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Corse - Sardaigne - Baléares : Un pacte inédit et stratégique pour défendre des intérêts communs


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 22 Novembre 2016 à 15:25 | Modifié le Mardi 22 Novembre 2016 - 22:22


Une délégation de l'exécutif de la Collectivité territoriale de Corse (CTC), conduite par son président Gilles Simeoni, et une délégation du gouvernement sarde, menée par son président Francescu Pigliaru, se sont rendues les 20 et 21 novembre à Palma de Majorque, aux Baléares, pour renforcer la coopération entre les trois îles. Une journée de travail sous le thème de l'insularité en Méditerranée occidentale visant à mettre au point une stratégie de lobbying auprès de Bruxelles et des États nationaux pour faire reconnaître les spécificités insulaires et capter des fonds européens en développant des projets communs. Avec à la clé, la signature d'une déclaration d'intention, d'un pacte à trois, et de propositions concrètes en matière de tourisme, de transports et de culture.


Gilles Simeoni, président du Conseil Exécutif de Corse, Francina Armengol, présidente du gouvernement des îles Baléares, et Francesco Pigliaru, président de la Région autonome de Sardaigne, après la signature du pacte entre la Corse, les Baléares et la Sardaigne.
Gilles Simeoni, président du Conseil Exécutif de Corse, Francina Armengol, présidente du gouvernement des îles Baléares, et Francesco Pigliaru, président de la Région autonome de Sardaigne, après la signature du pacte entre la Corse, les Baléares et la Sardaigne.
C'est un nouveau pas stratégique qui a été franchi, le 21 novembre, à Palma de Majorque (Mallorca en catalan), dans la coopération entre les trois îles de Méditerranée occidentale. Après l’accord corso-sarde scellé en grande pompe à Cagliari le 28 avril dernier, un pacte à trois a été signé entre la Corse, la Sardaigne et les Baléares, lors d’une visite officielle de deux jours qui a entériné des mois de travaux en commun. « Un accord inédit, historique et stratégique », a déclaré Gilles Simeoni, le président de l’Exécutif corse, qui a fait le déplacement entouré d’une partie de son Conseil exécutif. A ses côtés, notamment, le président de l'ADEC (Agence de développement économique de la Corse) Jean-Christophe Angelini, le président de l'OTC (Office des transports de la Corse) Jean-Félix Acquaviva, la présidente de l'ATC (Agence du tourisme de la Corse), également chargée des affaires européennes, Marie-Antoinette Maupertuis, et la conseillère exécutive chargée de la culture, du patrimoine, de l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur et la recherche, Josepha Giacometti. Egalement du voyage, les directeurs des Offices et Agences et la directrice de la FRAC (Fonds régional d’art contemporain) Corse, Anne Alessandri.

Un vol symbolique
C’est dans un avion d’Air Corsica, spécialement affrété pour la circonstance, que la délégation s’est envolée, dimanche matin, direction Palma, en faisant escale à Cagliari pour prendre au passage la délégation sarde emmenée par Francesco Pigliaru, président de la Région autonome de Sardaigne. Un vol en lui-même inédit et symbolique, dans le néant des connexions aériennes inter-îles et le calvaire de l’enclavement insulaire et des correspondances interminables ! Il préfigure l’un des projets les plus emblématiques et les plus importants en termes de développement portés par cette nouvelle coopération : celui d’un métro aérien quotidien entre la Toscane, la Corse, la Sardaigne et les Baléares. Le vol, longue escale incluse, qui a duré moins de quatre heures – un vol direct prendrait environ 2 heures – a été salué avec enthousiasme par les Sardes qui y ont lu l’espoir annonciateur d’une aube nouvelle. Après une courte visite du centre historique qui a permis de prendre la mesure de l’importance et de la richesse de l’île en termes historiques et économiques, les deux délégations ont été reçus au siège de la Communauté autonome des Baléares, par les conseillers de la présidente du gouvernement, Francina Armengol.
 
Une déclaration commune
Une mise en bouche pour ouvrir, le lendemain, une rencontre trilatérale très chargée qui a débuté avec les allocutions des trois présidents, la présentation d’une étude effectuée par les Baléares sur « Les îles Méditerranéennes et la stratégie Europe 2020 », ainsi que les conclusions des travaux de la Commission îles de la Conférence des régions périphériques maritimes d’Europe (CRPM) dans le cadre des futures politiques européennes de cohésion post 2020. Ont suivis trois débats tripartites sur le tourisme, la connectivité et les transports, ainsi que le financement et la fiscalité dans les régions insulaires. Avant le clou de la journée : la signature d’une déclaration commune pour un nouveau pacte entre les trois territoires qui entérinent un accord très abouti et très concret en six points, cinq demandes aux Etats centraux et à l’Union européenne (UE) et trois décisions opérationnelles. L’idée de base est simple : les problématiques sont communes, les réponses institutionnelles, qu’elles soient étatiques ou communautaires, inadaptées ou inexistantes, les stratégies solitaires, inopérantes. Dans ce contexte peu ouvert, face à une crise financière qui menace particulièrement les économies insulaires très vulnérables, l’union des îles devient une nécessité, presqu’une question de survie.
 
Plus forts à trois !
Le ton a été donné, d’emblée, par la présidente socialiste des Baléares : « C’est une journée historique, capitale, pour nos trois régions, nos trois gouvernements et les peuples que nous représentons. Nos trois régions ont la volonté commune de coopérer et de définir une stratégie qui permettra de trouver des solutions à nos problèmes communs. Nous représentons un espace économique de 3 millions d’habitants avec une population qui augmente fortement l'été. Cette journée est fondamentale car elle nous permettra d'échanger nos expériences et de confronter nos stratégies. C’est la première fois que nous nous réunissons dans cet état d'esprit ». Et, l’enjeu, pour Majorque, est posé clairement : « Les Baléares sont en discussion avec l'Etat espagnol qui ne reconnaît pas la spécificité de nos îles et n'assume pas les compensations à notre insularité. Ensemble, nous pouvons réussir à négocier, avec l'Union européenne (UE), un fonds spécifique aux îles pour être en égalité de situation avec les autres régions. L’autre question essentielle est la fiscalité dont nous avons besoin pour disposer des ressources financières nécessaires à notre développement. Nous défendons le principe d’une TVA (Taxe sur la valeur ajoutée) réduite ». Et d’affirmer : « À nous tous, nous serons bien plus forts ! ».
 
Parler d’une même voix
C’est bien l’avis de Gilles Simeoni, le président de l’Exécutif corse, dont l’un des premiers actes après son arrivée au pouvoir en décembre 2015, a été de nouer un dialogue avec l’île voisine de Sardaigne pour établir une coopération bilatérale. Cette volonté d’ouverture à la Méditerranée est, depuis 40 ans, un mantra des mouvements nationalistes. Le rapprochement stratégique avec la Sardaigne s'est concrétisé par la signature d'un accord et la création d'un conseil corso sarde. « Ce moment est décisif, peut-être historique, en tous cas porteur d'un nouvel espoir, d'une nouvelle dynamique. Nous voulons, ensemble, construire une démarche opérationnelle avec nos atouts respectifs. Nous avons des intérêts communs dans le domaine économique, social, culturel, politique et institutionnel que nous allons, chaque fois que c’est possible, essayer de défendre ensemble vis-à-vis de nos gouvernements et de l'UE. Aucun dispositif n'est prévu pour que nos territoires insulaires soient pris en compte par des politiques spécifiques. Pour obtenir cette prise en compte, avancer séparément serait se condamner à l'échec, parler ensemble d'une même voix nous donnera les moyens d’être entendus et écoutés ». Pour lui, ce second pas accompli est « immense » et doit conduire à « l’émergence d’un pôle structuré » en Méditerranée occidentale. « L'acuité des enjeux nous impose d'être ambitieux, innovant et créatif. Là où certains veulent, notamment, en Méditerranée, construire des murs, nous, ensemble, nous avons vocation à ériger des ponts entre les hommes, les langues, les cultures, les îles et les pays ».
 
Des solutions spécifiques
Des ponts pour dessiner un futur que Francesco Pigliaru, espère meilleur pour les îles. « Nous espérons faire quelque chose d'historique. Ces ponts, que nous sommes en train de construire entre nos îles, sont une façon de donner, à nos peuples, une force positive pour se développer et refondre la Méditerranée. Ce pacte n'est pas un acte égoïste pour attirer les choses à soi, mais de renforcement par rapport au monde pour affronter les problèmes mondiaux qui se posent à nous. L’insularité est une joie et une chance, mais a aussi des problèmes clairs dont nous devons déterminer la nature pour trouver ensemble la meilleure solution ». Il en liste un déterminant : les transports et la connectivité. « Plus le temps passe, plus les problèmes deviennent aigus. Pour le tourisme, il était plus facile, avant, par bateau et par avion, de venir en Sardaigne que d’aller dans les Pouilles. Aujourd'hui, avec les réseaux de connexion, l'avantage comparatif s'est inversé. L'autre point est les régions ultrapériphériques. Nous n'en sommes pas, mais nous pouvons agir pour être des îles à la périphérie ». Il évoque l’incompréhension de l'Europe sur l'aide financière octroyée par les Etats pour subventionner les transports et, donc, la nécessité de faire du lobbying : « A un problème spécifique, il faut une solution spécifique. Nous parlons la même langue culturelle, nous avons la détermination et l'intelligence collective pour y arriver. D'autres ont essayé avant nous, nous, nous réussirons ».
 
Une réponse nulle
Mis aussi au pilori, l’attitude des Etats centraux, accusés de ne pas mettre en place les mécanismes spécifiques pour pallier les contraintes de l’insularité, la difficulté de la gestion d’un territoire fragile et d’une économie en butte au casse-tête du transport et de la concurrence extérieure.
Pourtant, assène Gabriel Barcelo, Vice-président des Baléares, chargé notamment de l’innovation et du tourisme : « La Méditerranée n'a jamais été un obstacle pour la communication ». Et d’avouer l’ampleur d’une impuissance et les craintes qui en découlent : « Nous avons exploré toutes les voies possibles pour résoudre nos problèmes, mais la réponse européenne et étatique n'a jamais été suffisante, pour ne pas dire nulle. La convergence des îles avec l'UE s'éloigne. En mai dernier, nous avons défini une initiative visant à englober toutes les îles et à redéfinir une politique de cohésion pour attirer un financement européen. Si nous n’arrivons pas à faire en sorte que l’UE et nos propres Etats nous traitent de façon différenciée, nous n’arriverons jamais à donner à nos concitoyens des conditions de vie semblables à celles de la population continentale ».
 
Un diagnostic alarmant
Le diagnostic, réalisé par les Baléares sur toutes les îles de Méditerranée, est très préoccupant. Aucune île ne dépasse la moyenne du PIB (Produit intérieur brut) par habitant de l'UE. « C’est encore pire que par le passé ! », affirme Gabriel Barcelo. Leur dépendance par rapport à l’extérieur et au tourisme est démesurée. Leurs indices de compétitivité et de productivité, très en retard et au plus bas de la moyenne européenne, ne laissent pas augurer un changement de tendance. La situation en matière d'emploi est alarmante, marquée par la prolifération des emplois précaires et un chômage galopant. La population vieillissante s’enfonce dans la précarité, les niveaux de vie s’effondrent. Les îles sont très loin de devenir des économies de connaissance garantissant la cohésion sociale et le développement durable et d’atteindre les objectifs européens fixés pour 2020 en matière d’économie numérique, de formation… « Nos îles sont très riches en ressources naturelles, mais sont très vulnérables, le tourisme y est le plus intensif et la pression sur les ressources hydrologiques est considérable. Nous serons beaucoup plus affecté par le changement climatique. L'insularité a des conséquences très concrètes auxquelles il est vital de remédier », commente Gabriel Barcelo.
 
Des demandes et des décisions
Le remède, c’est, donc, d’agir ensemble. Partant de là, la déclaration, signée à Palma, affirme cinq nécessités et une opportunité. La nécessité d’obtenir des financements additionnels adéquats pour compenser les contraintes de l’insularité et de la périphéricité, un statut fiscal adapté aux besoins, des régimes spécifiques de concurrence. La nécessité, aussi, de développer des projets communs autour de solutions opérationnelles, de définir de nouveaux instruments financiers de coopération et d’affirmer l’importance du rôle de ces trois territoires dans le dialogue avec la rive Sud. L’opportunité de consolider les relations déjà nouées et de les élargir aux autres îles méditerranéennes. Les trois signataires demandent, donc, à leurs Etats respectifs et à l’UE, de prendre en compte ces nécessités et d’instituer un cadre de coopération territoriale lors des négociations sur la politique de cohésion post 2020. Egalement de leur garantir des mesures compensatoires comparables à celles dont bénéficient les îles ultrapériphériques et de mieux prendre en compte la problématique des îles archipels et des îles montagne. A cette fin, ils décident d’agir ensemble dans une stratégie assumée de lobbying, de présenter ensemble au Comité des régions des amendements défendant les intérêts des trois territoires, et d’inscrire la coopération dans un cadre pérenne.
Les travaux se poursuivent par visioconférence ou dans des réunions. Des rencontres sont déjà programmées pour le courant janvier. Un autre déplacement est prévu en Sardaigne en février. La présidente des Baléares ayant répondu positivement à l’invitation de Gilles Simeoni de venir en Corse, une prochaine visite n’est pas à exclure.
 
N.M.



Sur le même sujet :
- Gilles Simeoni : « Nous avons la volonté politique, résolue et déterminée, de construire un projet méditerranéen »
- Coopération Corse-Sardaigne-Baléares : Un métro aérien, un statut fiscal et un tourisme durable.

 



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