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"C’est dans les Quartiers Sud que se joue la réussite du Bastia de demain !"


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 1 Septembre 2015 à 21:35 | Modifié le Jeudi 3 Septembre 2015 - 23:47


Lors de la visite, lundi, à Bastia, de François Pupponi, président de l'Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU), le maire, Gilles Simeoni, a présenté sa vision politique globale de réhabilitation des quartiers concernés. Il a fait valider ses projets alternatifs sur deux dossiers emblématiques de la campagne électorale : le Puntettu et le parking Gaudin. Et a expliqué les enjeux essentiels de la réhabilitation des quartiers Sud. Gilles Simeoni affirme, à Corse Net Infos, que l’avenir de Bastia se joue entre Lupinu, Montesoru et Paese Novu. Il entend relever le défi de faire d’une des villes les plus pauvres de France, une ville attractive, créatrice de richesse et de sens.


Gilles Simeoni, maire de Bastia et conseiller territorial du groupe Femu a Corsica.
Gilles Simeoni, maire de Bastia et conseiller territorial du groupe Femu a Corsica.
- Comment appréciez-vous la visite du président de l’ANRU ?
- C’est, d’abord, une visite amicale à travers les relations personnelles que nous pouvons entretenir, mais aussi et surtout une visite de travail. La visite du président de l’ANRU, qui a des responsabilités importantes au plan français dans un secteur stratégique à l’échelle du territoire, est une chance pour Bastia. Elle nous a permis de lui montrer les différents projets dont nous sommes porteurs et, aussi, d’afficher notre volonté politique qu’il connaissait déjà, mais qu’il a pu mesurer à l’aune de la réalité du terrain.
 
- Quels sont les enjeux pour Bastia ?
- Ce ne sont pas seulement des enjeux de requalification urbaine au sens d’une simple reconstruction patrimoniale, mais de véritables enjeux de reconstruction et de requalification qui revêtent une dimension fondamentalement politique avec la question du vivre-ensemble et de la cohésion de la ville de Bastia. Deux secteurs sont directement concernés par les interventions de l’ANRU : le Centre ancien et les Quartiers Sud avec Lupino, Paese Novu et Montesoru.
 
- La phase 1 du programme de l’ANRU s’achève. Qu’avez-vous défini pour la phase 2 ?
- La raison pour laquelle la visite de François Pupponi à Bastia est si importante, c’est effectivement qu’elle s’inscrit au confluent de deux périodes : l’une, appelée l’ANRU 1, qui doit s’achever en 2018, l’autre, l’ANRU 2, qui débutera alors pour une période de 7 à 8 ans. Il s’agit, à la fois, de terminer, dans de bonnes conditions, les opérations engagées sous les précédentes mandatures, d’obtenir des financements supplémentaires, quand ces opérations ont été sous-évaluées d’un point de vue budgétaire, et de les reconfigurer par rapport à notre vision politique du présent et de l’avenir de Bastia. Il y a, ensuite, la nécessité d’articuler la fin de cette première phase avec la conception et la mise en œuvre de la deuxième phase.
 
- Comment le président de l’ANRU a-t-il réagi à votre changement de stratégie sur le Centre ancien ?
- Le Centre ancien a été un enjeu politique fort pendant la campagne électorale avec deux dossiers emblématiques : le Puntettu et le parking Gaudin. Concernant le Puntettu, François Pupponi a acté que nous avions eu raison de nous battre pour éviter les démolitions initialement envisagées. Il a dit qu’il aurait été criminel de faire disparaître une trace du passé de Bastia qui est, aussi, une ressource patrimoniale, culturelle et touristique pour aujourd’hui et pour demain. Nous avons présenté notre projet alternatif qui inclut, bien sûr, la nécessité de créer du logement social, la nécessité de faire disparaître l’habitat insalubre et la nécessité de requalifier l’ancien dans une vision qui replace les habitants au cœur du projet. C’est, pour nous, très important de les associer à toutes les décisions.
 
- Concernant le parking Gaudin ?
- Là encore, nous avons eu l’occasion de présenter notre vision de ce projet. Ce parking suscitait des craintes et des oppositions fortes, notamment de la part de la communauté éducative. L’une des façons de dépasser ces oppositions a été de rouvrir le débat, de dissiper un certain nombre d’interrogations et de donner les garanties attendues en termes de risque de pollution. Nous avons, de ce point de vue-là, ordonné une étude. Le projet du parking Gaudin a été validé parce que, d’une part, il y a un besoin impératif de stationnement et pas de solution alternative. D’autre part, sa réalisation conditionne, pour des raisons techniques et juridiques, la mise en œuvre de l’ensemble des opérations de requalification du centre urbain. Ces points étant acquis, il faut réinscrire ce projet de construction d’un parking dans une vision plus globale.
 
- Laquelle ?
- La vision globale de ce que doit être la requalification de ce quartier aux enjeux patrimoniaux très forts. Le collège Simon Vinciguerra est, historiquement, à la fois, le premier établissement d’éducation en Corse et un couvent jésuite. L’école Gaudin doit être maintenue et porteuse d’un véritable projet éducatif. L’église Saint Charles est un élément important du patrimoine de la ville. L’articulation doit être faite avec le Bastia du 19ème siècle et du début du 20ème siècle, côté Boulevard Paoli, et avec le Vieux Bastia des origines, côté mer. Ce sont des enjeux, non seulement d’urbanisme, mais également de valorisation patrimoniale, culturelle, touristique et d’attractivité économique. C’est ce que nous avons expliqué aux habitants du quartier au travers de nombreuses réunions de consultations, mais aussi à François Pupponi.
 
- Quelle a été sa réaction ?
- Il a pu constater de visu la réalité de ces enjeux. Nous avons ouvert des pistes de travail très intéressantes pour obtenir des financements qui, pour le moment, font défaut et pour inscrire, je le répète, cette opération de Gaudin dans une vision beaucoup plus large qui permettra de développer l’ensemble du quartier.
 
- Qu’en est-il de la requalification des Quartiers Sud ?
- La problématique y est, à la fois, identique et différente. Identique parce que les séquences sont les mêmes d’un point de vue technique et du calendrier avec la fin de l’ANRU 1 et le début de l’ANRU 2. Différente parce qu’autant il s’agit, dans le Centre ancien, de revaloriser ce qui existe, autant, dans les Quartiers Sud, il s’agit, souvent, de reprendre tout à zéro. Ces quartiers ont été construits, dans les années 70, de façon anarchique et ont, malheureusement, pendant des décennies, été laissés à l’abandon. Il faut les réintroduire dans l’ensemble de l’espace urbain, c’est-à-dire les faire se sentir partie prenante de la dynamique d’ensemble de la ville. Il faut, également, les restructurer à l’aune des exigences modernes, notamment en termes de propreté des espaces communs, de qualité des logements, de services publics, d’écoles, d’espaces de loisirs avec le Centre culturel Alb’Oru…
 
- Quel message avez-vous fait passer à l’ANRU ?
- Nous avons fait passer à François Pupponi le message suivant : pour nous, Lupinu, Montesoru et Paese Novu sont des enjeux essentiels. Nous voulons définir une vision globale du développement de ces quartiers. Je considère que c’est là que se joue la réussite du Bastia d’aujourd’hui et de demain.
 
- Vous avez beaucoup critiqué la vision urbaine de la précédente municipalité. Quelle est votre vision du Bastia de demain, dans dix ou vingt ans ?
- Sur la méthode, nous avons commencé à réintroduire la notion de démocratie réelle en plaçant le citoyen en amont, en aval et au cœur du processus de décision. Je vois le Bastia de demain comme une ville ayant réussi l’équilibre et l’articulation entre ses différents quartiers et ayant su dépasser une logique de dépendance, de mal-être et de souffrance économique avec un taux de chômage très élevé, notamment chez les jeunes, pour devenir une ville ouverte, rayonnante, attractive et fière de son passé. Je veux un Bastia qui respire, se développe, crée de la richesse, du sens et de la cohésion sociale, économique et culturelle.
 
- Dans cette ville qui, aujourd’hui, se meurt, n’est-ce pas un grand défi à relever ?
- C’est un immense défi à relever ! Il faut avoir confiance en nous et conscience que Bastia recèle d’énormes atouts. Un des mérites de la visite de François Pupponi, qui, en tant que Corse, connaissait déjà Bastia, est d’avoir, peut-être, découvert cette ville sous un jour qu’il ignorait. Il nous a dit que Bastia avait des atouts exceptionnels qui ont été, jusqu’à présent, insuffisamment exploités. C’est la raison pour laquelle nous avons beaucoup de travail devant nous et une forte volonté de mener à bien ce travail.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.




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