Corse Net Infos - Pure player corse

Chronique du temps qui passe : Le cours Napoléon, le « Cinq à Sept » et sa légende


Rédigé par José FANCHI le Dimanche 27 Août 2017 à 18:33 | Modifié le Dimanche 27 Août 2017 - 21:09


L’hiver, en fin d’après-midi, les « Petit » et « Grand » Cours devenaient des lieux magiques. Le « cinq à sept » était bien ancré dans l’âme des Ajacciens dont c’était devenu une tradition quasi séculaire : promener sur le cours Napoléon. C’était l’endroit tendance de l’époque, là où il fallait voir et être vu, le rendez-vous incontournable de toute une population à une heure particulièrement précise.


Chronique du temps qui passe :  Le cours Napoléon, le « Cinq à Sept » et sa légende
C’était le temps d’ « u passe e veni » sur une portion de macadam comprise entre la caserne Abbatucci ( et au-delà vers le Nord-Sud) et l’angle de la rue Sergent Casalonga pour le Grand Cours, du Solferino à l’angle des établissements Moretti pour le « Petit Cours ». Cette dernière portion était réservée à la jeunesse dorée de la ville. Les promeneurs se donnaient rendez-vous à 17 heures précises et entamaient leur série d’aller-retour deux bonnes heures durant selon une tradition bien établie.

Les nouvelles du front…
Selon Paul Lucchini, écrivain et auteur de plusieurs ouvrages sur Ajaccio, ses us et coutumes, (voir Ajaccio-Expressions et Surnoms – éditions A Sciarabula), l’origine de cette promenade remonte au second Empire et aux guerres d’Italie. En effet, chaque soir, les nouvelles du Front étaient affichées sur les murs de la Préfecture et les Ajacciens, soucieux de suivre l’évolution des combats, se rassemblaient devant le palais Lantivy. Des groupes se formaient au fil des heures et commentaient les péripéties des armées. Au lendemain de la guerre, les Ajacciens reprirent aussitôt leurs bonnes habitudes et dès lors, jeunes gens et jeunes filles arpentaient les deux parties du cours en chevauchant moins la partie réservée à la circulation comme chacun sait de plus en plus dense. Il faut dire que ce rendez-vous de fin d’après-midi avait été suspendu l’espace de la Seconde Guerre Mondiale en raison du passage
des gros camions Américains qui zigzaguaient au beau milieu du cours en y faisant de temps à autre des victimes…
Mais bon, les jeunes trouvaient dans ces promenades leur raison de vivre, de communiquer, de s’unir car deux heures durant, des liens se tissaient, des amourettes naissaient, des couples se formaient et ainsi allait la vie des Ajacciens avec ce curieux besoin social de partager la vie extérieure. Il est un vieux terme local qui situe parfaitement cette époque : « à spaccata », où l’on voyait bien des jeunes gens et jeunes filles soigneusement habillés de pied en cap rivaliser de trouvailles. La soirée se poursuivait dans les cafés du cours Napoléon et d’ailleurs.
Les Ajacciennes étaient coquettes et les Ajacciens très élégants…

Ah ! L’esprit Ajaccien…
La vie s’écoulait ainsi, dans un bel élan d’enthousiasme, prolongement d’une vie ajaccienne sans cesse renouvelée où l’esprit Ajaccien s’exprimait alors dans toute sa plénitude. U spiritu aiaccinu.
La « flachina » fusait à toute heure du jour et de la nuit, les « monta Sega » ne manquaient pas, bien au contraire, cela pour simplement rappeler qu’Ajaccio était (et a toujours été) une ville animée qui savait vivre et s’amuser. A Ajaccio, tout est prétexte à la plaisanterie. Le « caiorning » est toujours bien implanté dans notre bonne ville et à l’époque, les « vitelloni » étaient légion. Voici l’une de ces perles de l’époque.
Un jour qu’il prolongeait sa promenade au-delà de la caserne Abbatucci, un groupe de jeunes gens passa devant les fenêtres du quotidien « La Jeune Corse », dirigé par Paul Valot. Assis face aux antiques machines et autres plombs, le père Tanot filtrait les entrées. Son fils aîné, Antoine, avait intégré l’équipe rédactionnelle et le cadet, Jacques, celle de typographie.
De la rue, on pouvait voir évoluer les ouvriers du livre travaillant dans la bonne humeur. Et, comme il était de coutume, le promeneur avait pour habitude de se pencher à la fenêtre donnant sur l’imprimerie pour saluer les ouvriers et surtout demander à haute voix : «Quoi de neuf aujourd’hui, qual’hè che mortu ? » Et Jacques Tanot (qui s’y attendait et avait d’ores et déjà préparé sa réponse) de répondre inlassablement : «Meurt qui meurt, campe qui campe ! »
En clair, laissez-nous travailler et achetez le journal demain, vous lirez les avis de décès… 

Le cours et ses curiosités…
Restons sur ce merveilleux cours Napoléon, la grande artère de notre cité, « u Corsu » où il fait toujours bon vivre, ses boutiques, ses bars, là où il faut être vu ou tout simplement. Mais le cours Napoléon c’est aussi des immeubles, des hôtels particuliers qui cachent de
somptueuses demeures dont on reconnaît les façades et qui possèdent des cours intérieures qui constituent d’authentiques jardins de fraîcheur et quelques curiosités qui demeurent pour certaines des mystères !

U Moghu, à Ghinghetta et u casté
Après quelques pas sur ce qui était « le petit cours, » je traverse les deux grands cafés Napoléon et Royal puis je marque un arrêt devant le portail situé entre les deux boutiques de mode. De ce portail, dit « du docteur Cappelini » - c’était en effet le siège de son cabinet - on pouvait rejoindre la rue Fesch pour aboutir au four de Matteu Fiamenghi (personne n’a oublié les succulentes odeurs qui s’échappaient de son four à bois de cistes) que l’on nommait U Purtonu di u Moghu, ce mage qui faisait peur à toute la jeunesse du Borgu.
Bien des jeunes du quartier empruntaient « ce passage secret » pour d’interminables parties de cache-cache qui conduisaient de la rue Fesch au cours Napoléon. Plus proche de nous, cet immeuble Génois a servi de repli stratégique aux manifestants lors de l’occupation de l’hôtel Fesch pour échapper aux CRS lors de l’affaire Bastelica-Fesch. Ceux qui y étaient s’en souviennent…
Revenons sur le cours Napoléon, toujours sur ma droite, je traverse le haut de la rue de l’Assomption, « à stretta di i rampari » et me voilà à l’entrée de la Ghinghetta, ce passage qui relie le cours Napoléon à la rue Fesch, abritait autrefois un dancing (et même une discothèque «  the scotch »dans les années soixante-dix) au fameux numéro 33 « trenta-tre di a scaghjola » air populaire connu des vieux ajacciens. Avant de traverser et rejoindre la place Marc Marcangeli (La Poste centrale), je pousse
jusqu’à la rue Sebastiani, «  à stretta di Vico » qui fait face au château du même nom appartenant aux frères Sebastiani, détruit lors des bombardements aériens en 1943 et remplacé aujourd’hui par un immeuble et la galerie Napoléon. Il reste une parcelle de l’immense jardin exotique de l’époque que l’on appelait le jardin des Balsa, le fleuriste. La rue est une voie ouverte par l’entrepreneur Vico lors de la création du quartier. Elle a longtemps porté son nom. A suivre…

P.S. Extrait du livre « Ajaccio, Lieux de mémoire » à paraître prochainement




A la une | L'actu régionale | Faits divers | Société | Justice | Economie




Derniers tweets
Corse Net Infos : Plaine orientale : Le site naturel de Terrenzana, joyau méconnu, aménagé et ouvert au public https://t.co/pAjEyTb4zI https://t.co/BTuViUYRzU
Vendredi 20 Octobre - 00:40
Corse Net Infos : Pierre Poggioli dédicace à Paris https://t.co/H1k1H77wA1
Jeudi 19 Octobre - 23:10
Corse Net Infos : Corse : 17 % des inscrits n’on pas voté au printemps 2017 https://t.co/ZWo1C76Z2N
Jeudi 19 Octobre - 23:05
Corse Net Infos : Ajaccio : Vincent de Bernardi signeson recueil de chroniques, "De la France en général et de la Corse en...… https://t.co/hGuveTdbYn
Jeudi 19 Octobre - 23:00


Newsletter






Galerie
Salon du chocolat et des délices de Corse
Salon du chocolat et des délices de Corse
Fête de la Science
Fête de la Science
Pierre-Antoine Gatier, architecte
Le président coupe le ruban
GFCA-Poitiers
GFCA-Poitiers
Collège Maria Ghjentile
Collège Maria Ghjentile
comunauté
Mairie de Propriano
Arte Mare
Arte Mare
IMG_3483
IMG_3482