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Campile : L’union sacrée des maires contre l’intercommunalité à marche forcée


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 31 Août 2014 à 20:31 | Modifié le Lundi 1 Septembre 2014 - 01:50


Pari réussi pour Jean-Marie Vecchioni ! Le maire de Campile, qui, entouré de ses confrères de l’Alta-di-Casacconi, se bat désespérément pour quitter l'intercommunalité de Marana-Golo, trop onéreuse pour les villages de l’intérieur, a réuni, samedi soir, sur la place de l’Eglise, près de 300 personnes et une pléiade d’élus pour soutenir sa cause. Une manifestation à l’intention du Préfet de Haute-Corse qui refuse la création d’une petite intercommunalité de l’intérieur, craignant qu’elle ne fasse boule de neige, tant le mécontentement des territoires ruraux est grand. Réactions de quelques élus présents.


De nombreux élus réunis pour soutenir Jean-Marie Vecchioni, maire de Campile.
De nombreux élus réunis pour soutenir Jean-Marie Vecchioni, maire de Campile.
C’est une démonstration de force et de détermination qu’a voulu donner Jean-Marie Vecchioni, samedi soir, à Campile. C’est également, dit-il, le cri de survie de l’intérieur. A voir le nombre de maires et d’élus ruraux, souvent des jeunes élus, qui ont répondu présents, c’est aussi un grand coup de pied dans la fourmilière de ces intercommunalités à grande échelle, imposées sur des formats et des critères inadaptés à la géographie et à la ruralité corses, et qui finissent par aggraver lourdement les maux qu’elles sont censées soigner ! Les maires ruraux, qui font front à Campile, ne refusent pas l’intercommunalité, mais le manque de cohérence d’un découpage imposé par l’Etat « à coups de crayon » et le manque de solidarité des communes riches accusées de vampiriser les investissements et de récolter tous les acquis de la fusion des territoires.
 
Une pléiade d’élus
Autour de Jean-Marie Vecchioni, des élus de toute la Haute Corse : Joseph Castelli, président du Conseil général de Haute-Corse, Pierre-Marie Mancini, président de l’association des maires 2B et maire de Costa, Jean-Félix Acquaviva, maire de Lozzi et président de l’association des élus de montagne, Jacques Costa, maire de Moltifao et président du Parc régional, Pierre Guidoni, maire et conseiller général de Calenzana, François Orlandi, maire de Tomino et conseiller général du canton de Capu-Biancu, Paul-Antoine Paolantoni, maire de Bisinchi, Benoit Bruzi, maire de Vescovato, Attilius Ceccaldi, maire de Lama, Jean-François Poli, maire de Speloncato, etc… Mais aussi, Emmanuelle de Gentili, 1ère adjointe à la mairie de Bastia, représentant le maire Gilles Simeoni, et les conseillers territoriaux de Femu a Corsica : Jean-Christophe Angelini, Hyacinthe Vanni, Saveriu Luciani et Fabianna Giovannini.
 
Aucun intérêt !
Le maire de Campile commence par rappeler le combat qu’il a engagé depuis 18 mois : « 18 mois de courriers, 18 mois de réunions, 18 mois d’entrevues avec les différents préfets, 18 mois d’énergie dépensée alors qu’elle nous aurait été plus utile au service de nos communes respectives. 18 mois pour aboutir, aujourd’hui, à une impasse », résume-t-il. Alors qu’il était, comme ses voisins, volontaire pour intégrer l’intercommunalité de Marana-Golo, il se rend « vite compte que ce n’est pas en additionnant sur une carte, étalée sur un bureau, des territoires si différents entre-eux qu’on arrive à en créer un qui soit uniforme et cohérent. Les compétences exercées ne nous correspondaient pas ». Il oppose à la compétence de l’entretien des aménagements des plages de la Marana, des zones industrielles, artisanales et commerciales ou de la voirie du cordon lagunaire exercée par l’intercommunalité à celle, non prise en compte, du Golu, « notre seul patrimoine commun ». De là, ajoute-t-il, « Nous avons fait le constat commun que des communes pauvres comme la nôtre n’ont aucun intérêt à s’allier à des communes riches tant que la loi ne les obligera pas à partager leurs richesses et à être solidaires ».
 
Défendre l’intérieur
Rappelant qu’il a été élu maire pour défendre sa commune et ses habitants et qu’il a renoncé, pour cela, à la vice-présidence de l’intercommunalité et aux indemnités de fonction liées, il fustige une fiscalité, « uniquement basée sur les ménages alors qu’elle abrite une des plus grosses zones économiques de Haute-Corse avec, notamment, la centrale de Lucciana et l’aéroport de Poretta ». Il revendique « avec mes amis maires, la liberté de choix de l’intercommunalité à laquelle seront rattachées nos communes… une intercommunalité cohérente tant au niveau géographique, social et économique afin que le seul critère ne soit pas le seuil de population, mais des besoins identifiés et communs. La rationalisation et la mutualisation des moyens ne sont que des concepts vains quand on veut les utiliser dans des structures mal pensées. Plutôt que de vouloir à tous prix et à marche forcée uniformiser nos territoires, servons-nous de nos particularités pour en faire des atouts et des richesses ».
 
La double peine
Il interpelle le Préfet de Haute-Corse sur la « cohabitation impossible » entre des acteurs dont « les besoins et les enjeux sont totalement différents ». Il lui demande de ne plus « botter en touche » et de prendre en compte les besoins des villages de montagne qui « ne sont pas des entités vides, des personnes y vivent, y travaillent et s’y déplacent malgré tous les handicaps qu’elles doivent supporter. Et ne peuvent, en plus, subir cet appauvrissement avec ce matraquage fiscal. C’est le principe de la double peine ! La réalité de l’intercommunalité dans laquelle vous vous entêtez à vouloir nous maintenir, c’est plus de 20% d’augmentation sur les taxes d’habitation et foncière, c’est 75000 € prélevés sur les contribuables des 6 communes sans aucune retombée, ni rien en retour ! Votre devoir est de préserver pour ces personnes un cadre de vie acceptable à tous points de vue ». Estimant qu’il ne peut y avoir de salut dans le statuquo, il plaide pour la création d’une communauté de six communes de petite taille. Ce que le Préfet refuse après l’avoir, dans un premier temps, accepté ! Arguant que ce projet est incompatible avec la réforme territoriale en cours qui prévoit la création d’entités de 20000 habitants, il tente de gagner du temps et propose un nouveau vote au sein de l’intercommunalité qui a, déjà, par deux fois, accepté le départ des communes frondeuses. Le représentant de l’Etat, pris entre le marteau de la logique administrative et l’enclume de la réalité locale, craint que lâcher du lest ne fasse tâche d’huile et ne réveille d’autres envies latentes. Mais les maires du Golu, comme leurs concitoyens, sont déterminés à obtenir gain de cause. Affaire à suivre…
 
N.M.

Pierre Guidoni, Pierre-Marie Mancini, Paul-Antoine Paolantoni..
Pierre Guidoni, Pierre-Marie Mancini, Paul-Antoine Paolantoni..
Des élus expliquent leur soutien au combat des maires de l’intérieur

Pierre-Marie Mancini, président de l’association des maires 2B et maire de Costa :
« Le problème, que soulève Jean-Marie, est celui de la création d’intercommunalités entre des communes dites riches et des petites communes comme les nôtres qui ont peu de moyens, peu de ressources. Nos communes se retrouvent souvent confrontées à des problèmes assez difficiles que l’on règle toujours de façon efficace pour les populations et avec abnégation. Quand on commence à éloigner le pouvoir des communes, il nous devient difficile d’intervenir. Une logique d’Etat nous impose, aujourd’hui, des communautés de communes avec des seuils énormes de population, particulièrement sur notre île qui comporte une majorité de territoire rural. Il est désolant de voir ces territoires ruraux être considérés comme des pions pour construire des entités qui ne sont pas en adéquation avec nos territoires. Un exemple : celui du découpage des cantons selon un critère démographique avec des cantons énormes et des territoires sous-représentés. Nous suivons le même chemin avec l’intercommunalité. Nous avons besoin, non de critères de nombre, mais de critères de terrain, de territoire et de besoins. Les six communes du Golu ont besoin de gérer leurs territoires et seront plus à même de le faire sur le territoire qu’elles souhaitent et non sur celui qu’on veut leur imposer ».
 
Paul-Antoine Paolantoni, maire de Bisinchi :
« Ce genre d’intercommunalité est la chronique d’une mort annoncée du monde rural et des petits villages. Cette manifestation, aujourd’hui, n’est qu’un début, pas une fin en soi. La lutte ne fait que commencer. Si nous n’obtenons pas la création de l’intercommunalité que nous voulons, nos villages seront amenés à disparaître. La pression fiscale y devient tellement forte que les habitants partent. La taxe sur les ordures ménagères a été doublée, voir triplée. L’assainissement sera, également, multiplié par 2 ou 3. Dans nos communes, le niveau des pensions est très faible, des personnes vivent au-dessous du seuil de pauvreté… Il faut prendre en main la destinée du monde rural. Tout le monde parle de sauver l’intérieur, mais, en réalité, tout doucement on meurt. »
 

Attilius Ceccaldi, maire de Lama :
« Je suis présent à Campile, d’abord, par amitié pour Jean-Marie qui est un élu honnête et courageux. Je pense, aussi, qu’il faut l’encourager dans sa démarche parce qu’il a raison. Les intercommunalités sont sûrement l’avenir de la Corse, mais à la condition que les communes riches soient solidaires des communes pauvres, pas l’inverse ! Il n’est pas normal que l’on fasse encore payer aux contribuables des services qui étaient déjà rendus avant, qu’ils ne payaient pas ou payaient différemment. On crée des impôts supplémentaires. La taxation profite aux communes riches. Si celles-ci ne jouent pas le jeu de la solidarité, on ne pourra pas s’en sortir ! Il n’y a aucun intérêt à créer une communauté de communes pour handicaper encore plus le rural qui est déjà bien assez handicapé comme ça ! Aujourd’hui, chaque fois que nous voulons investir, créer un événement…, il est difficile, pour nous, de trouver les financements. Il faut, autour de Jean-Marie, dire : ça suffit ! Si on veut faire vivre l’intérieur qui est le poumon de la Corse, il faut changer les choses. Si une communauté de communes ne sert qu’à gérer du fonctionnement ou les poubelles, ce n’est qu’un Sivom ! On veut que l’Etat prenne conscience de la situation et n’envoie pas des fonctionnaires ici pour créer des cartographies sans cohérence et sans solidarité avec le rural. Une communauté de communes doit avoir un vrai projet politique, un projet de territoire. Il faut que la plaine serve le Piémont et l’arrière-pays ».

Jean-Christophe Angelini.
Jean-Christophe Angelini.
Jean-Christophe Angelini, président du groupe Femu a Corsica à l’Assemblée de Corse, conseiller municipal et général de Porto-Vecchio :
« Par notre présence, Femu a Corsica est heureux de pouvoir dire l’attachement indéfectible et passionné à la cause défendue à Campile, à un territoire auquel certains d’entre nous ont des attaches fortes, familiales et amicales, à l’idée que la Corse et les territoires ruraux doivent trouver un chemin vers le développement, la cohésion sociale et l’harmonie. Un chemin qui ne soit pas un chemin imposé, mais un chemin défini et voulu par les habitants et les territoires eux-mêmes. Le peuple corse a inventé, collectivement, des territoires pertinents à une époque où on ne parlait même pas d’intercommunalité, un mode d’urbanisation, un rapport au territoire, une façon de l’aménager à l’époque où on ne parlait pas encore de PLU. Parce que cela fonde notre histoire, notre rapport à cette terre et notre façon d’être en général, cela résiste à tous les schémas qu’on voudrait nous imposer. Nous soutenons le combat de Jean-Marie parce qu’il est juste et parce qu’il est aussi un combat pour la Corse toute entière. Ce qui est important, c’est que les Corses, réunis dans la diversité de leurs idées, sont présents, nombreux, et veulent se faire entendre de l’Etat français et d’un Préfet pour qu’ils prennent en compte la voix de la terre, des gens et des Corses. »

Jean-Félix Acquaviva et Emmanuelle de Gentili.
Jean-Félix Acquaviva et Emmanuelle de Gentili.
Jean-Félix Acquaviva, maire de Lozzi et président de l’association des élus de montagne :
« Je suis là en tant qu’élu de montagne. Si le cœur de la Corse meurt, la Corse mourra aussi ! Elle ne pourra plus être la Corse ! Nous sommes à un tournant. La Corse connaît une crise économique sans précédent et une crise des collectivités aggravée par une marche forcée. Le Préfet est en service commandé, dans la recherche d’économie à tous prix et de groupements qui ne correspondent ni à notre cohérence culturelle, ni à notre cohérence territoriale. Ils ne prennent pas en compte nos handicaps en termes de temps de parcours et de densité démographique qui est la plus faible d’Europe. On ne peut que remercier Jean-Marie Vecchioni d’avoir donné un coup de pied dans la fourmilière. Le cas de Campile est le cas du Niolu, de la Castagniccia, de l’Orezza… Il n’est pas possible d’accepter des hausses d’imposition pour assurer la survie sans moyens de développement, dans un regroupement intercommunal qui ne fait qu’accélérer la fracture territoriale et sociale ! Il est temps que l’Assemblée de Corse se saisisse du problème, lors d’une session spéciale ».

Emmanuelle de Gentili, 1ère adjointe à la mairie de Bastia, représentant le maire Gilles Simeoni : « Il est important, pour la nouvelle majorité municipale de Bastia, d’être présente à Campile parce qu’il ne faut pas opposer le rural et l’urbain. La cohésion et la solidarité de l’ensemble des territoires sont indispensables pour obtenir un développement homogène de la Corse. Bastia regarde de près tout ce qui se passe dans les territoires ruraux. Il est important de travailler à reconfigurer l’intercommunalité de manière plus cohérente avec l’expérience que peuvent avoir la population et les élus locaux. Il est dommageable d’en arriver à cette mobilisation d’aujourd’hui pour tenter de faire bouger les choses alors que nous avons signalé que des territoires aussi fragiles pouvaient se retrouver en difficulté ramenés à des territoires très riches. On voit bien que les communes de l’intérieur ont plus de facilité à travailler avec les communes de Casinca, d’Orezza-Ampugnani… plutôt qu’avec Borgo. Il faut mettre ensemble des communes qui peuvent travailler dans le même sens avec les mêmes objectifs pour avoir des territoires pertinents et cohérents. En même temps, on ne pourra plus aller vers des intercommunalités microscopiques, le regroupement de communes doit avoir une dimension suffisante par rapport aux autres intercommunalités et à la démarche nationale institutionnelle pour concevoir des projets et trouver des financements importants. En ce qui nous concerne, le bassin de vie bastiais va bien au-delà de la communauté d’agglomération (CAB). Il sera nécessaire, dans un avenir proche, d’avoir une cohérence pour gérer les transports, l’urbanisme, les déchets dans la zone d’influence de Bastia qui va jusqu’à Casamozza. Nous allons œuvrer pour ramener à terme plus de communes au sein de la CAB et travailler sur le bassin de vie, l’expérience et les habitudes des populations ».

François Orlandi.
François Orlandi.
François Orlandi, maire de Tomino et conseiller général du canton de Capu-Biancu :
« Jean-Marie Vecchioni a tout dit pour défendre son territoire et la ruralité. Aujourd’hui, on focalise sur le gros problème de la communauté des communes créée contre les intérêts et l’avis d’un certain nombre d’élus et d’une grande partie de la population. Il y a la nécessité de porter une réflexion, un regard nouveau sur la construction de la Corse et d’une intercommunalité qui ne doit pas se développer de manière dogmatique, comme cela a été fait, mais de manière consensuelle. Si la communauté de communes du Cap Corse a relativement bien fonctionné, si elle n’a pas connu les heurts dénoncés aujourd’hui, c’est qu’elle regroupe des communes surtout rurales et un peu péri-urbaines qui partagent les mêmes valeurs et les mêmes intérêts. Ici, on demande aux communes de partager les charges sans y trouver leur compte en retour. C’est le risque de dysfonctionnement auquel seront confrontés les nouveaux territoires s’ils ne sont pas construits dans la concertation. Les populations, qui y vivent dans des conditions difficiles, sont en droit d’attendre des services qui ne sont pas au rendez-vous. C’est inéquitable ! Cette mobilisation révèle la prise en compte de cette problématique. Elle est indispensable pour l’avenir. Si nous voulons faire progresser la Corse et sauver la ruralité, cela ne pourra pas se faire sans la solidarité des élus, des institutions et sans l’adhésion de la population. »
 
Propos recueillis par Nicole MARI





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