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CTC : L'hommage de Femu A Corsica à Antoine Sollacaro


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 9 Novembre 2012 à 15:20 | Modifié le Samedi 10 Novembre 2012 - 01:37


A la suite de l'intervention de Dominique Bucchini sur la violence et les récents assassinats, jeudi à l'Assemblée de Corse, le groupe Femu A Corsica, par la voix de son président Jean-Christophe Angelini, a rendu un hommage solennel à Antoine Sollacaro et a plaidé pour une justice équitable. Tous les groupes politiques étaient présents dans l'hémicycle, à l'exception de la Gauche Républicaine.


CTC : L'hommage de Femu A Corsica à Antoine Sollacaro
Voici son intervention.
 
" Ce ne sont pas seulement les liens d’amitié que nous cultivions avec cet homme qui me font prendre la parole aujourd’hui. L’assassinat d’Antoine Sollacaro, qui intervientdans un contexte particulièrement troublé de notre histoire, est un nouveau signe de la folie des hommes, et du mal être qui rongent inexorablement notre société. Il nous interpelle collectivement, en tant que citoyens, et en tant qu’élus.
L’hommage rendu au militant des libertés publiques, à l’avocat, à l’homme, a donc toute sa place dans cet hémicycle, après celui de sa corporation, de la Ligue des Droits de l’Homme, de dizaines d’organisations syndicales, associatives et politiques, de simples citoyens, de la Corse plurielle, et en l’occurrence rassemblée dans son rejet des violences et des règlements de comptes.
Je voudrais rappeler, brièvement, quelques extraits de l’intervention publique du Barreau d’Aiacciu, réuni en Assemblée Générale Solennelle suite au meurtre d’Antoine.
 
« Antoine Sollacaro était un Avocat, notre Confrère, notre Ami, Il avait été notre Bâtonnier.
C’était une figure de ce Barreau, depuis plus de trente ans. C’était un professionnel aguerri, consciencieux, talentueux, certainement le meilleur de nous tous. Il était courageux, toujours prompt à dénoncer l’injustice, à défendre bec et ongle les droits de l’homme. Son assassinat est insupportable à l’ensemble de sa profession. Il est lâche et s’inscrit dans l’escalade et la folie meurtrière qui ensanglantent la Corse. Nous sommes anéantis parce qu’Antoine Sollacaro, nous l’appréciions en tant que professionnel et en tant qu’homme. Il était doté de qualités humaines unanimement reconnues. Nous ne sommes cependant pas dupes, celui qu’on voulait atteindre ce n’était pas l’homme, mais Antoine Sollacaro l’Avocat. A travers les faits dont il a été victime, c’est la voix libre d’un avocat qu’on a voulu museler. »
 
La mort d’un homme nous interroge naturellement tous. L’assassinat d’un avocat, analysé en ces termes par ses propres confrères, doit nous porter plus loin encore. Il doit nous conduire à imaginer et à façonner, avec davantage d’exigence et en même temps, une égale sérénité, une société résolument nouvelle, et radicalement étrangère à pareilles dérives. Cette Corse apaisée, ouverte, tournée vers l’avenir pourra émerger de nos débats à la condition qu’une justice véritable, au service de l’ensemble de nos concitoyens, s’installe enfin.
 
Le bâtonnier Sollacaro fut parmi les premiers à dénoncer les effets liberticides des situations d’exception, de la Cour de sûreté de l’état aux Cours d’Assises spécialement composées, jusqu’aux juridictions interrégionales, et à la fameuse période « Bonnet », dont chacun ici se souvient. Le droit « équitable » auquel il se référait sans cesse ; le droit ordinaire, celui qui garantit un équilibre des forces, qui maintient à leur juste place tous les intervenants judiciaires, qui consacre comme autant de principes inviolables l’ égalité des armes, l’instruction à charge et à décharge, la séparation entre parquet et instruction et/ou juridiction de jugement, le respect scrupuleux de la présomption d’innocence doit être notre unique référence, notre seul modèle. En revanche, les gardes à vue abusives et l’éloignement géographique des prévenus, l’instrumentalisation de certains médias, que l’on charge de répandre des rumeurs, bien plus que des faits avérés, la proximité institutionnalisée entre parquet et magistrats, les investigations et mises en examen fondées sur des « renseignements officieux » ou des « témoignages sous x » sont à l’opposé de nos aspirations partagées à une justice équitable. Car après quatre décennies, ponctuées par des centaines d’assassinats, et particulièrement depuis la création des Juridictions spécialisées, quel taux d’élucidation peut être sérieusement affiché ? A quand, le bilan objectif de ces années de plomb, d’un point de vue judiciaire et policier ? A combien de manipulations, de stratégies perverses, de « pourrissements » organisés avons nous assisté, la plupart du temps sans même le savoir ?
 
Aujourd’hui, une nouvelle fois, nous nous inclinons et renouvelons à tous les siens nos condoléances émues. Mais nous prenons aussi, comme beaucoup d’entre vous, l’engagement public de perpétuer sa mémoire, de faire vivre son exemple, de prolonger chacun des combats initiés par Antoine pour une société plus humaine. Nous en appelons à la raison, sur une terre où à force de propager rumeurs et fausses informations, le pire s’inscrit dans notre quotidien. Les repères s’effacent et avec eux, les valeurs constitutives de toute démocratie. On en vient même à stigmatiser, aussi, la profession d’avocat. Ainsi, pour une poignée, Antoine aurait été l’avocat d’un « clan » et non pas, selon la mission pour laquelle il prête serment, un participant à l’œuvre de justice, à la recherche de la vérité. Antoine est  aussi mort de cela. Ces heures sombres nous rappellent celles que la corse a trop souvent connues. 
 
Les travaux de la Commission Violence de notre Assemblée, le sursaut de l’ensemble des pouvoirs publics, l’implication constante et résolue de chacun d’entre nous...Tout doit être mis en œuvre pour nous extraire de cette spirale mortifère. Pour Antoine. Pour ceux qui vivent ici, et les générations futures. Pour que les combats menés au nom de la justice et de la démocratie ne demeurent pas vains."
 




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