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Découverte : Un dieu indo-iranien à Lucciana


Rédigé par le Vendredi 24 Février 2017 à 15:27 | Modifié le Vendredi 24 Février 2017 - 16:15


La Corse n’a pas l’apanage de ce type de découverte. De la cathédrale de la Canonica, la vue s’ouvre sur un sanctuaire à la morphologie confuse. Mis au jour par une équipe de l’Inrap, ce lieu de culte dédié à Mithra, divinité de l'époque romaine d'origine orientale, sur le site de Mariana, impressionne de par sa rareté et marque les empreintes d’une histoire mystérieuse. Sur place depuis fin novembre, les archéologues déambulent dans l’espace. Une visite est organisée mais pas de scène préméditée. Rien ne distrait ces passionnés qui exhument les vestiges d’une croyance entourée de légendes. Légendes qui ont animé les imaginations les plus fertiles de la journée...


Philippe Chapon est responsable de la fouille et il a de quoi être fier. Son équipe a dégagé un mithraeum sur un chantier de fouilles préventives situé sur la route de la Mariana au sud de la Canonica, destiné à laisser bientôt place à sa déviation. Une première en Corse qui renferme bon nombre de vestiges longtemps ignorés. L’archéologue contemple, se penche et ramasse un fragment de stèle montrant un chien et un serpent buvant le sang s’écoulant de la gorge entaillée de l’animal.

Une scène d’archéologie émouvante de ce diplômé de l’Ecole pratique des hautes études qui fut longtemps bénévole sur des chantiers dans la France entière. Mais l’homme a t-il toutes les réponses sur le culte de cette divinité iranienne ? “Peu de choses sont connues de ce culte monothéiste à mystères. En l’absence de documentation écrite explicite, la connaissance repose principalement sur l’étude de ces sanctuaires et des représentations peintes ou sculptées qu’ils renferment”. D’origine indo-iranienne, le mithraïsme est sans doute introduit dans l’Empire à la fin du Ier siècle par les militaires romains et les marchands orientaux. “Concurrent” du christianisme, il fut fortement combattu pour être finalement interdit par l’empereur Théodose en 392.

Le mithraeum de Mariana porte d’ailleurs les stigmates des destructions dès l’antiquité : autel dédié au dieu brisé, édifice détruit et comblé de gravats. Installé au coeur d’un quartier périphérique de la ville romaine de Mariana, implanté sur la côte nord orientale de la Corse, il date du Ier siècle avant JC “La Corse romaine était peu urbanisée sauf à Aléria et Mariana” explique Daniel Istria, chargé de recherche au CNRS qui dirige plusieurs chantiers de fouilles archéologiques programmées et préventives en Corse “ Le site présente un état de conservation intéressant ainsi que la particularité de ne pas avoir été réoccupé intensément au Moyen Age et encore moins à l’époque moderne et contemporaine”.

Aucune urbanisation qui aurait donc pu endommager les vestiges anciens de cette petite agglomération ne dépassant guère 10 hectares “Mariana est une colonie de citoyens romains fondée vers 100 avant notre ère par le général Caius Marius. Son port a participé activement aux échanges commerciaux en Méditerranée et notamment avec les régions proches comme la Sardaigne et la Toscane”.

Quant au mithraeum, “Il se compose de plusieurs espaces dont une salle de culte et son antichambre” explique Pierre Chapon. Une salle d’assemblée constituée d’un couloir central sur-creusé bordé de deux longues banquettes de 1,80m de largeur sur lesquelles les fidèles s’allongeaient pendant les banquets. Une organisation semblable à celle de la centaine de mithrae connus dans le monde entier.

Des éléments bien conservés ont été exhumés faisant la joie de tous : deux clochettes en bronze, des monnaies offertes au dieu, des fragments de lampes à huile et des pots à pâte fine qui pourraient relever d’un mobilier liturgique ainsi que la découverte il y’a quelques jours d’un glaive arboré par les guerriers romains.

Ils ont encore un mois pour continuer les recherches avant la phase d’étude. Le mithraeum devrait ensuite subir un recouvrement avec des méthodes adaptées en raison de la montée des eaux qui contrarie la conservation de ces vestiges. Mais tout le mobilier trouvé sera exposé dans le futur musée de Lucciana.
Des hypothèses sur le sanctuaire de Mariana restent cependant encore en suspens, enfouies dans les esprits de nos ancêtres...
​Carole Heiligenstein
 
Le mithraeum de Lucciana sera gratuitement ouvert au public samedi 25 février de 9h à 12h et de 13h à 17h. Accès au site : Chantier archéologique situé à côté de la cathédrale de La Canonica, sur la route départementale 107, 20290 Lucciana.

 





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