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Centre des déchets de Tallone : A sept jours de la fermeture, la polémique gronde !


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 17 Juin 2015 à 21:40 | Modifié le Mercredi 17 Juin 2015 - 21:44


Le 24 juin, le centre d’enfouissement de Tallone 1 fermera ses portes, laissant en plan les 150 utilisateurs du site, représentant 80 000 tonnes de déchets enfouis par an. Le président du Syvadec, François Tatti, fait voter, le 26 mai à l’Assemblée de Corse (CTC), une motion demandant une dérogation à la Loi Littoral pour construire, sur le site, une unité mécano-biologique. Seuls, les 15 élus nationalistes votent contre, la dérogation n’étant pas recevable. Une association de défense de l’environnement attaque le permis de construire. Le maire de Tallone, démuni, renvoie chacun face à ses responsabilités. Le préfet décide d’acheminer les déchets sur les décharges existantes, déclenchant l’émotion et, parfois, le refus des communes concernées qui menacent de faire blocage. Une réunion d’urgence pourrait se tenir à la CTC, en marge de la session des 25 et 26 juin. Explications, pour Corse Net Infos, de Saveriu Luciani, conseiller territorial Femu a Corsica, vice-président de la communauté de communes Fiumorbu-Castellu et membre de l’Exécutif du PNC (Partitu di a nazione corsa).


Saveriu Luciani, Conseiller territorial Femu a Corsica, Vice-président de la communauté de communes Fiumorbu-Castellu et membre de l’Exécutif du PNC (Partitu di a nazione corsa).
Saveriu Luciani, Conseiller territorial Femu a Corsica, Vice-président de la communauté de communes Fiumorbu-Castellu et membre de l’Exécutif du PNC (Partitu di a nazione corsa).
- Pourquoi, à la dernière session de la CTC, les Nationalistes ont-ils voté contre la motion de François Tatti ?
- La motion est proprement irrecevable ! Nous nous y sommes opposés vivement parce qu’elle constitue une grave menace pour les fondements mêmes de la Loi Littoral. Au prétexte d’une dérogation pouvant permettre, dans l’urgence, la construction d’un bâtiment abritant un tri mécano-biologique, on ouvre la boite de Pandore, sans la moindre étude sur les conséquences potentielles à l’échelle du territoire. De toute évidence, cette manœuvre révèle un défaut d’anticipation fort dommageable. Elus et Administration connaissaient pourtant très bien la date d’échéance. Pourquoi, confrontés à la fermeture du centre d’enfouissement de Tallone 1, le 24 juin prochain, faudrait-il donc déroger à la loi, à l'échelle française, pour ce seul projet de construction ?
 
- Cette demande de dérogation est portée par les groupes de droite et de gauche. Cela vous étonne-t-il ?
- Comment ne pas s’étonner de voir la classe politique dite « traditionnelle » soutenir, jusqu’au Palais Bourbon, cette demande de dérogation à la Loi Littoral ?  Nous avons pris nos responsabilités pour dire notre total désaccord et ne pas laisser faire n’importe quoi, au moment où l'enquête publique sur le PADDUC va bon train, et où nous bataillons pour préserver les espaces agricoles voués à assurer, à l'horizon 2040, une autonomie alimentaire pour notre île.
 
- Quelles seront les conséquences de la fermeture de Tallone ?
- Elles sont liées à la gestion du problème posé par cette fermeture, vraisemblablement temporaire, à la veille de la saison estivale, et au devenir des 80 000 tonnes de déchets, soit environ 50% des déchets générés chaque année dans l’ile. En toute logique, la première conséquence sera, de facto, l’augmentation significative du stockage dans les autres centres, en premier lieu à Prunelli di Fiumorbu – qui reçoit déjà les déchets ajacciens -, mais aussi à Vicu et Vighjaneddu où un nouveau casier a été ouvert. Sans autre perspective sur un temps long, il est clair que la situation devient préoccupante. Tous les élus de la Communauté de communes du Fiumorbu-Castellu s’en sont logiquement émus et se sont adressés au Préfet pour s’opposer à cet état de fait subi. Nous comprenons et partageons cette réaction, même si elle ne peut constituer, à terme, une fin en soi. 
 
- Ces élus sont-ils opposés au transfert des déchets dans leurs centres ? Pourquoi ?
- Il leur faudrait répondre à l’urgence, c'est-à-dire enfouir sur les trois sites les 25 000 tonnes d'ordures de la saison estivale. Dans ce schéma de répartition inégale, le CET (Centre d’enfouissement technique) de Prunelli di Fiumorbu devrait absorber, à lui seul, 75% du total. Si la situation n’évolue pas, ce site, qui dispose, aujourd’hui, d’une autorisation de traiter 40 000 tonnes de déchets par an, pourrait donc passer à 100 000 tonnes. Ce site deviendrait la grande poubelle de la Corse ! Ce serait un paradoxe, alors que la Communauté de Communes de Fiumorbu Castellu  a mis en place un tri sélectif qui permet de réduire sensiblement le tonnage enfoui (5000 tonnes/année).
 
- Comment faire si on ne délocalise pas les déchets ?
- Aujourd’hui, la problématique ne peut se résumer à une histoire de délocalisation par défaut, temporaire, sur Prunelli, Vighjaneddu ou Vicu, même si nous souscrivons à la requête des élus locaux sur la réquisition par défaut du site de Prunelli. Notre position ne vise en aucun cas à bloquer une situation bien mal engagée, mais, au contraire, à refuser de voir se poursuivre aveuglément cette politique du coup par coup sans tirer la sonnette d’alarme.  Surtout quand la Corse continue d'enfouir près de 90% des déchets non triés, et que, jour après jour, la Plaine orientale devient quasiment la poubelle de la Corse ! Aussi allons-nous barrer la route, le matin du 24 juin prochain, à Prunelli ! Ce sera, certes, un acte symbolique fort pour marquer un refus, mais c’est la Corse toute entière qui attend une solution pérenne à la question cruciale de la gestion des déchets.         
 
-  A travers Tallone, dénoncez-vous un problème plus global sur la gestion des déchets ?
- Oui ! Sur un plan général, nous subissons « l’urgence », sans perspectives de gestion raisonnée, organisée et durable des déchets, si ce n'est des trous que l'on remplit et que l'on bouche au fur et à mesure et au gré des arrêtés préfectoraux ! La Corse ne trie toujours pas plus de 10% de ses déchets – même si on nous annonce 15% ! - , sur un total avoisinant les 200 000 tonnes annuelles. Nous attendons, depuis des années, un véritable plan de gestion des déchets qui, ce n’est pas faute de le répéter, traine en longueur !
 
- Ce plan n’existe-il pas déjà ?
- Oui ! Il a été approuvé en janvier 2014 et mis à l’enquête publique un an après. Il devrait revenir devant l’Assemblée en juillet  pour un vote définitif. A l’époque, Femu a Corsica avait déposé des amendements – malheureusement rejetés - visant à positionner les installations de tri « au plus près des gisements », c’est-à-dire à proximité immédiate des grands centres urbains. Nous avions, quand même, voté ce Plan, notamment parce que nous avions réussi à y intégrer un catalogue de mesures de prévention importantes (prétraitements, compostage, etc.) et d’opérations possibles à mettre en œuvre de façon décentralisée.
 
- Le tri des déchets serait-il véritablement une solution ?
- Oui ! La solution est de diminuer drastiquement les ordures ménagères en amont en mettant progressivement en place le tri des bio-déchets qui représentent près de 30% du total. Réaliser des systèmes « sur mesure » adaptés localement à chaque territoire est un défi possible, tout comme l’amélioration du tri sélectif, par une politique volontaire : ramassage des déchets triés au porte à porte, animateurs des déchets, démarchage dans les entreprises, les collectivités, etc...
 
- Pourquoi ce tri n’est-il, donc, pas mis en place ?
- Il faut une prise de conscience au niveau territorial. Il est grand temps d'inverser le processus mortifère et de copier les bons exemples. Ceux-ci sont très proches, notamment en Toscane. La ville de Capannori, par exemple, dans la province de Lucca (45.000 habitants), a, en quelques années, atteint des niveaux de tri exceptionnels, et, par la-même, réalisé des économies phénoménales. Pourquoi pas en Corse ? Face au défi environnemental et sociétal, notre réponse ne peut être, ni mécanique, ni technique. Elle doit être un choix politique, pédagogique, clair, raisonné et déterminé qui implique l’engagement de tous, au nom des intérêts collectifs du Peuple Corse et de sa Terre !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 




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