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Corsica Libera dénonce des tentatives de déstabilisation et appelle les élus corses à se mobiliser


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 18 Février 2015 à 19:09 | Modifié le Jeudi 19 Février 2015 - 01:20


Après l’arrestation de trois membres de son Exécutif, le mouvement indépendantiste Corsica Libera dénonce une vague répressive et une stratégie de l’Etat pour déstabiliser les processus démocratiques en cours dans l’île. S’il se réjouit de la création d’une collectivité unique, vieille revendication nationaliste, il s’inquiète du mépris à l’égard des autres décisions prises par l’Assemblée de Corse (CTC). Il demande la remise en liberté de ses responsables, le vote d’une loi d’amnistie proposée par Jean-Charles Orsucci et la réunion de la Commission Chaubon. Il lance un appel à la mobilisation des élus et du peuple corse pour faire pression sur Paris. Explications, pour Corse Net Infos, de Jean-Guy Talamoni, leader de Corsica Libera, président du groupe à la CTC.


Elus et militant de Corsica Libera.
Elus et militant de Corsica Libera.
- Pourquoi suspectez-vous le gouvernement de manœuvres pour déstabiliser le processus démocratique en cours en Corse qui, selon vous, dérange Paris ?
- L’agression caractérisée contre Corsica Libera, à travers l’arrestation de plusieurs de ses militants, de trois membres de son Exécutif, pour une affaire qui remonterait à 2012, est une volonté manifeste de déstabiliser le processus de construction qui a été initié et poursuivi pendant 5 ans à la CTC. Processus dans lequel Corsica Libera a joué un rôle important à travers un certain nombre de revendications qui ont été votées à la CTC. Aujourd’hui, un projet de réforme est soutenu par une majorité très forte et par la société corse. Au lieu de s’en réjouir et de tirer parti de cette possibilité de régler le problème corse à travers une solution politique, Paris joue un jeu dangereux, le jeu de la provocation, d’une répression débridée. Les peines requises, mardi, contre des jeunes pour des faits mineurs à Bastia, le prouvent. C’est totalement irresponsable !
 
- Que pensez-vous de la prise de position de Jean-Charles Orsucci en faveur d’une loi d’amnistie ?
- Nous avons enregistré avec satisfaction cette prise de position très importante et très claire de Jean Charles Orsucci qui est l’un des responsables du parti socialiste français en Corse. Il a précisé que cette loi d’amnistie ne nécessitait pas de révision constitutionnelle. Il a parfaitement raison ! Nous avons toujours dit que la libération des prisonniers et l’arrêt des poursuites contre les recherchés étaient une nécessité absolue dans le cadre de la solution politique à construire. La procédure juridique, proposée par Mr Orsucci, nous convient parfaitement. C’est une position courageuse ! Nous pensons, que, dans les jours à-venir, l’ensemble des responsables de la Corse auront à se positionner sur ce problème très grave des prisonniers et de la répression.
 
- Allez-vous les interpeller ?
- Bien entendu ! Nous allons les interpeller sur la situation qui est faite, aujourd’hui, à Corsica Libera. Nous allons demander, à nos partenaires de la CTC, de revendiquer, avec nous, une solution pour les prisonniers, pour les recherchés et pour l’arrêt des menées répressives.
 
- N’êtes-vous pas inquiets de la détermination des magistrats à solder tous les dossiers ?
- Ce que disent les magistrats, nous ne le savons pas et cela ne nous intéresse pas ! Les magistrats agissent sur ordre du politique. Ce qui nous importe est ce que vont faire les politiques. Que l’on ne vienne pas nous parler de la prétendue indépendance de la justice ! Chacun sait que la juridiction dite antiterroriste n’a aucune indépendance ! Elle a été créée spécialement pour être sous le contrôle et le pouvoir des politiques. C’est une farce dans laquelle on ne nous fera pas entrer ! Nous considérons que l’agression, de ces dernières heures, contre Corsica Libera, est une agression de nature politique. Nous demandons qu’elle cesse immédiatement et que l’on engage un véritable dialogue, dans la loyauté et la confiance, entre la Corse et Paris en faisant droit aux demandes légitimes des élus légitimes de la CTC. Ou alors, on joue, à Paris, la politique du pire... ce qui semble être le cas aujourd’hui !
 
- C’est-à-dire ?
- On voudrait revenir à la situation qui prévalait en Corse, il y a un an. Entre temps, le FLNC a pris une initiative politique très importante. On a l’impression que Paris est gênée par cette sortie de la clandestinité et par la construction très majoritaire de la CTC. On se demande si Paris ne fait pas tout pour que les dérives reprennent ! Pour notre part, nous n’allons pas tomber dans les pièges qui nous sont tendus, mais nous n’allons pas, non plus, nous laisser faire ! Nous allons maintenir le cap et demander à nos partenaires de la CTC de parler et d’agir dans la construction que nous avons opérée ensemble.
 
- Pourquoi Paris agirait-il ainsi ?
- Un Etat n’est pas un bloc monolithique. Il nous est difficile de dire qui est à la manœuvre quand de mauvais coups sont portés à notre mouvement, comme ce fut le cas à ces dernières heures. Il appartient à ceux, qui commandent à Paris et qui disposent du pouvoir d’arbitrage, de faire le nécessaire. Nous avons affaire à un pouvoir parisien qui assume la responsabilité de la situation qui est faite à la Corse.
 
- Qu’attendez-vous, aujourd’hui, comme signe fort du gouvernement ?
- Nous attendons, d’abord, la libération de nos amis qui sont en garde à vue. Ensuite, que l’on cesse cette agitation judiciaire et policière, tout à fait déloyale dans la situation que connaît la Corse, et préjudiciable à tout ce que nous avons construit en commun depuis des années. Enfin, que des réponses soient apportées, pas seulement à la revendication de collectivité unique. Cela a été fait. Nous en avons pris acte. Mais, il reste tout ce qui a été demandé par la CTC et a été superbement ignoré par les deux ministres qui sont venus, il y a quelques jours : l’officialité de la langue corse, le statut de résident, la révision constitutionnelle, la fiscalité dérogatoire…
 
- Ne craignez-vous pas que la proposition de collectivité unique ne soit qu’un os donné à ronger à la Corse ? Certains élus parlent de « piège » ou même de « traquenard ».
- Je ne qualifierai pas de « piège » ou de « traquenard » le fait que l’on supprime les Conseils généraux immédiatement ! Cette analyse n’est pas la nôtre ! Pour nous, la suppression, le plus vite possible, des nids du clientélisme, que sont les Conseils généraux, est une bonne chose pour la Corse ! C’est un point important que tous les Nationalistes revendiquent depuis des dizaines d’années. Nous sommes pour l’amendement, pas pour une autre procédure qui prendrait beaucoup plus de temps. Maintenant, cela ne suffit pas ! Les autres dossiers très importants n’ont pas reçu de réponses claires de la part du gouvernement français.
 
- N’avez-vous pas l’impression que la réponse est claire, qu’elle vient du plus haut niveau de l’Etat et qu’elle est, tout simplement : « Non » ?
- Il faut se garder d’interprétations qui ne soient pas appuyées sur des faits absolument tangibles ! Nous n’allons pas nous arrêter aux déclarations, parfois positives, faites par certains ministres en Corse. Nous ne nous contentons pas de paroles, nous jugeons sur pièce ! Nous n’avons aucune confiance en Paris et en sa bonne volonté. A l’inverse, nous ne disons pas que le dialogue est impossible. Nous n’allons pas nous replier sur nos seules forces, mais nous allons chercher à renforcer la cohésion des élus corses.
 
- De quelle façon ?
- Nous allons réunir, dans les jours qui viennent, la « Coordination corse pour une voie politique », qui a été créée à la fin de l’année dernière, à laquelle participent, non seulement les deux courants nationalistes, mais aussi des élus non nationalistes, des syndicats, la Ligue des droits de l’Homme… Il faut maintenir et amplifier le rapport de forces que nous avons commencé à créer. La réponse aux menées parisiennes de voir les choses s’envenimer en Corse est la cohésion des élus corses autour de la réforme et autour d’exigences de démocratie et de mieux être. C’est, pour nous, une arme très puissante pour faire plier Paris !
 
Propos recueillis par Nicole MARI
 




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