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Conca d’Oru : Plus de 520 hectares dévastés, d’importants moyens mobilisés, l’inquiétude demeure…


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 26 Août 2016 à 23:50 | Modifié le Samedi 27 Août 2016 - 14:29


Plus de 520 hectares ont été dévastés dans la Conca d’Oru entre Teghime, Barbaghju, Patrimoniu et U Poghju d’Oletta. Le feu, parti à 2 h du matin dans la nuit du 24 août, n’en finit pas de rebondir de foyers en foyers, de crête en talwegs, attisé par des vents incessants et tourbillonnants, et de dévorer des massifs d’une sécheresse exceptionnelle. Depuis maintenant plus de 55 heures, les sapeurs-pompiers épuisés continuent de combattre sans relâche, de nuit comme de jour, parfois même au péril de leur vie, pour éviter que le feu n’atteigne les villages, ne déborde sur Bastia et Furiani, ne détruise les exploitations agricoles. D’importants moyens aériens ont été mobilisés. Si le désastre écologique est considérable, aucun mort n’est, à ce jour, à déplorer, aucune habitation, ni aucun vignoble n’a été détruit. Vendredi en fin d’après-midi, au QG installé au col de Teghime, le Colonel Charles Baldassari, à la tête du SDIS (Service départemental d’incendie et de secours) de Haute-Corse, fait, pour Corse Net Infos, un point de la situation. Explications, également, en vidéo, du maire-adjoint de Patrimoniu, élu communautaire et vigneron, Jean-Baptiste Arena, et la réaction atterrée du maire de Barbaghju, Etienne Marchetti.


Conca d'Oru, plaine de Barbaghju.
Conca d'Oru, plaine de Barbaghju.

Colonel Charles Baldassari, à la tête du SDIS de Haute-Corse.
Colonel Charles Baldassari, à la tête du SDIS de Haute-Corse.
Colonel Charles Baldassari : « L’essentiel pour nous est d’avoir réussi à sauvegarder les maisons et les exploitations et mis en sécurité les populations »

- Pouvez-vous faire un point de la situation dans la Conca d’Oru ?

- Il y a, sur ce feu, trois secteurs importants et trois objectifs majeurs à maintenir et à obtenir. Le 1er objectif était d’éviter que le feu déborde de Teghime et descende sur Bastia et Furiani. Cet objectif est atteint dans le sens où nous avons reprofilé les pistes et mis de gros moyens sur la ligne de crête qui sépare le Nebbiu de Bastia. Le 2ème objectif était d’éviter, au niveau de la Départementale 38 (D38) qui part de Teghime et rejoint Poghju d’Oletta, que le feu verse sur Barbaghju. Ce village se trouvant en contrebas du 1er kilomètre de la D38, il fallait à tous prix empêcher que le feu saute cette route. Cet objectif a été atteint : nous avons réussi à maintenir le feu au-dessus de la route. Le 3ème objectif est la protection du village d’U Poghju d’Oletta. Il est beaucoup plus difficile à atteindre.
 
- N’est-il pas encore réalisé ?
- Non ! L’opération est toujours en cours. Nous avons déposé des commandos héliportés parce que le feu surplombe le village. Deux nuits durant, sur la fin de la D38 au niveau de Poghju d’Oletta, il y a eu des sautes de feu et des feux très virulents, la première nuit vers 2 h du matin, la seconde nuit vers 4 h. Nous avons du mener des combats très durs pour contenir les feux. Nous avons réussi avec le service de santé du SDIS, les sapeurs-pompiers, les sapeurs-forestiers et les forces de gendarmerie à sécuriser l’ensemble. Même si le village a été soumis à de fortes fumées et si les habitants étaient anxieux, peut-être à la limite de l’angoisse, ils ont pu passer la nuit tranquillement chez eux.
 
- Y-a-t-il un risque pour que le feu descende sur la plaine d’Oletta et Saint-Florent ?
- Sur la plaine d’Oletta, non ! Par contre, il y a eu, vendredi en début d’après-midi, une saute de feu en direction de Patrimoniu. La végétation chauffe sous le soleil. Le vent s’est levé. Les avions, qui traitaient certains points, ont été déroutés sur un départ de feu important à Lucciana. Le feu a, donc, repris sur ce secteur et progressé en direction de Patrimoniu. La chaleur était intense et les flammes étaient hautes. Lorsque le feu de Lucciana a été éteint, nous avons rapatrié l’ensemble des avions sur le Nebbiu et même fait venir du continent deux Canadairs supplémentaires et un Dash. Ce sont, au total, 4 Canadairs et un Dash qui travaillent pour empêcher que le feu rejoigne Patrimoniu. Nous avons, aussi, concentré l’ensemble des forces terrestres dans les vignes pour éviter qu’elles ne souffrent du feu et que les quelques habitations et les exploitations agricoles ne soient endommagées.
 
- Le vent continue de souffler et de tourner. Les conditions météorologiques vont-elles s’améliorer ?
- D’un point de vue général, oui. Mais, nous sommes sur un col où, par principe, il y a du vent. Sur le col de Teghime, il y a toujours un courant d’air et, la mer, de part et d’autre, engendre des effets de flux. En contrebas, il y a des vents tourbillonnants, qui ne sont pas très violents, mais sont continuels. Ces vents ont occasionné cette reprise de feu en direction de Patrimoniu, la température est très élevée, nous restons, donc, très vigilants. Depuis quasiment 55 heures, nous prenons en compte tous ces paramètres et nous les intégrons pour trouver la meilleure stratégie pour éteindre le feu.
 
- Pensez-vous éviter le pire ?
- Je l’espère ! Nous avons de très bons contacts avec les élus. Nous partageons les objectifs avec les vignerons qui nous aident à cheminer dans les exploitations. On devrait tenir le bon bout en milieu de nuit sur cette partie-là.
 
- Tout danger pour la population est-il écarté ?
- Globalement, les grands risques de propagation sont écartés. Maintenant, nous ne sommes pas à l’abri de quelque chose d’imprévisible dans la gestion d’un feu. A priori, la tendance est positive. Nous verrons déjà, dans le courant de la nuit, si la situation est meilleure que les nuits précédentes. Samedi, nous ferons venir les hélicoptères bombardiers d’eau du SDIS. J’espère que nous arriverons à avoir une situation beaucoup plus claire et beaucoup plus stabilisée sur l’ensemble des pourtours. Nous nous battons pour cela, pour maîtriser le feu le plus rapidement possible.
 
- Le foyer du Nebbiu-Conca d’Oru est-il le plus important du département de Haute-Corse ?
- Le département subit une succession de foyers : 70 hectares ont brûlés à Corte, une vingtaine d’hectares dans le Boziu, quelques dizaines d’hectares sur la Plaine Orientale, 15 hectares à Saint-Florent... Le feu de Barbaghju est le plus important. D’abord, parce qu’il n’y a pas d’accès, il a fallu les créer. Ensuite, le massif étant d’un seul tenant, le feu l’a dévoré, c’est pourquoi la superficie brûlée est si importante. L’essentiel pour nous est d’avoir réussi à sauvegarder les maisons et les exploitations et mis en sécurité les populations. C’était la priorité des priorités ! Ensuite, peut-être que certaines personnes ne seront pas satisfaites de la production opérationnelle du SDIS ? On le verra plus tard. En tous cas, sur les premières actions, l’ensemble du dispositif a été très performant.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.

 

Jean-Baptiste Arena : « Nous sommes inquiets. Le feu est complètement imprévisible. D’un moment à l’autre, tout peut basculer ! »


 

Etienne Marchetti : « C’est vraiment une catastrophique écologique ! »





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