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CTC : L’assemblée de Corse lance une croisade contre la pauvreté et la précarité


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 30 Septembre 2016 à 20:48 | Modifié le Samedi 1 Octobre 2016 - 03:47


Une stratégie visant à élaborer un plan de lutte contre la pauvreté et la précarité, en concertation avec les acteurs du terrain, a été adoptée lors de la session de l’Assemblée de Corse qui se tenait ce vendredi. Si tous les groupes politiques sont d’accord sur le constat assez sombre effectué par l’INSEE et l’urgence d’agir, des divergences apparaissent sur la feuille de route méthodologique, les délais et les orientations proposées. Un séminaire et un plan d’action sont prévus d’ici à la fin de l’année pour un plan d’action à mettre en œuvre dès le 1er janvier 2017. Le rapport a été voté avec l’abstention du groupe Front de gauche.


CTC : L’assemblée de Corse lance une croisade contre la pauvreté et la précarité
Un Corse sur cinq vit en situation de précarité. Près de 60 000 Corses survivent avec moins de 970 € par mois et la moitié avec moins de 750 €. Le constat effectué par l’INSEE, dans son dernier rapport de juillet, est sans appel. La Corse s’enfonce inexorablement dans la pauvreté ! Le vieillissement de la population, l’augmentation du nombre des familles monoparentales, déjà plus important que la moyenne hexagonale, la crise économique et le fort taux de chômage, qui touche notamment les jeunes, fragilisent jusqu’à la cohésion sociétale avec les effets en chaine d’apparition d’économie parallèle, de malaise social, de dépression, d’élévation du taux de suicide, d’IVG (Interruption volontaire de grossesse)… « La progression de la pauvreté est effarante. Tous les indicateurs sont au rouge. Ce tableau très sombre appelle une réponse de fond et d’envergure. Nous devons dire ensemble que la Corse ne peut pas rester avec 1 personne sur 5 en situation de pauvreté et de précarité. Cela va faire exploser notre modèle social et nous ne l’acceptons pas ! », assène, d’emblée, Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif.
 
Une démarche innovante
S’il s’inscrit dans le droit fil du travail initié depuis deux mandatures et des principes fixés dans la charte annexée au PADDUC (Plan d’aménagement et de développement durable de la Corse), le président de l’Exécutif entend « initier une démarche innovante et qui n’a pas d’équivalent dans les autres territoires. Ce qui existe n’est pas suffisant. Nous devons inventer ensemble des nouvelles pistes d’action ». Fidèle à sa manière d’agir, il suggère, d’abord, d’élaborer une méthode : « Nous ne proposons pas un rapport clé en main, mais une première pierre à partir de laquelle nous fonderons ensemble les piliers méthodologiques sur lesquels nous développerons de façon opérationnelle, notre action ». L’innovation, c’est de développer une approche globale de la pauvreté à partir de trois constats : la déficience de l’action publique, le cloisonnement des structures et des acteurs qui rend l’action peu efficace, la difficulté à déceler une pauvreté souvent invisible. « Il faut renforcer les outils de repérage, renforcer la synergie entre le politique, les institutions et la société civile ».
 
Une priorité politique
Pour cela, Gilles Simeoni veut s’appuyer sur trois axes qui sont autant d’étapes à suivre dans un calendrier restreint à trois mois. D’abord, une organisation nouvelle des services de la Collectivité territoriale (CTC) pour anticiper le transfert de la compétence sociale après la suppression des deux départements et, ainsi, renforcer l’action. Ensuite, la mobilisation de tous les acteurs territoriaux pour mailler le terrain et élaborer de façon participative une nouvelle politique. Enfin, la mise en œuvre de cette politique à partir du 1er janvier 2017 en synergie avec tous les partenaires notamment associatifs en déterminant des objectifs principaux : la santé, l’emploi, la formation, l’accès au sport et à la culture, la jeunesse, le logement…. « Nous devons dire que l’Assemblée de Corse souhaite faire, de la lutte contre la pauvreté et la précarité, une priorité politique et se donner les moyens de réussir en changeant de méthode. Pendant trois mois, nous allons engager une discussion avec les acteurs de terrain et, dans le cadre d’un séminaire, prioriser des actions à mettre en œuvre. Même si nous savons que le chemin n’est pas facile, et que les résultats seront peut-être longs et difficiles à obtenir ». Le président de l’Exécutif demande à l’Assemblée de délivrer de façon unanime « un message politique très fort et porteur d’espoir ».
 
Le socle de l’acquis
L’opposition partage les constats, l’urgence à agir, mais renâcle sur la méthode ou les délais de mise en œuvre. Maria Guidicelli, élue de Prima a Corsica, qui était en charge de la question sociale sous l’ancienne mandature, revient sur ce qui a déjà été fait, demandant que « les pas franchis » soient pris en compte pour « ne pas perdre du temps parce qu’il n’y a plus de temps à perdre ». Si elle est d’accord pour « agir autrement », elle juge inutile « de remettre en place une commission pour identifier les causes qui le sont déjà. Nous avons les moyens d’agir. L’acquis est un socle pour avancer vite et bien ». L’un des axes est, selon elle, de « réconcilier le développement économique et le développement humain parce que l’homme doit bénéficier du progrès ».
 
Trop de limites
Michel Stefani, élu du Front de Gauche, déplore, pour sa part, que le rapport occulte certaines causes de la pauvreté, notamment les conditions dégradées du marché de travail. « Les cantons les plus touchés par la précarité sont ceux qui ont le plus fort potentiel touristique », souligne-t-il. Il soulève des contradictions qui, selon lui, « posent des limites à l’exercice », notamment « le fait que le rapport ne prenne pas en compte la faiblesse des revenus et des prestations participe de l’appauvrissement massif de la population. La vie est chère en Corse. Lutter contre la pauvreté impose de s’attaquer à ces inégalités. L’action immédiate doit porter sur la raréfaction de TVA, la construction de logements sociaux et la création d’emplois stables. Ces éléments absents du rapport ne permettent pas de valider la stratégie que vous proposez ».
 
Plus d’argent
Plus d’intervention publique est aussi le credo du Dr René Cordoleani, président du Front national : « Les gens, qui vivent dans la précarité, entrent dans trois catégories : le chômage, le handicap et l’âge. La bonne volonté politique n’est pas toujours suffisante. Tout le monde le sait bien : il faut beaucoup d’argent pour construire des logements sociaux et pour donner les aides d’urgence. L’aide sociale a augmenté de 8% par an, ces dernières années ». Il estime que le taux de croissance, « le meilleur de France », pourrait justifier une plus grande intervention et s’interroge : « A qui profite la croissance ? ».
 
Des raisons d’espérer
Pour Jean-Martin Mondoloni, élu du groupe libéral « Le rassemblement », ce rapport en dit long sur l’inertie du monde politique. « Tout le monde est d’accord sur l’urgence, mais nous avons mis dix ans pour en arriver là ! Nous partageons le cadre méthodologique que vous nous proposez qui est de bon sens. Mais, attention aux effets d’annonce, on ne peut pas en même temps crier urgence et en rester à des principes méthodologiques ». Taclant au passage l’ancienne mandature dont les mesures « n’ont pas été beaucoup suivies d’effets », il appelle « à faire preuve de pragmatisme pour lutter contre une crise sociale multiforme ». Et émet des réserves sur les moyens financiers : « Nous sommes une collectivité pauvre avec peu de moyens et un système de compétence partagée. Nous allons devoir faire mieux avec moins et faire appel à l’intelligence collective ». Il veut, néanmoins, voir, dans « la démarche originale », des raisons d’espérer : « C’est la première collectivité qui décide de déclarer la guerre à la pauvreté. Nous bénéficions de la loi des petits nombres, le diagnostic ne souffre d’aucune discussion, la méthode qui consiste à repérer les synergies de tous les acteurs et de coordonner les efforts, est la bonne. J’attends le plan d’action ».
 
L’urgence d’agir
Les Nationalistes, qui réclament une politique de lutte contre la précarité depuis quatre décennies, se félicitent de cette approche globale qui permet de « sortir du clientélisme. On ne sortira pas de la précarité en faisant du saupoudrage », précise Laura-Maria Poli, élue de Corsica Libera. « Ce rapport est fondamental dans sa volonté affichée de penser cette problématique d’une nouvelle manière. Il est la première étape d’une stratégie innovante et originale et offre un ensemble de dispositifs. Il ne s’agit en rien d’un effet d’annonce, mais d’une vraie volonté politique de combattre la pauvreté et de poser les jalons de l’émancipation du peuple corse », enchaine Lauda Guidicelli, élue de Femu a Corsica. Son colistier, Jean Biancucci, incite l’Exécutif à « agir vite parce que cela devient insupportable. Nous sommes aujourd’hui en situation d’échec. La fracture territoriale sociale, économique et culturelle, est insupportable. Il faut en sortir et passer de la parole aux actes ».
 
Gagner la guerre
Gilles Simeoni exhorte à plus de réalisme et d’humilité : « Avant nous, d’autres élus, tout aussi décidés, ont voulu faire, mais n’y sont pas arrivés. C’est pourquoi je vous demande de voter une déclaration de principe qui pose le renversement des tendances comme une priorité politique absolue. Nous ferons, ainsi, un grand pas. Il ne s’agit pas de repartir à l’infini dans des discussions byzantines, mais d’agir ». Il renvoie la gauche à ses échecs et à ses limites, listant les mesures adoptées sous l’ancienne mandature qui n’ont pas été mises en place, celles qui restent à améliorer, qui sont sous utilisées ou pas pertinentes. « Si j’étais arrivé aujourd’hui avec un plan de lutte déjà finalisé, ce plan serait condamné à l’échec ! », assure-t-il. « Nous devons nous donner les moyens de gagner la guerre ou, tout au moins, de remporter le plus grand nombre possible de batailles ».
Le rapport a été adopté à l’unanimité des votants, à l’exception du groupe Front de gauche qui s’est abstenu.
 
N.M.
 




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