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Corsica Libera appelle à la constitution d’un rapport de forces politique avec l’Etat


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 15 Juillet 2014 à 23:27 | Modifié le Mercredi 16 Juillet 2014 - 01:11


Près de trois semaines après l’annonce par le FLNC UC (Front de libération nationale de la Corse - Union des combattants) de l’abandon progressif de la clandestinité et de la lutte armée, le mouvement indépendantiste Corsica Libera livre son analyse. Il estime que cette décision permet de construire un rapport de forces politique avec Paris pour faire appliquer les décisions votées par l’Assemblée de Corse (CTC). Et avertit, qu’en cas de blocage, les maires indépendantistes appliqueront ces décisions dans leur commune. Explications, pour Corse Net Infos, de Petr’Anto Tomasi, membre de l’Exécutif de Corsica Libera.


Petr’Anto Tomasi, membre de l’Exécutif de Corsica Libera.
Petr’Anto Tomasi, membre de l’Exécutif de Corsica Libera.
- Vous revenez sur l’annonce du FLNC. Quelle est votre analyse ?
- Dans sa dernière déclaration, le FLNC s’engage dans une sortie progressive de la clandestinité et une démilitarisation progressive de l’espace public. Comme il avait annoncé dans une précédente communication de décembre 2012, il prend en compte les évolutions qui ont eu lieu en Corse sur des sujets fondamentaux comme la langue, le foncier, la fiscalité et, plus largement, le règlement politique de la question nationale corse. Cette décision majeure, historique, confère des responsabilités importantes au mouvement public qui a toujours été solidaire du FLNC et se revendique de la lutte de libération nationale. Elle ouvre de grandes perspectives et renforce la démarche qui a pris corps à la CTC, que le FLNC décrivait comme la matrice institutionnelle de la paix. Cela doit permettre de construire un rapport de forces avec Paris pour que les décisions prises souverainement par les Corses dans leur assemblée entrent en application sans tarder.
 
- Ce dépôt des armes intervient à un moment où la porte a rarement été aussi fermée avec Paris. Est-il bien judicieux ?
- Ce qu’attendait Paris, ou du moins une partie du gouvernement français à travers la voix du ministre Cazeneuve, c’était tout à fait l’inverse ! C’était la création d’une situation de tension, de radicalisation en Corse et, in fine, de mise en danger du bloc politique qui est en train de se mettre en place en faveur de la réforme. La décision du FLNC prend manifestement le contre-pied parfait de ce qu’attendait Paris, ouvre des perspectives et renforce ce bloc politique. Elle doit permettre, aujourd’hui, en Corse, en enlevant tous les fallacieux prétextes de préalable ou d’épouvantail agité par les uns ou par les autres, de créer une situation politique allant dans le sens de cette avancée. Elle doit être prise en compte dans cette perspective-là. Politiquement, elle est totalement indépendante du calendrier du ministre de l’Intérieur français et met à mal la stratégie pernicieuse qu’il a mise en œuvre lors de sa dernière visite en Corse.
 
- Est-ce un double message adressé à Paris et aux élus insulaires qui vous ont écartés lors des alliances des dernières municipales ?
- Cette communication du FLNC est la démonstration que le préalable, au moment où il a été posé, était déjà totalement dépassé, hors de saison, hors de la réalité ! Le FLNC avait, déjà, annoncé, de façon plus ou moins explicite, l’initiative qui était en discussion dans ses rangs. La violence, qui pesait et qui pèse encore sur les Corses, n’était pas l’action de résistance du FLNC, mais bien les dérives que l’on connaît, aujourd’hui, dans la société corse et pour lesquelles Corsica Libera apporte une contribution afin d’en sortir. Cette décision permet d’avoir un débat apaisé sur les évolutions en Corse et lève un certain nombre de blocages artificiels qui ont été agités à un moment ou à un autre pour des considérations tactiques.
 
- Que va faire Corsica Libera maintenant ?
- Il s’agit, pour nous, de continuer à travailler dans cette voie-là. Un cycle s’est clos avec les votes de la CTC, votes majoritaires et même très majoritaires sur les dossiers que nous avons évoqués. Il est temps, aujourd’hui, de les mettre en œuvre.
 
- Comment ?
- Par un accord politique entre Paris, représentant l’Etat français, et la CTC et ses élus, représentants du peuple corse. Ceux-ci viennent de prendre des décisions que nous considérons comme un acte de souveraineté, c’est-à-dire un acte totalement libre des injonctions des états-majors parisiens ou du gouvernement et pris en fonction des intérêts des Corses. Ces décisions doivent s’appliquer. Cette application doit trouver une solution dans le cadre d’un accord politique qui passera, semble-t-il, nécessairement par une révision de la Constitution française.
 
- Pensez-vous réellement y parvenir ?
- Nous sommes, en tous cas, persuadés qu’à court ou moyen terme, l’Etat français, quelque soit la couleur politique de son gouvernement, ne pourra s’opposer éternellement à nos revendications pour peu que les Corses restent sur leurs positions. Si le blocage perdurait, nous nous engagerons, là où nous sommes présents, à appliquer ces décisions. Ce que nous avons déjà commencé à faire dans un certain nombre de communes sur la question, par exemple, du statut de résident.
 
- Les maires, qui votent cette délibération, reçoivent une semonce préfectorale. N’est-ce pas le serpent qui se mord la queue ?
- Que les délibérations votées par la CTC et les mairies soient en contradiction avec la légalité et la constitutionnalité française est une évidence ! Mais cette démarche vise à instaurer, dans les faits, une légalité parallèle tant que Paris ne prendra pas en compte nos revendications. Les maires de Corsica Libera, qui ont fait voter cette délibération, ont une position très claire. Si le Préfet leur demande de la retirer, ils n’obtempéreront pas. Ils continueront à la mettre en place. Si le Préfet les attaque devant le tribunal administratif, ils iront devant le tribunal administratif.
 
- Que feront-ils concrètement ?
- Dans les faits, ils refuseront les demandes de permis de construire ou d’autorisation d’urbanisme divers à toute personne n’entrant pas dans le cadre de la résidence sur le motif de la délibération qui a été votée. C’est véritablement un acte de désobéissance civile, de non-reconnaissance d’une loi qui, pour nous, n’est pas celle des Corses. La loi des Corses est celle qui a été votée par les Corses dans leur assemblée. Il s’agit d’appliquer la volonté populaire. Pour qu’elle s’applique de façon apaisée, Paris doit la prendre en compte politiquement et juridiquement.
 
- Dans ce rapport de forces avec Paris, envisagez-vous une entente avec d’autres forces politiques, notamment celles du mouvement national ?
- Tout à fait ! Aujourd’hui, le débat est de déterminer de quelle manière, les élus corses, autonomistes, progressistes ou autres, qui ont voté cette réforme, comptent trouver les moyens de la mettre en œuvre. Il faut, dans cette affaire, avoir deux attitudes. Une, tout à fait paisible, qui consiste à dire que le droit voté par les Corses s’applique. Une autre, constructive dans la mise en place d’une solution politique globale à travers la signature d’un accord politique entre la Corse et la France pour une avancée. Cette avancée n’est pas l’aboutissement de notre combat. Nous nous sommes toujours prononcés pour l’indépendance nationale, pour une souveraineté pleine et entière. Mais, nous pensons qu’avec un certain nombre de forces qui ne sont pas indépendantistes, nous pouvons faire une partie du chemin. Aujourd’hui, la question est de déterminer les conditions du rapport de forces avec Paris tant que Paris restera sur une position de blocage.
 
- Est-ce un appel que vous lancez ?
- C’est un appel que nous lançons et que nous allons concrétiser à l’occasion des prochaines journées internationales, début août, avec la mise en perspective de la construction d’un bloc politique pour une évolution audacieuse et ambitieuse en Corse.
 
- Qu’allez vous dire à la ministre Marylise Lebranchu, vendredi, lors de sa visite en Corse ?
- Les élus de Corsica Libera réitéreront leurs positions en disant à Mme Lebranchu que le discours, tenu par l’Etat, est, à la fois, inacceptable et intenable, y compris pour l’Etat français lui-même. Marylise Lebranchu est principalement en charge de l’aspect institutionnel. Nous formulerons des propositions dont nous pensons qu’elles peuvent faire l’objet d’un consensus, à la fois, en Corse et ailleurs. Nous allons lui rappeller, également, les revendications votées majoritairement par les Corses et l’enjoindre de s’engager dans un véritable dialogue et non pas dans une valse de provocations, comme semble le faire Mr Cazeneuve.

- Le Parlement a débuté l’examen de la loi sur la décentralisation. Que vous inspire cette loi ?
- La Corse n’a pas vocation à y être. Le gouvernement français l’a bien compris en l’excluant de cette réforme territoriale qui apparaît totalement anachronique, quand on se place dans une perspective européenne. La France est le seul pays d’Europe qui fait de la régionalisation depuis sa capitale et qui impose des dynamiques régionales aux réalités locales. Cela dénote toujours de ce substrat jacobin et, en ce qui concerne la Corse, de ce substrat colonial lorsqu’on tient compte des discours de Cazeneuve.
 
- Ne craignez-vous pas les effets secondaires de cette loi sur la réforme voulue par la Corse ?
- La réforme de la décentralisation française est tout à fait déconnectée de la réforme qui a lieu en Corse, qui est une réforme politique. S’inscrivant dans le cadre de la question nationale corse et du combat de la lutte du peuple corse depuis plusieurs décennies, elle ne peut pas être mise au même niveau qu’un ajustement régional, voire départemental. Il faut que la Corse puisse, à la fois, réfléchir et construire elle-même son architecture institutionnelle avec la suppression des conseils généraux, la création d’une Chambre des provinces chargée de l’aménagement du territoire et d’une nouvelle dynamique au niveau intercommunal. Il faut, aussi, que la Corse puisse gagner des parts de souveraineté. C’est l’objet des délibérations sur la langue, le foncier et la réforme institutionnelle.

Propos recueillis par Nicole MARI



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