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Comcom de l’Oriente : Un contrat de ruralité pour gommer les handicaps et impulser le développement


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 25 Mars 2017 à 20:48 | Modifié le Samedi 25 Mars 2017 - 21:36


Lors de sa visite éclair en Corse, jeudi, le ministre de l’Aménagement du territoire, de la ruralité et des collectivités territoriales, Jean-Michel Baylet, a fait une brève halte à Aleria pour signer avec les élus de la Communauté de communes de l’Oriente, un contrat de ruralité. Un cadeau ministériel, puisque les contrats de ruralité ne se signent que dans le cadre des PETR (Pôle d'équilibre territorial et rural) constitués de plusieurs intercommunalités, et apprécié comme il se doit par cette interco de la Plaine orientale qui regroupent 22 communes rurales, dont 20 villages de montagne. Explications, pour Corse Net Infos, de Jean-Claude Franceschi, président de la Communauté de communes de l’Oriente.


Jean-Claude Franceschi, président de la Communauté de communes de l’Oriente.
Jean-Claude Franceschi, président de la Communauté de communes de l’Oriente.
- Quel est l’enjeu du contrat de ruralité que vous venez de signer ?
- Un enjeu très important ! De mémoire, il n’y a jamais eu de contrat d’une telle importance sur un petit territoire éminemment rural comme le nôtre. Ce partenariat avec le département, la Collectivité territoriale (CTC) et l’Etat nous propose certaines clés pour répondre aux problématiques qui sont nombreuses dans le rural. Il nous permettra, sur les quatre années à-venir, de programmer des investissements de façon à initier une politique cohérente de développement du territoire et de gommage des carences et de tous les handicaps que nous connaissons. Un certain nombre d’opérations ont été listées et seront précisées avec les partenaires dans un document de travail que nous reverrons au niveau des fiches action. L’idée est d’affiner peu à peu et de programmer, chaque année, des actions pour mener le programme jusqu’au bout.
 
- Concrètement, quelles actions allez-vous engager ?
- Prioritairement, les actions menées dans le cadre des six volets prévus dans le contrat de ruralité. C’est, d’abord, l’accès aux soins qui manquent en Plaine orientale. Dans ce bassin de vie qui va du pont de Folelli au pont de Solenzara et compte 27 000 habitants, nous vivons ces carences au quotidien. Il serait souhaitable, bien au-delà du contrat de ruralité de l’Oriente, que les trois collectivités de la Plaine Orientale, - la Costa Verde, l’Oriente et le Fium’Orbu -, se réunissent et discutent sur les données de l’ARS (Agence régionale de santé) concernant les carences de santé. Nous pourrions réfléchir à un aménagement du territoire cohérent pour répondre à cette problématique de la façon la plus efficiente possible.
 
- Qu’en est-il au niveau des services ?
- C’est pareil ! Le service public, tel qu’on l’a connu il y a 30 ans, a tendance à disparaître à cause des contraintes financières. De nombreux services manquent de plus en plus. Sur les 22 villages de la Comcom, 20 sont en montagne. Les populations sont souvent âgées, assez isolées et n’ont pas le même accès aux services que si elles habitaient en ville. Les usagers sont souvent très loin des postes existants. Aujourd’hui, on ne peut plus recréer ce qui a disparu, ce n’est pas possible ! Il faut essayer d’apporter des solutions. En souplesse.
 
- C’est-à-dire ?
- Le premier effort, que nous avons fait à la Comcom, est de mettre un bus à destination des personnes isolées pour qu’elles puissent, si elles le souhaitent, tous les jours, descendre à la plaine chez un médecin, faire des courses ou autre chose selon leurs besoins. Il faut continuer dans ce sens en gommant les imperfections qui existent. C’est pareil dans d’autres domaines liés au développement. Nous avons un territoire que nous voulons éco-agri-touristique.
 
- Pourquoi ?
- C’est un territoire rural, très agricole et où le tourisme se développe. Il a besoin d’être structuré pour investir l’intérieur et faire en sorte que cette manne puisse profiter au plus grand nombre. Le contrat de ruralité aura pour but d’y répondre à travers des actions ciblées sur la protection du patrimoine, la création d’infrastructures d’accueil manquantes, la création de produits touristiques… Nous avons créé 14 sentiers dans l’Oriente qui sont, aujourd’hui, commercialisés. Nous allons les densifier à partir de ce patrimoine, de thématiques fortes liées à l’industriel, au cultuel, à l’histoire… Le but est d’être attractif, d’attirer les gens vers le territoire et leur proposer suffisamment de produits pour qu’ils aient envie d’y rester le plus longtemps possible.
 

La signature du contrat de ruralité.
La signature du contrat de ruralité.
- Malgré la forte présence des activités agricoles, le développement de la Plaine n’est-il pas un peu poussif ?
- Je ne dirais pas cela ! L’activité agricole est en progression, même si en termes de surface, on peut considérer le contraire. J’ai connu les années 70 où il y avait près de 40 000 hectares de vigne en Corse. Nous ne sommes plus dans ces schémas-là, nous fabriquons essentiellement de la qualité. Il y a plus d’acteurs sur le terrain et dans des domaines de plus en plus diversifiés : viticulture, céréales, maraichage, arboriculture, élevage… La microrégion concentre tout le panel des activités agricoles qui existent en Corse avec des acteurs quelquefois jeunes, ambitieux, qui vendent très bien leurs produits et portent le territoire vers le haut en termes d’image. Manque la transformation des produits. L’activité agricole de base crée peu ou pas d’emplois. Pour créer ces emplois, il faut se diriger vers la transformation des produits qui génère des emplois et de la valeur ajoutée. C’est peut-être le prochain acte nécessaire de l’évolution agricole sur le territoire.
 
- Comment se porte le tourisme dans la microrégion ?
- Il est en pleine évolution, en plein essor, mais il est essentiellement littoral. Pour le développer et, là aussi, créer de la valeur ajoutée, il faut densifier pour structurer. C’est ce qui manque le plus à la Corse et à notre territoire en particulier. Il faut viser une clientèle de niche à fort pouvoir d’achat et exigeante en termes de produits, de circuits de visite, de sentiers, de festivals ou différentes choses que l’on peut imaginer pour fixer les gens sur le territoire.
 
- Pensez-vous que le contrat de ruralité suffira à réaliser ses espérances ?
- Je ne fais pas de l’angélisme ! Nous sommes un territoire rural avec de grosses difficultés, loin des centres de décision importants. Néanmoins, la région progresse en termes de population. C’est quand même un indice. Il faut garantir à nos enfants de pouvoir rester sur le territoire et d’y trouver des emplois. Pour cela, il faut se creuser la cervelle pour créer toutes ces pistes, ces mesures qui permettront de développer l’économie dans le futur.
 
- Cette politique de développement est-elle applicable aussi dans les villages ?
- Dans une moindre mesure ! Ce n’est pas la même chose ! Il faut se remettre à l’échelle. Dans un village, nous ne pouvons pas concurrencer des destinations touristiques qui accueillent 2 ou 3 millions de touristes. Nous voulons développer de façon cohérente, tracer des sentiers avec des thématiques beaucoup plus fortes, créer des produits autour d’artisans et de commerçants afin qu’ils soient reconnus, découverts, que les gens puissent les goûter et les acheter. Nous essayerons de faciliter la construction de gîtes d’étape pour que les gens, après avoir découvert un sentier, ne dorment pas sur le littoral, mais en montagne. Tout cela peut créer de l’activité, aider des jeunes à installer deux ou trois unités de 10 ou 15 lits, un petit restaurant ou d’autres choses qu’ils auront envie de créer. Si on a des conditions optimales en matière de numérique, on peut travailler à partir d’un village. Ce n’est pas une vue de l’esprit. Mais, il faut mettre tout cela en musique. C’est par le biais de ce contrat de ruralité que nous espérons y arriver.
 
- Un contrat de ruralité s’inscrit normalement dans un PETR. Allez-vous en créer un ?
- Non ! Nous n’avons pas prévu de le faire. La loi NOTRe nous a un peu pénalisés avec des territoires qui n’ont pas forcément été discutés, réfléchis, et qui ne sont souvent pas cohérents. Nous sommes pragmatiques. L’Oriente est au centre de la Plaine Orientale, la majorité de ses villages sont en Castagniccia, une partie en Centre Corse et une partie au Sud vers le Fium’Orbu. Nous ne voulons pas nous détacher de ces zones, de ces bassins de vie où les gens ont leurs habitudes. Nous voulons travailler avec tout le monde. Si nous devons conclure un contrat en PETR, il faut le réfléchir de façon cohérente à l’échelle de la Plaine orientale qui est un vrai territoire : c’est le troisième bassin de vie de Corse. Dans d’autres domaines, nous travaillons déjà avec le Fium’Orbu. L’année prochaine, le Centre Corse aura la compétence GEMAPI (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations). Nous avons un fleuve en commun : le Tavignanu. Il faudra bien qu’on trouve ensemble des moyens et des solutions. Le PETR s’inscrit dans cet esprit-là. Nous nous rencontrerons et nous essaierons de mettre sur le papier un document cohérent.
 
- Quand ?
- Ce que je demande, c’est de la cohérence, pas de la précipitation ! Souvent, quand on élargit les périmètres, on augmente les coûts. C’est une constante. On veut quelquefois remplacer la bonne volonté, le bon sens, l’intelligence de proximité, par des entités plus grosses qui engendrent des coûts plus importants et non prévus en amont. Par exemple, l’Oriente a pris la compétence Ordures ménagères au 1er janvier. En 2015, ce service a coûté 850 000 € pour 500 000 € de recettes. Il manque 300 000 € au moment où nous prenons la compétence. Comment faire ? Il a fallu trouver des solutions. Nous avons essayé de faire des économies sans pénaliser les usagers, mais ce n’est pas simple. C’est un gros travail. C’est pour cela qu’il faut réfléchir en amont et éviter de se précipiter pour ne pas commettre des erreurs qui seront payées par l’usager.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.




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