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Centuri : Le soutien des élus et de la société civile à David Brugioni pour dénoncer une « violence inacceptable »


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 17 Septembre 2017 à 00:25 | Modifié le Dimanche 17 Septembre 2017 - 04:24


Près de 150 personnes se sont rassemblées, samedi matin, à la mairie de Centuri pour apporter leur soutien au maire de la commune, David Brugioni, et à sa famille, dont la maison a été mitraillée en début de semaine. Parmi elles, nombre d’élus, notamment des maires et le président de l’Exécutif territorial, et des artistes, comme I Muvrini, ont dénoncé un acte de violence inacceptable et très grave, illustrant le refus inquiétant de démocratie et la non-application de l’Etat de droit.


Le maire, David Brugioni, sa famille et des conseillers municipaux.
Le maire, David Brugioni, sa famille et des conseillers municipaux.
« Cet acte est très grave, mais ce qui est encore plus grave, ce serait d’assister à ce combat, comme on assisterait en spectateur sur les gradins d’une corrida. Le juge Falcon disait que le pire qui puisse advenir dans une société, c’est quand se produit cette combinaison fatale : un homme est devenu dangereux parce qu’il dit la vérité, mais on peut l’attaquer, on peut l’agresser, on peut l’humilier, on peut même aller plus loin parce qu’il est isolé. Il ne faut pas laisser ces hommes, qui demandent la vérité et qui la disent, isolés. C’est la raison pour laquelle je suis là ! Pour ne pas laisser isolé, celui qui dit la vérité parce qu’on meurt quand on est seul ! ». Ces mots prononcés par Jean-François Bernardini, chanteur d’I Muvrini et président de la fondation Umani, ont pris une résonnance particulière, samedi matin à la mairie de Centuri, lors du rassemblement organisé en soutien à David Brugioni. Ils ont été nombreux à être là autour du maire de Centuri et de sa famille, encore en état de choc après le mitraillage de leur maison dans la nuit de dimanche à lundi. Un acte de violence qui n’est que le dernier avatar d’une série d’incidents de toutes sortes qui empoisonnent depuis trois ans la vie de ce village à l’extrême pointe Nord de l'île.

Une lâcheté inadmissible
De nombreux habitants étaient là autour de leur maire, mais aussi des élus du Cap Corse ou venus parfois de loin, pour dénoncer un acte unanimement jugé inacceptable. Avec des mots qui reviennent en boucle comme autant de cris d’alarme jamais entendus. « Je suis venu, avant toute chose, en tant qu’ami pour soutenir David, sa femme et ses trois filles. C’est totalement intolérable qu’en 2017 en Corse, on puisse s’attaquer à un élu qui essaye de remettre de l’ordre dans sa commune et de travailler normalement. C’est un acte inqualifiable ! Notre présence à ses côtés était normale aujourd’hui », assure Jean-Baptiste Arena, maire-adjoint de Patrimoniu. « C’est inadmissible ! Si on croit qu’on peut intimider les gens comme ça à notre époque ! C’est une lâcheté ! Nous sommes dans une démocratie et il y a d’autres moyens d’expression que la violence. La preuve : nous sommes tous ici pour soutenir le maire de Centuri, c’est un moyen d’expression », ajoute Etienne Marchetti, maire de Barbaggio. « Ce sont des méthodes lamentables, lâches, d’un autre âge ! C’est consternant de constater ce genre d’exactions sur un élu. Personne n’est à l’abri. Nous sommes tous logés à la même enseigne », déclare Laurence Piazza, maire de Meria.

Des méthodes de voyous
Cette insécurité qui pèse de plus en plus sur les élus locaux, tous la stigmatisent et font part de leur incompréhension. « Nous nous devons être là pour soutenir un maire qui a été agressé personnellement avec des tirs sur sa maison. C’est intolérable ! Ce sont des méthodes de voyou ! Il faut dénoncer ce type d’acte et le porter sur la place publique. Si quelqu’un a un contentieux avec la mairie, il doit aller voir le maire et utiliser les procédés légaux », renchérit José Poggioli, maire de Patrimoniu. « Je suis là pour apporter la solidarité de tous les maires à David Brugioni. Nous ne pouvons pas accepter des faits de ce genre. Il y a un vrai malaise chez les maires dont beaucoup subissent des agressions verbales ou physiques. La fonction est dénigrée, les élus aussi, de plus en plus. Les maires ne sont pas suffisamment soutenus et reconnus dans leurs actions. Ceux des petites communes font des efforts énormes, ce sont souvent des bénévoles, des élus passionnés, mais ce genre d’exactions va contribuer à dégouter les gens », estime Pierre-Marie Mancini, maire de Costa et président de l’association des maires de Haute-Corse.
 
Des signaux inquiétants
Le malaise est surtout partent chez les maires du rural directement confrontés au mécontentement de leurs concitoyens. « Il me paraissait normal, quasiment obligatoire d’être là en soutien pour témoigner mon affection, ma sympathie, mais aussi mon désappointement sur la tournure que prend la Corse, sur les rapports entre le maire et les administrés. Les crispations se nouent autour du pouvoir qu’on accorde au maire et que, peut-être, il n’a pas tout à fait. On les rend responsables de tout, alors qu’ils sont loin de l’être. Il y a un problème dans le rapport des Corses à la démocratie. Notre société est loin d’être apaisée », explique Séverin Medori, maire de Linguizetta, qui fut victime, lui aussi, d’intimidations. « Quand nous avons créé la Communauté de communes, j’ai dit que le fondement de notre action, c’est la démocratie : on se critique, on échange, on discute, on réfléchit, on décide… Chaque fois qu’on peut créer un consensus, on le crée. Sinon, la règle de la démocratie, ce sont des majorités et des minorités. A Centuri, on n’est plus dans ce cadre-la, on est dans la violence qui recommence, il n’y a plus de limites. Il faut faire très attention à cela parce qu’il y a des signaux inquiétants, des engrenages. Quand on prend une arme et qu’on tire dans une fenêtre, on sort du cadre démocratique. C’est extrêmement dangereux ! », poursuit Pierre Chaubon, maire de Nonza et président de la ComCom du Cap Corse.
 

Un seul chemin, la démocratie
Le rejet de la démocratie, que soulève ce type de violence, inquiète jusqu’au président du Conseil exécutif de la CTC, Gilles Simeoni. « Au-delà de connaître personnellement David Brugioni, je suis ici en ma qualité de président du Conseil exécutif de Corse pour soutenir un maire qui a été victime d’un acte de violence et d’intimidation qui aurait pu, en plus, avoir des conséquences dramatiques pour lui, sa famille et plus particulièrement ses enfants. Il faut dire clairement que ces types de procédé et de méthode sont totalement inacceptables. Il ne peut pas y avoir d’autre chemin en Corse que celui de la démocratie ! Il faut qu’un maximum de citoyens disent ensemble et avec force que nous allons emprunter ce chemin et que rien, ni personne ne nous en fera dévier ». Un avis entièrement partagé par Hyacinthe Vanni, vice-président de l’Assemblée de Corse : « Je me dois d’être ici pour soutenir David Brugioni que je connais depuis des années. Un élu menacé de la sorte, c’est inacceptable et inadmissible ! On se doit tous de faire front pour que ce genre d’évènements ne se reproduise plus. Nous combattrons ces méthodes et nous serons toujours aux côtés de David et de ceux qui en seront atteints. La démocratie est au cœur de notre combat politique et de notre projet. C’est un combat de tous les jours, difficile à mener compte tenu de la situation de la Corse aujourd’hui. Nous ne pouvons pas en quelques mois sortir de décennies de non-droit. Mais, ce combat, nous sommes déterminés à le mener et nous le mènerons jusqu’au bout ».
 
Un silence assourdissant
Certains élus n’hésitent pas à fustiger le laxisme de l’Etat et des pouvoirs publics. « Pourquoi sommes-nous ici ? D’abord par solidarité. Cet acte est grave, même s’il n’y a pas eu de dégâts matériels ou de dommages humains. La plupart des maires ont été confrontés à ce type de réactions. Moi, j’ai été menacé de mort. On m’a dit « Si tu enlèves le pain de la bouche de mes enfants, je te mets une balle entre les deux yeux ! ». La réaction de la justice et des gendarmes ? Ils rigolent ! Rien ne se passe. Dans ces cas-là, on est toujours seuls. Il est anormal qu’un maire qui est le représentant de l’Etat et dont le patron est le préfet se retrouve face à un silence assourdissant », s’émeut Anthony Hottier, maire de Barrettali. Et d’ajouter : « Un maire a de moins en moins de compétences et d’argent et se retrouve confronté au mécontentement des habitants qui ne comprennent pas pourquoi tout augmente alors que les services ne s’améliorent pas. Le découragement est profond chez les élus ruraux. Il ne faudra pas s’étonner si certains ne se représenteront pas aux prochaines élections parce qu’il n’y a plus de respect de la démocratie. On peut être contre un maire, contre sa politique, mais, en aucun cas, la violence est excusable. Il faut absolument que la démocratie soit respectée. C’est pour cela que nous voulons envoyer un signe fort aux représentants de l’Etat et à la justice ».
 

Une justice absente
Le signe fort, le maire de Centuri, l’a, d’abord, voulu symbolique. Devant ses pairs, ses amis et ses concitoyens, il enlève l’écharpe tricolore qui le ceint en commentant désabusé : « Je veux rétablir l’ordre dans ma commune, mais visiblement je n’y arrive pas ». Une allusion directe « aux infractions graves » qu’il a découvertes dans la gestion communale après son accession à la mairie. Certaines plaintes qu’il a déposées ont débouché sur un procès qui s’est tenu en février dernier et où l’ancienne municipalité a été condamnée pour « favoritisme, détournement de fonds publics et prise illégale d'intérêts » dans une affaire de marchés publics. D’autres plaintes ont été abandonnées et d’autres sont en cours. David Brugioni décrit « un moment de grande confusion judiciaire » qui engendre un « climat délétère d’alerte cyclonique ». En cause, selon lui, « la violence engendrée par un état maffieux… et déployée gratuitement contre ma famille », ainsi que « l’absentéisme des pouvoirs publics et judiciaires bastiais ». Stigmatisant « une injustice éloquente », il pointe les responsabilités et dénonce : « Comment peut-on croire encore à l’impartialité de la justice lorsqu’un procureur de la République et le doyen des juges sélectionnent par tonalité les dossiers explosifs et toxiques à classer sans suite, ceux qui doivent impérativement rester occultés au fond d’un tiroir poussiéreux, et ceux qui seront avortés lors de la plaidoirie en octroyant comme verdict : l’acquittement pour les affairistes engagés ? ». Et de lâcher : « On finit pas ne plus croire en la justice ! ».
 
Une terre ennemie
Pour Jean-François Bernardini, les évènements de Centuri nous interpellent tous. « La bonne nouvelle, c’est de savoir que des gens comme le maire de Centuri existe. Dans leur honnêteté, dans leur intégrité, ils nous rendent le désir de vivre ensemble dans une société juste. Lorsqu’un homme se lève pour dire la vérité… il ouvre un chemin salutaire et exemplaire pour le peuple, nous invitant à questionner haut et fort ce qui ne marche pas… La Corse a urgemment besoin d’une place publique saine avec des repères de vérité, un horizon et un Etat de droit qui fonctionne ». Avec des mots très forts, il précise que l’île souffre d’un manque de décryptage : « On passe de fait divers en fait divers, d’un incendie à des pressions, des menaces, des intimidations… On a beaucoup de mal à faire le lien entre tous ça. Si on le fait, on se rend compte que, dans notre société, il y a une vraie logique, un système et une chape de peur qui, avec l’impunité, les institutions qui restent en retrait, et la non-élucidation, sont une menace collective. La peur, le silence et le fait de rester spectateur font mourir la justice. L’ennemi est intérieur. Bien souvent en Corse, sans le savoir, on est en terre ennemie ! ». Et de conclure : « On aurait presque envie de porter un brassard noir, celui du deuil de l’Etat de droit, un deuil qui ronge la paix et la démocratie. En terre de Corse, ce sont les justes qui dorment mal, mais ils s’éveillent, se lèvent et se mettent ensemble. Voilà ce que nous devons construire ».
 
N.M.
 

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