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CTC : L’Assemblée de Corse fait bloc pour sauver l’intérieur et la montagne


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 24 Février 2017 à 17:07 | Modifié le Vendredi 24 Février 2017 - 17:32


Le Schéma d’aménagement, de développement et de protection du massif a été adopté à l’unanimité des votants, vendredi matin, à l’Assemblée de Corse. Après la reconnaissance de la Corse-île montagne et des contrats de ruralité signés dans les microrégions, c’est un nouveau pas accompli par l’Exécutif territorial dans sa reconquête de l’intérieur et de la montagne. Tous les groupes politiques ont adhéré à l’objectif affiché de réduire la fracture territoriale et de réimplanter des populations et des activités dans des territoires désertés et abandonnés depuis des décennies. Quelques bémols sur le financement n’ont pas entamé la volonté, aujourd’hui, partagée par tous.


CTC : L’Assemblée de Corse fait bloc pour sauver l’intérieur et la montagne
« Nous n’avons pas de baguette magique ». C’est par ces mots prudents que le conseiller exécutif et président du Comité de massif, Jean-Félix Acquaviva, aborde la présentation du schéma d’aménagement, de développement et de protection du massif de Corse. Une prudence qui s’impose d’autant plus que l’intérieur a été laissé à l’abandon depuis des décennies, intéressant peu les majorités territoriales successives : « 300 millions € auraient pu être mobilisés sur 30 ans et ne l’ont pas été ! », constate, en préambule, Jean-Félix Acquaviva. En mai 2016, l’Assemblée de Corse, sous l’impulsion du nouveau pouvoir nationaliste, décide de s’attaquer à un de ses dadas : le développement de l’intérieur et la réduction de la fracture territoriale. Sa première action est de relancer le Comité de massif en portant à 89 le nombre de ses membres et en l’élargissant à tous les acteurs institutionnels et économiques concernés.
 
Des partis-pris et des priorités
L’enjeu est vital sur une île où la montagne occupe 70 % de l’espace pour seulement 37% de la population et où le développement est jusqu’à présent polarisé et rurbain. « Le développement des territoires de l’intérieur impose la nécessaire mobilisation de tous les acteurs et une intégration des politiques. Ce n’est pas simple ! Nous en sommes d’autant plus conscients que nous sommes issus de ces territoires », explique le président du Comité de massif, également maire de Lozzi. « Ce Schéma a un parti-pris de mutualisation des fonds européens, d’ingénierie, de choix de trois axes indispensables - tourisme, agriculture et forêt - et de convergence avec des politiques d’aide aux tiers. Il intervient en plus-value, en plus d’actions d’aménagement prévues ou non par les politiques existantes ». Il liste les priorités en matière d’infrastructures : la téléphonie mobile, le numérique, l’eau et l’assainissement, l’électrification, le réseau routier et le rail « pour désenclaver les vallées et les relier aux pôles de services. Sans service public de santé et d’éducation, il n’y aura pas de développement de la montagne ! ». 
 
Un pari sur sept ans
Plus de 182 millions € sont prévus sur sept ans (2017-2024) pour financer les actions, auquel s’ajoute le reliquat de dotation de la continuité territoriale (DCT). « Nous ne parlons pas seulement de sauver de manière éthique et culturelle des territoires, mais de créer des possibilités d’activités et d’emplois. Si on ne crée pas les  conditions, à la fois, d’aménagement et de formation, avec le Centre de formation des métiers de la montagne, on n’y arrivera pas ! ». L’élu du Niolu de conclure : « La Corse ne serait pas totalement la Corse sans l’intérieur. Ce Schéma est un acte fidèle de la politique que nous voulons engager pour que nous soyons maîtres de notre destin ».
 
Une maison des aînés
Le Schéma fait l’unanimité dans l’hémicycle, malgré quelques réserves émises par l’opposition sur les moyens de financement, notamment la déspécialisation de l’enveloppe de continuité territoriale. « Nous regrettons qu’une partie des fonds proviennent de là », précise Michel Stefani, élu du groupe Communistes & Front de Gauche. « Ces 30 années d’hibernation sont regrettables alors qu’il y avait tant à faire ». Il tacle la logique libérale de fermeture des services publics dans le rural, responsable en premier lieu, selon lui, de la désertification. « Il faudra produire de la complémentarité avec le PETR (Pôle d’équilibre territorial et rural) et éviter que les villages ne se vident et que ceux, qui sont en bordure urbaine, ne deviennent des dortoirs ». Il prône de faciliter l’installation agricole en créant, notamment, des fermes communales. Sa colistière, Josette Risterucci, met l’accent sur le social et l’accès à une offre de soins coordonnés. Elle propose « la création d’une Maison régionale des aînés pour la prise en charge d’une population vieillissante, de l’inclure dans le projet régional de santé, de créer des unités de vie et des associations d’aide à domicile pour maintenir les gens dans le rural ».
 
Un reliquat hypothétique
Agréant un grand nombre des priorités définies par le Schéma, la droite propose de monter au créneau pour obtenir de l’Etat « la régionalisation d’un numérus clausus pour les étudiants » et s’interroge sur le périmètre des territoires éligibles à la zone d’exonération fiscale prioritaire. « Notre réserve principale réside sur le financement de 26 millions € par an et sur l’utilisation du reliquat de la DCT qui est hypothétique et qui doit être mobilisé pour diminuer le prix du transport. Si vous interrogez les Corses, ils vous diront que le tarif résident et le tarif fret sont encore trop élevés. Cette déspécialisation empêche la mobilisation des fonds spécifiques. Sur le fond, votre schéma nous agrée », indique Stéphanie Grimaldi, élue du groupe Le Rassemblement et maire de La Porta. Une position partagée, à gauche, par le groupe Prima a Corsica. « Ce rapport va globalement dans le bon sens. Il est positif, il fait consensus, c’est tant mieux pour la Corse. L’utilisation du reliquat de la DCT pourrait inciter l’Etat à se désengager. C’est un risque considérable ! Essayons de trouver un accord sur ce plan-là, et nous voterons ce rapport », déclare Paul-Marie Bartoli.
 
Confiance en l’avenir
La majorité territoriale, quand à elle, ne cache pas sa complète satisfaction. « Cela me fait plaisir que l’on s’occupe enfin de nous ! La montagne mérite que l’on prenne ses problèmes à bras-le corps en matière de santé et de service public pour fixer les populations et les jeunes… On a réclamé pendant des décennies, on n’a rien obtenu ! Je salue l’implication forte de notre Exécutif qui, depuis un an, essuie les plâtres des erreurs passées. Ce schéma résume tout ce que nous attendons. Il donne vraiment confiance en l’avenir », se réjouit Mattea Casalta, élue de montagne du groupe Femu a Corsica. « Le développement de la montagne est, pour notre majorité, un enjeu politique incontestable, un enjeu économique, mais aussi un enjeu culturel. Parce que c’est le lieu de nos origines, nous les avons sanctuarisées, y mettant une trop grande part d’affectif qui a été un frein. Pour la première fois, nous dépassons cette sanctuarisation, l’affect et les incantations. Ce plan permettra le maintien et la croissance des populations. Mon groupe est particulièrement attaché à la sécurisation du foncier », enchaîne Rosa Prosperi, élue du groupe Corsica Libera.
 
Un choix politique
Cette unanimité est un point positif pour Jean-Félix Acquaviva qui prend note des propositions : « C’est déjà une victoire en soi ! Je retiens certaines propositions qui seront reprises dans la suite des travaux du Comité des massifs ». Tout en contre-attaquant sur le reliquat de la DCT : « Nous assumons le choix politique du rattrapage de l’intérieur. Il faudra faire des choix en fonction des réalités. Nous avons la liberté institutionnelle, donnée par la loi, de le faire. L’attente est là, il y a péril en la demeure, et on nous dit de ne pas toucher au reliquat, sous prétexte qu’il y a des urgences dans les ports et les aéroports, mais il y en a aussi dans l’intérieur. Nous demander d’attendre, ce n’est pas sérieux ! Quand à la baisse des tarifs, je vous rappelle que l’enveloppe maritime coûtait 130 millions € par an et que nous l’avons fortement diminuée. Nous avons déjà baissé les tarifs et continueront dans ce sens. Le devoir est impérieux de maintenir la mobilisation de la montagne, on n’a pas le droit de la rupture ! ».
 
Un segnu fortu
Au final, le président de l’Exécutif, Gilles Simeoni, confirme que « cette démarche est, pour nous, un acte fondamentalement politique, consubstantiel de notre engagement militant d’hier et d’élu aujourd’hui. L’étape d’aujourd’hui est décisive et marque un véritable changement de paradigme dans notre politique de la montagne. C’est un moment de bascule ». Rendant hommage à « tous ceux qui ont maintenu cette étincelle de vie à force d’engagement et d’abnégation », il rappelle, in lignua nustrale, la triste situation : « I nostri paesi si ne morenu, e nostre case si viotanu è quand’è no passemu per u Boziu, u Niolu… e porte sò chjuse è ùn si sente mancu più un cane abbaghjà… Un serà micca faciule, ma, per a prima volta, avemu una vulintà pulitica sparta, cumuna è dichjarata, avemu a pussibilità di riesce. Stu passu cumunu hè un segnu fortu di sperenza per quelli chì pensanu chì l’affari sò cotti, ch’ùn hè micca pussibile. Ci hè sempre un passu quand’ella ci hè una vuluntà, ci hè sempre a pussibitità di fà ! ». Il demande à l’Assemblée d’envoyer un fort signal d’espoir par un vote unanime : « L’importance est la cohérence de notre combat, de donner un signal dont l’intérieur a besoin, de dire que la Corse que nous voulons est une Corse avec une montagne vivante, des écoles qui s’ouvrent… Le combat ne s’arrête pas pour autant, nous irons encore à Paris et à Bruxelles. Ci hè un’isula è un populu chì volenu campà ! Ci hè un filu storicu di u nostru populu è più chè mai, oghje si rinforza ».
 
Le Schéma est adopté par 48 voix pour et trois abstentions communistes.
 
N.M.
 




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