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Corte : Les étudiants manifestent pour crier leur ras-le-bol contre « la répression de la jeunesse »


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 5 Avril 2017 à 23:30 | Modifié le Jeudi 6 Avril 2017 - 00:07


A l’appel de deux syndicats étudiants, A Cunsulta di a Ghjuventù Corsa (CGC) et A Ghjuventù Indipendentista (GI), près de 250 personnes ont défilé dans le calme, cours Paoli, à Corte pour dénoncer les vagues d’interpellations de jeunes nationalistes corses qui se succèdent depuis un an. Dans le cortège, des conseillers exécutifs, des élus de la majorité territoriale, le président de l’Assemblée de Corse et le président de l’université. Tous appellent l’Etat à mettre fin aux poursuites judiciaires et au cycle infernal répression/réaction. La manifestation s’est dispersée paisiblement.


Corte : Les étudiants manifestent pour crier leur ras-le-bol contre « la répression de la jeunesse »
C’est dans un calme bon enfant que les syndicats étudiants, ont manifesté, mercredi après-midi, à Corte, de la Place Paoli jusqu’au fond du cours. Sur fond de chants nationalistes et de quelques slogans « Statu francese assasinu » et « Basta a repressione », ils ont tranquillement descendu le cours Paoli avec l’intention de se rendre devant la sous-préfecture, dont l’accès était bloqué par un mur anti-émeute. Un mur ressenti comme « une énième provocation » par les deux syndicats qui ont décidé de s’arrêter devant et de lire un discours. « Nous ne demandons qu’une seule chose : manifester devant la sous-préfecture. On nous empêche d’y aller. On fait obstacle à notre liberté d’aller et venir. Nous défilons très calmement. En face, on nous répond par des hommes armés qui viennent dans nos maisons à 6 heures du matin. C’est la stratégie de la tension entretenue uniquement par l’Etat », explique Paul Salort, porte-parole de la GI. 
 
Plus de 110 interpellations
L’enjeu pour les deux syndicats, touchés par les interpellations de ces derniers mois, est « de dire clairement que la répression, qui est en cours depuis un an, doit s’arrêter. Ces interpellations se sont accentuées depuis le début de l’année. De février à mars, il y a quand même eu 35 interpellations dans les rangs de la jeunesse nationaliste. C’est une situation inacceptable ! Dans un climat apaisé qui est celui de la Corse actuellement, dans un climat où le FLNC a déposé les armes il y a trois ans, personne ne comprend que des jeunes soient raflés dans des proportions aussi énormes. La dernière rafle, c’était 20 jeunes à 6 heures du matin, dont 14 à Corte. L’opinion publique commence à être marquée par ce qu’il se passe. Tout le monde est d’accord avec nous. C’est logique ! », ajoute Paul Salort.  « En un an, il y a plus de 110 interpellations. Il faut que ça cesse ! On n’en peut plus de vivre dans la peur des perquisitions, des interpellations, des placements en détention. On en a ras-le-bol ! On se mobilise, on essaye de sensibiliser la société. C’est pour cela qu’on a décidé de se mobiliser aujourd’hui. A chaque fois que nous faisons quelque chose, nous avons de plus en plus de monde qui nous soutient. Il y a le jeu de l’Etat qui fait la sourde oreille à nos revendications. On n’arrêtera pas de manifester parce que l’Etat ne nous écoute pas. Au contraire ! On va même accentuer les manifestations », renchérit Baptiste Maestracci, secrétaire de la CGC.
 
Un engrenage insupportable
Que demandent exactement les étudiants ? « Des prélèvements ADN ont été faits illégalement sur des tee-shirts et des chaussettes qui ont été récupérés chez la dizaine d’interpellés du 7 mars dernier. Ces ADN pourraient être placés sur des soi-disant explosifs qui seraient retrouvés pour constituer des preuves et criminaliser une jeunesse. On veut que ça s’arrête tout de suite et que ces pièces soient restituées. Ensuite, on veut la libération du jeune qui est incarcéré à Borgu et qui n’a que 17 ans. A l’approche du Bac, il devrait plutôt être en classe que dans une prison ! Enfin, on demande l’arrêt de toutes les poursuites judiciaires contre la jeunesse. On est tous sur écoute, on est tous suivis, des filatures sont créées. C’est insupportable de vivre comme ça ! », poursuit le porte-parole de la CGC. « C’est un engrenage qu’on veut essayer d’endiguer, mais pour l’endiguer, il faut un dialogue. De dialogue, il n’y en a pas puisque le sous-préfet de Corte joue au cow-boy depuis qu’il est arrivé ! Sa seule volonté est de réprimer. On a demandé le départ du procureur Bessonne parce que sa seule réponse est, aussi, de réprimer. Les représentants de l’Etat se disent qu’en arrêtant de plus en plus de jeunes, un coup dix, un coup 20, demain 30…, un jour ou l’autre, on arrêtera de manifester et de revendiquer pour nos droits légitimes. Mais, nous allons continuer. Ça nous renforce ! Cette situation n’a pas de fin parce que l’enjeu, c’est notre avenir et l’avenir de notre nation. On ne va pas abandonner l’avenir de notre nation parce qu’il y a de la répression ! On la dénonce aujourd’hui, mais ça ne nous empêchera pas de nous mobiliser sur d’autres sujets dans les semaines à-venir », conclut le représentant de la GI.

Jean-Guy Talamoni et Paul-Marie Romani.
Jean-Guy Talamoni et Paul-Marie Romani.
Le premier pas
A leurs côtés, comme à son habitude, le président de l’université de Corse, Paul-Marie Romani, qui estime de  « son devoir » d’être là et appelle l’Etat à la modération  : « C’est ma communauté. J’en suis provisoirement le père, l’accompagnateur. C’est normal que je sois là ! Moi-même, je ressens très fortement la répression un peu aveugle qui est pratiquée aujourd’hui et qui ne mène à rien. Cela entraine un processus répression/réaction dont on ne sortira jamais si, à un moment donné, d’un côté ou de l’autre, on ne fait pas un pas vers l’objectivité et la discussion sereine. Je pense que l’Etat, à travers ses institutions, devrait faire le premier pas puisqu’il a l’autorité et qu’il est en position de le faire. Les étudiants sont calmes. Ils sont venus dire ce qu’ils avaient sur le cœur. C’était nécessaire. Aussi longtemps que je serai président de l’université, je serai à côté de mes étudiants ».
 
Pas d’accord !
Dans le cortège, également présents les élus nationalistes de l’Assemblée de Corse, notamment le président Jean-Guy Talamoni : « Je suis ici pour soutenir la jeunesse corse qui est en butte à ce qu’il faut bien appeler des persécutions policières et judiciaires depuis des mois. L’affaire Reims-Bastia a donné lieu à des poursuites incessantes contre des victimes et a laissé les policiers agresseurs hors de toute poursuite sérieuse. Ce qui est un comble ! Il y a, régulièrement, des arrestations par dizaines. C’est quelque chose qu’on ne peut pas admettre ! Il était de notre devoir, en tant qu’élus de la Corse et de la majorité territoriale, d’être solidaires de cette jeunesse qui a raison de manifester face à la situation qui lui est faite ». La sourde oreille de l’Etat ne l’étonne pas. « L’Etat n’entend pas les appels sur cette question, comme sur d’autres. Mais, on peut se demander dans quel état est l’Etat ! La campagne des élections présidentielles se déroule dans une ambiance très curieuse. Le gouvernement essaye de gérer les affaires courantes et il le fait de manière très contestable. Il est tout à fait clair que nous sommes dans une période très difficile pour la France, la Corse n’est certainement pas sa première source de préoccupation. On aurait pu espérer que dans une telle situation, il nous laisserait tranquilles ! Au lieu de cela, la seule chose qu’il fait en direction de la Corse, ce sont des arrestations massives et régulières. Nous manifestons pour dire que ça suffit ! Nous ne sommes pas d’accord ! Nous le faisons, y compris au nom des institutions de la Corse ».
 
Une logique de construction
Un sentiment partagé par Hyacinthe Vanni, vice-président de l’Assemblée de Corse et conseiller territorial du groupe Femu a Corsica : « On se doit d’être ici pour soutenir ces jeunes qui sont régulièrement interpellés, mis en examen, poursuivis par la justice. On les arrête le matin, on les relâche le soir. Cette jeunesse passe des moments très difficiles. Pour nous, c’est inacceptable ! ». Petr’Anto Tomasi, conseiller territorial et président du groupe Corsica Libera, enfonce le clou : « C’est une position logique d’être, aujourd’hui, en soutien de la jeunesse corse qui réagit de façon saine à un mouvement répressif complètement hors de saison, eu égard au contexte d’apaisement que connaît la Corse depuis l’arrêt de la clandestinité. Cette jeunesse démontre qu’elle est dans une logique de construction pour ce pays et non pas dans une logique de rupture avec la société corse. Cette action vient en complémentarité avec ce qu’il s’est passé, hier, à l’Assemblée de Corse avec la mise en place de l’Assemblea di a ghjuventu. Les jeunes, aujourd’hui, demandent d’être partie prenante d’un projet d’émancipation pour la Corse. Leur place est dans la mobilisation, dans la société, dans les institutions, pas devant les tribunaux ! ».
La manifestation s’est close sur le Dio vi Salvi Regina et s’est dispersée dans le calme.
 
N.M.





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