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CTC : Une nouvelle politique de gestion des déchets pour enfin sortir de la crise


Rédigé par le Jeudi 28 Janvier 2016 à 22:43 | Modifié le Mardi 16 Février 2016 - 13:43


Ce jeudi matin, au cours de la session de l’Assemblée de Corse, la présidente de l’Office de l’Environnement de la Corse, Agnès Simonpietri, a présenté aux conseillers territoriaux la feuille de route relative à la mise en œuvre d’une nouvelle politique de gestion des déchets qui sera appliquée au cours des six prochains mois. Un système qui base essentiellement sur le tri à la source et qui se veut réduire l’enfouissement et laisser sur la touche le recours à l’incinération, au profit du recyclage


CTC : Une nouvelle politique de gestion des déchets pour enfin sortir de la crise
La question des déchets était de nouveau au programme de la session de l’Assemblée de Corse, ce jeudi matin. Comme annoncé lors de la première session de la nouvelle mandature, la présidente de l’Office de l’Environnement de la Corse (OEC), Agnès Simonpietri,  a présenté une feuille de route pour la mise en œuvre d’une nouvelle politique de gestion des déchets, qui sera déclinée dans les six prochains mois.  Un rapport sans vote qui est venu détailler objectifs, méthode, mais aussi calendrier de la mise en application de cette nouvelle politique qui a pour but affiché d’en finir avec un modèle de gestion « mortifère », et de facto de faire sortir la Corse des crises à répétition. « La crise est à un tel degré que des décisions rapides et exceptionnelles doivent être prises », a lancé Agnès Simonpietri avant de s’attacher à développer son argumentaire.  
 
Pour sortir l’île de cette spirale infernale, la conseillère exécutive entend en effet opérer une « révolution » en faisant de la collecte la clef de voute du traitement des déchets : « Notre objectif est d’écarter progressivement de  l’enfouissement tous les déchets valorisables. Cet objectif est parfaitement réalisable, puisqu’il a été réalisé dans de nombreuses régions d’Europe, notamment dans le Nord de l’Italie où des régions entières atteignent des taux de recyclage dépassant 65 % et pouvant aller jusqu’à 87 %, comme la région de Trévise !  On ne parle pas d’expérimentations mais de systèmes validés, généralisés, efficaces à moindre coût, dans des configurations qui sont proches des nôtres », a-t-elle affirmé.
 
Quatre points à travailler pour opérer un véritable changement dans la gestion des déchets
Dans les prochains mois, quatre points essentiels pour opérer ce changement seront ainsi travaillé, à commencer, donc, par le mode de collecte : « Il faut passer de la collecte du tout venant avec tri par apport volontaire à des collectes séparatives au plus près des usagers, en porte à porte », a-t-elle expliqué.
Plus loin, elle a également insisté sur l’importance d’instaurer une « incitation financière récompensant le geste de tri selon le principe « plus on trie, moins on paie » ».
« Il faut mettre en place un traitement des déchets au plus près des gisements pour éviter les transports  et en parallèle le développement de filières locales de recyclage si les tonnages sont suffisants », a-t-elle poursuivi avant de conclure en insistant sur l’intérêt de mettre sur pied une « politique de prévention en amont » en évoquant notamment l’opportunité d’une « éco-conception des produits locaux ».
 
L’Assemblée de Corse aux côtés des élus locaux
Pour opérer ce changement, plus que de définir les orientations, l’Assemblée de Corse par le biais de l’OEC, entend être aux côtés des collectivités locales en charge de la collecte et les accompagner aussi bien au point de vue technique que financier, notamment grâce à un « mode d’emploi » qui leur permettra de mieux appréhender la mise en place du nouveau modèle de collecte, mais aussi grâce à des cofinancements nécessaires à la réalisation des projets, en collaboration avec l’Ademe.
 
Au niveau timing, la présidente de l’OEC a par ailleurs précisé qu’elle entendait voir la mise en place de cette nouvelle politique de gestion des déchets dans un calendrier « particulièrement ambitieux » qui a pour ambition « d’enclencher un changement radical et irréversible du mode de traitement des déchets dans les 6 mois à venir ».
 

CTC : Une nouvelle politique de gestion des déchets pour enfin sortir de la crise
La question de l’incinération remise sur la table par la droite et le Front National
Au terme de la présentation du rapport de la présidente de l’OEC, chaque groupe a été invité à s’exprimer sur le sujet. Et c’est le Front National, par la voix de René Cordoliani, qui a attaqué les débats en resservant la vieille marotte de la solution de l’incinération, ou plutôt de la « thermo-valorisation », différence sur laquelle le conseiller territorial du parti d’extrême droite a tenu à insister. « Les déchets sont une richesse totalement inexploitée en Corse », a-t-il argué en évoquant le fait que d’autres pays européens tirent de l’énergie des déchets incinérés et taclant au passage le choix de l’enfouissement « qui revient à mettre la poussière sous le tapis ».
 
A son appui, il a alors pris l’exemple de Monaco qui « produit de l’énergie en se débarrassant de ses déchets ». Se lançant dans un véritable plaidoyer pour la thermo-valorisation, il a tenté de rabattre en brèche tous les arguments habituellement avancés à l’encontre de cette solution, grâce à l’exemple monégasque. Du point de vue visuel ? « L’usine de traitement des déchets est un immeuble où on pourrait avoir envie d’acheter un appartement ». Du point de vue olfactif? « Un pays comme Monaco qui vit du tourisme ne peut pas s’amuser à balancer des odeurs et des fumées. Grâce à des traitements, les odeurs et les fumées sont éliminées au fur et à mesure ». Quid de la question de l’émission de CO2 ? « On peut avoir l’obsession du CO2 mais à condition que nous arrêtions tous de respirer. En ce moment même on émet des litres et des litres de CO2 dans l’atmosphère », a-t-il sarcastiquement conclu.
 
Moins tranché, Camille de Rocca Serra, pour le groupe Le Rassemblement, priera à son tour l’OEC de ne pas écarter la solution de la thermo-valorisation. « J’ai lu aujourd’hui un article sur l’archéologie. J’espère que nos successeurs n’aurons pas nos déchets pour vestiges », a-t-il glissé avec une pointe d’ironie.  « Nous sommes prêts à relever ce défi avec vous mais n’écartez pas la solution de la thermo-valorisation » a-t-il renchérit à l’intention de l’Exécutif, soulignant la compatibilité de la solution avec le tri et la fiscalité incitative.
 
La gauche et les nationalistes vent debout contre l’incinération
Des interventions que la présidente de l’OEC avait anticipé en rappelant les raisons du choix opéré sous la mandature précédente de tourner le dos au traitement thermique des déchets : « Dans l’opinion comme dans cette Assemblée, certains pensent que le « feu purificateur » peut « éliminer » d’un coup de baguette magique tous nos déchets, mais l’incinération n’est pas une solution pertinente à nos problèmes », s’est-elle agacée avant de détailler toutes les doléances qui font qu’elle entend pour sa part opposer définitivement une fin de non recevoir à cette possibilité . « Plus de 80 % de notre poubelle est réutilisable ou recyclable », a-t-elle avancé en premier lieu, avant d’évoquer le coût exorbitant de cette solution de gestion des déchets : « Les incinérateurs sont très rentables, oui : pour les opérateurs, pas pour les contribuables ! ». « Sur le plan sanitaire, la combustion des plastiques produits des dioxines : s’il est exact que les incinérateurs récents émettent aujourd'hui 10 fois moins de dioxine que les anciens, on a découvert entre temps que la dioxine est 100 fois plus toxique que ce que l'on pensait autrefois », a-t-elle insisté avant de sortir sa dernière carte : « En outre, les incinérateurs ne nous débarrassent pas des décharges, au contraire : pour 100 tonnes de déchets brûlés, il faut en enfouir au moins 30 en décharge, sous forme de mâchefers chargés en dioxines, en métaux lourds de toute sorte ».
 
C’est une vraie pluie d’arguments anti-incinérateur que les conseillers territoriaux de droite et d’extrême droite ont donc du essuyé de la part de la présidente de l’OEC, qui a été renforcée dans sa position par Petr’Anto Tomasi pour Corsica Libera, et Maria Guidicelli pour Prima a Corsica, clairement positionnés, sans surprise, contre tout recours à ce mode de gestion.
 
Le sentiment de Maria Guidicelli
La conseillère exécutive sortante de Prima a Corsica n’en a pour le moins épargné la présentation de ce rapport. Au cours d’une longue allocution elle a taclé des objectifs et un calendrier « peu ambitieux » qui ne feraient que reprendre le plan d’élimination des déchets voté à l’Assemblée de Corse en juillet dernier. Elle a également déploré le manque de réponse claire de l’Exécutif sur la localisation d’équipement de traitement des déchets qui se pose comme un problème immédiat et qui ne manque pas de susciter une farouche opposition des habitants.
 
Ecoutez ses explications en vidéo : 

Le calendrier
 
Janvier-février
Présentation à l’Assemblée de Corse des orientations générales
Rencontre avec les collectivités de toute la Corse pour identifier les difficultés, mettre en commun les expériences existantes et exposer la feuille de route.
Renforcement en interne des moyens de l’office de l’environnement, et mise en place d’un groupe d’experts praticiens des déchets.
 
Jusqu’à fin avril
Réalisation d’un inventaire des « systèmes qui fonctionnent », tant sur le continent  que dans les régions frontalières (Toscane, Sardaigne notamment) – évaluation à la lumière de la problématique corse.
Mise en place de partenariats avec des communes et réseaux  pouvant apporter leur expertise, notamment en Alsace, en Toscane, en Sardaigne, et particulièrement avec le réseau Zero Rifiuti en Italie.
Déplacement éventuel avec des élus sur 1 ou 2 sites caractéristiques.
Réalisation d’un bilan des expériences en cours en Corse (collectivités locales, entreprises), mutualisation et mise en réseau des partenaires.
Elaboration d’une méthodologie à destination des collectivités locales en charge des collectes
Appel à projet auprès des communes, intercommunalités, entreprises, associations volontaires pour  mener dès à présent des expérimentations
Lancement du travail sur la fiscalité incitative
Mise en place du tri sélectif à la CTC
 
Avril
Etats généraux des déchets pour présenter les résultats, les outils retenus et le plan d'action
 
Mai
Présentation du rapport final à l’Assemblée de Corse
Début de la mise en œuvre
 
Manon PERELLI



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