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Départ à la retraite de Michel Barat : "L'Education nationale ne peut pas être le conservatoire de la langue corse"


Rédigé par Diana SALICETI le Mercredi 2 Mars 2016 à 19:46 | Modifié le Mercredi 2 Mars 2016 - 23:57


Michel Barat tire sa révérence. Le Conseil des ministres a annoncé, en effet, sa prise de retraite ce mercredi 2 mars. Après 8 ans passés à la tête de l’académie de Corse, le recteur fait un point sur les dossiers classés et en cours. C'est Philippe Lacombe, recteur de l'académie de la Guyane, qui a été nommé aujourd'hui recteur de l'académie de Corse pour le relayer.


Michel Barat est resté 8 ans à la tête de l'Académie de Corse
Michel Barat est resté 8 ans à la tête de l'Académie de Corse
 - Vous partez assez précipitamment, certains se disent surpris…
- J’ai atteint la limite d’âge absolue donc il n’y a pas de surprise pour moi. Même si ça me déplait et que  le mot retraite est un terme que je n’aime pas. C’était inéluctable. Mais j’aime dire que je suis en cessation d’activité en vue d’une reprise imminente. Ces choses ne s’apprennent qu’au dernier moment, me concernant je n’ai été averti que mardi dernier.
 
- Avez vous l’impression de laisser des dossiers en souffrance comme par exemple la menace permanente qui plane sur les écoles du rural ?
- A ce sujet, il faut bien considérer les choses, je vais prendre le cas de l’école de Morosaglia. Il y a 7 élèves : 1 CP, 1CE1, 3CM, une grande section et un moins de 3 ans. La solution n'est pas un regroupement pédagogique intercommunal mais bien à l’intérieur de la commune. Il y a une école à Ponte Leccia et c’est la même commune.. Or, beaucoup d’enfants de Morosaglia sont scolarisés à Ponte Leccia. On veut défendre les écoles dans le rural à condition qu’il y ait cet effort local et que des enfants soient scolarisés au village. Donc nous on a dit d’accord pour le maintien de l’école, mais il faudra quand même qu’un effort soit fait d’ici la rentrée 2017.

- Vous êtes donc un fervent défenseur de la ruralité?
- Nous avons quand même toujours défendu le rural ! Et c’est vrai que l’idée que le village se meurt quand l’Education nationale s’en va n’est pas fausse. Mais en huit ans, il n’y a eu que 2 écoles fermées. Celle de Ghisoni où il restait 3 élèves et une autre dans le Taravu où les parents ont eux-mêmes demandé à ce que leurs enfants aillent à  l’école de Cozzano.
C’est d’ailleurs parce que nous défendons le rural que le ministère de l’Education a des ennuis avec la Cour des comptes. La Corse est par élève l‘académie qui a le coût le plus élevé avec Paris. Paris c’est à cause de la densité des classes préparatoires qui coûtent très cher, nous à cause de la ruralité. Quand on a une classe de moins de quinze élèves ça coûte cher. Mais pour autant on ne fait absolument pas de logique comptable. De la gestion oui par contre !
 
- Cette année en Corse, seuls 5 postes budgétaires ont été créés, c’est beaucoup moins que dans certains départements. Comment l’expliquez vous ?  
- Premièrement, il y a déjà cinq postes créés pour l'élémentaire. J'en espérais plus cela dit mais on est quand même à une époque où on crée des postes. Il fut un temps, je faisais des acrobaties afin de trouver des systèmes pour éviter les suppressions car on supprimait bel et bien les postes. Aujourd'hui, on est sur une pente de création même si on peut toujours en vouloir plus, c'est indiscutable. Je comprends ce que disent les syndicats à ce sujet. Il y a des solutions, notamment celle que j'avais lancé qui est le contrat de ruralité. En Corse il n'y en a pas ou plutôt trop peu.

- De quoi s'agit il ?
- C'est un accord entre l'inspection académique ou le rectorat et une structure locale comme une mairie. D'autres académies ont ces contrats et obtiennent des postes par ce biais. Les maires insulaires n'étaient pas très convaincus mais on va y arriver. Je vais prendre l'exemple de l'Alta Rocca où ils ont fait un effort. Ils ont créé une cantine, se sont endettés sur les transports scolaires. Donc aujourd'hui, dans cette région, il y a a une école à Aullène, à Quenza, à Serra di Scopamene. Normalement, une classe aurait du disparaître. Or on a contractualisé ensemble et ça a donné des postes en plus. C'est donc ce genre de contrats qu'on essaye de mettre en place. Même si parfois je ne suis pas d'accord avec les syndicats. Ce qui est normal et qui est du également au jeu de rôle... Leur demande d'avoir davantage de postes ne me semble pas illégitime. Comme je vous le disais, j'en attendais moi même plus !

- Quel autres importants dossiers laissez vous à votre successeur?
- Il faut qu'il continue la langue corse, même si on a fait beaucoup de choses. Il faut également continuer sur la question de la ruralité bien sûr et puis, le plus gros dossier à venir reste la reforme du collège qui est à mettre en place.

- Arrêtons nous sur la question de la langue corse, pensez vous que le bilinguisme est en bonne voie ?
- Quand je suis arrivé ici il y a huit ans, la question de la langue corse faisait débat chez les parents d'élèves. Je me souviens d'une commune où nous voulions mettre le bilinguisme en place et les parents d'élèves se dressaient contre. Les instituteurs aussi d'ailleurs ! Deux ans après, ils étaient convaincus. Aujourd'hui, on a gagné la bataille des idées sur le bilinguisme. On est vraiment à une généralisation du bilinguisme, ou du moins, de l'enseignement de la langue corse. Maintenant qu'on a gagné la bataille sur le plan quantitatif, il faut améliorer cet enseignement sur le plan qualitatif. Dans le futur contrat Etat-Région signé par le Préfet, pour la langue corse, j'ai obtenu l'équivalent de 20 équivalents temps plein par an et sur six ans. C'est à dire qu'on va avoir les moyens de remplacer jusqu'à 20 professeurs des écoles qui veulent faire du bilinguisme et donc s'y former. Pour un début c'est énorme et ça se met en place dès septembre !

- Est-ce sur la base du volontariat?
- De préférence mais comme le bilinguisme va être généralisé à un moment tout le monde va devoir s'y mettre. Et pour la première fois, nous avons obtenu que dans le mouvement inter-académique des professeurs du secondaire, cinq postes soit spécifiquement dédiés aux professeurs souhaitant enseigner en bilingue. C'est le fruit d'une longue bataille mais ça a été acquis.

- Le bilinguisme à 100% que défend par exemple le plan Lingua 2020 voté en 2015 par l'Assemblée, c'est pour quand d'après vous?
- Sur l'élémentaire nous y sommes quasiment arrivés. Pour les maternelles, toutes les écoles de 4 classes sont déjà en imprégnation. C'est surtout à partir de la cinquième que l'enseignement du corse s'affaiblit . L'apprentissage de la langue corse, même pour les non corses, c'est un élément de réussite scolaire. A partir de la 4ème, les parents ne cherchent plus la réussite scolaire mais la réussite sociale. Et quand d'autres options se présentent avec des perspectives liées à un métier, ils vont arrêter le corse. Le problème va au delà du développement du corse au sein de l'école. C'est là un problème général de la société corse. L'éducation nationale ne peut pas être le conservatoire de la langue corse, il peut être le lieu de l'animation de la langue et de sa renaissance. Mais rien ne peut se faire si la société entière ne suit pas.





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