Même si les finances publiques ont été provisoirement sauvées, ils survivent à un niveau très faible avec un système minimum et un taux de chômage qui continue à augmenter. On a tué le malade en le guérissant ! On n’a pas redressé les fondamentaux de l’économie européenne, c’est-à-dire le marché intérieur. Les gens ne consomment pas, or l’économie redémarre par la consommation. Ce n’est pas en exportant nos produits aux Chinois qu’on gagnera de la croissance ! Il suffit de regarder le coût du travail entre l’Europe et la Chine pour savoir qui, des deux, va gagner !
 
- Qu’avez-vous retenu de la rencontre avec les acteurs économiques insulaires ?
- Je crois beaucoup à l’histoire et à l’origine. Tout part des civilisations. La 1ère civilisation en Europe est celle de la Grèce qui est arrivée jusqu’en Corse. Pour faire fonctionner une démocratie et une économie, il faut une cité, la cité idéale de Platon. La cité regroupe, à la fois, l’espace pour soutenir les nouvelles initiatives et les entrepreneurs, pour faire fonctionner les organismes de solidarité, les mutuelles et les services publics, mais aussi pour transmettre le savoir par l’éducation. Beaucoup de chefs d’entreprises présents ont repris l’entreprise de leurs parents, c’est très important. Une entreprise, c’est, d’abord, une identité. Le patron d’Oscaro.com nous disait que l’entrepreneur a besoin de reconnaissance sociale dans la cité.
 
- Cette idée d’identité est-elle reproductible dans tous les territoires européens ?
- Bien sûr ! L’Europe s’est construite à partir des pays et des territoires. L’erreur, depuis 10 ans, est de penser que cette idée est dépassée, que la notion de territoire et d’identité locale n’a plus de sens dans un monde globalisé. La grande valeur de l’Europe réside dans ces identités. Si l’Europe les perd, elle va se noyer et se dissoudre dans la globalisation qui n’est rien d’autre que le développement des nationalismes et des impérialismes, comme en Chine ou dans la Russie de Poutine.
 
- Est-ce pour cela que vous défendez le statut de résident ?
- Ce sujet, très sensible en Corse, fait débat. Mais, la question se pose partout en Europe. Il faut trouver un équilibre entre les gens qui travaillent et ceux qui veulent se loger. Dans la banlieue de Bruxelles, dans la commune de Zaventem où se trouve le principal aéroport de Belgique, le bourgmestre, démocrate chrétien flamand des plus modérés, a édicté un décret municipal afin que le logement social soit réservé aux gens qui travaillent dans sa commune. Toutes les régions sont concernées au même titre que la Corse dans un souci d’équilibre et de protection de leur identité qui n’exclut pas le voisin, qui n’est ni raciste, ni discriminatoire.
 
- Pourquoi dites-vous que l’avenir, qui est réservé à la Corse, est le même que celui qui attend les ¾ des peuples européens ?
- Depuis dix ans, les divergences des systèmes et des niveaux économiques entre les différents pays européens se sont accrues. Quelques pays, comme l’Allemagne et les pays autour, ont réussi à maintenir un certain niveau de production. Le reste de l’Europe, notamment le Sud, la Corse et une grande partie de la France ne produisent pas de valeur ajoutée et sont devenus territoires de consommation. Ce modèle économique est un modèle d’appauvrissement. Les économies des pays producteurs du Nord de l’Europe s’en sortent mieux parce qu’elles ont encore la capacité de vendre leurs produits aux Européens du Sud. Mais plus ces derniers s’appauvrissent, moins ils peuvent acheter des produits fabriqués en Europe du Nord, moins ils peuvent soutenir la demande intérieure et créer des emplois.
 
- L’appauvrissement tend-il à se généraliser ?
- Oui ! On est en train de détruire la santé économique de l’ensemble du continent européen. C’est la raison pour laquelle j’appelle à un rééquilibrage des politiques économiques menées par l’Europe afin qu’elles favorisent l’investissement sur tout le continent par une convergence économique, fiscale et sociale de façon à généraliser cet effort de ré-industrialisation et de relance des capacités de production. Bien sûr, on ne fera pas de la sidérurgie lourde en Corse, mais on peut faire des sites Internet performants, des nouvelles technologies, des produits agroalimentaires… Cette diversité fera la force de l’Europe, et non les trusts, les monopoles et la globalisation. Un territoire qui perd son identité est un territoire qui se meurt.
 
- Les deux sont-ils liés ?
- Absolument ! Pendant trop longtemps, la Corse a souffert d’une politique égalitaire française exagérée qui l’a amenée à perdre son identité, sa langue et ses repères. C’était, peut-être, bon dans des situations de guerre quand il fallait rassembler, mais c’est très mauvais pour assurer l’identité, la dignité, le respect et développer notre capacité de création. La Corse n’a pas à être un parc d’attraction, un lieu de villégiature et de résidences secondaires. L’Europe a, au contraire, apporté beaucoup à la Corse : un bol d’air, une ouverture, des échanges d’expériences, le respect de la langue avec la Charte des langues minoritaires… Mais, depuis 10 ans, à son tour et à tort, elle est devenue une sorte de cheval de Troie de la globalisation pour justement gommer les identités, soutenir tout ce qui est gros et détruire tout ce qui est petit. Alors qu’au contraire, comme dit Pierre Noël Luiggi, « Small is powerful », le petit peut créer la diversité.
 
- Pourquoi affirmez-vous que le vote de dimanche sera un coup de semonce pour l’Europe ?
- C’est la dernière sommation ! Le fossé s’élargit de plus en plus entre les peuples et l’Europe. Quand le fossé devient un abîme, on ne peut plus le franchir ! Les peuples aiment de moins en moins la façon dont l’Europe leur échappe ! S’il n’y a pas de véritable changement dans les cinq prochaines années, le système en place deviendra destructeur avec la prédominance du dumping social et fiscal et la volonté des trusts de monopoliser les marchés. C’est le grand chantier européen, mais ce n’est pas d’en haut que le changement doit venir !
 
- Qu’allez-vous proposer au nouveau Conseil européen qui sortira des urnes, le 25 mai ?
- Des choses concrètes. Reconstruire l’Europe à partir des identités, des solidarités et de la convergence sociale et fiscale. Reconstituer le lien entre les Européens et les entreprises. Faire confiance aux initiatives locales. Ne pas tuer la créativité régionale par des règlements absurdes souvent imposés par les grands groupes. Redonner du pouvoir aux citoyens et plus de démocratie dans le fonctionnement européen et donner une image plus humaine de l’Europe.
 
Propos recueillis par Nicole MARI





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