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Bastia : Les saisons de Parole Vive, "L'utopie entre mythe et réalité?"


Rédigé par Odile de Petriconi le Samedi 28 Novembre 2015 à 14:22 | Modifié le Dimanche 29 Novembre 2015 - 00:33


Ce rendez-vous de novembre s'est tenu la semaine passée et même poursuivi le samedi 14 par une table ronde, "La Corse et les utopies", et un récital voix-guitare par Jean Vasca. Compte-tenu des évènements tragiques qui venaient d'endeuiller Paris, et la France entière, les organisateurs ont été confrontés à un problème éthique: maintenir les manifestations ou les annuler. La décision a été prise après réflexion et concertation de mener à terme cette session d'automne.


Bastia : Les saisons de Parole Vive, "L'utopie entre mythe et réalité?"

L’association Une Minute de Soleil en Plus, organisatrice de la manifestation Parole Vive, a cependant publié ce communiqué :« Face à l’horreur suscitée par les attentats de la nuit dernière à Paris et en région parisienne, notre première pensée va aux familles des victimes et à la souffrance dans laquelle cette barbarie les a plongées.

Par ces attentats, les auteurs de cette tuerie nous démontrent qu’ils sont les ennemis de la communauté humaine et de la vie.

Or Parole Vive a toujours été et reste le lieu privilégié de l’expression des valeurs humanistes et de la liberté de penser. C’est pourquoi, face au fanatisme et à la folie meurtrière, nous avons décidé de maintenir le programme prévu aujourd’hui en clôture de notre manifestation. Faire valoir la force des idées contre l’obscurantisme et l’intolérance est pour nous la meilleure façon de résister.

Cette dernière journée de Parole Vive, placée sous le double signe des utopies insulaires et de  la fraternité chantée par Jean Vasca, en sera l’illustration."

 
Suite au choc provoqué par la soirée sanglante de vendredi et face à toutes ces familles endeuillées, et ces victimes fauchées le plus souvent en pleine jeunesse, décédées ou meurtries à jamais dans leur chair ou dans leur âme, il m'est difficile d'écrire un article relatif à l'utopie. Mais il me revient de rendre hommage à l'Association "Une minute de soleil en plus" et aussi de les remercier. Ce sont des humanistes éclairés et le public sort toujours enrichi des débats qu'ils nous proposent, car ils invitent des esprits éclairés qui ont le pouvoir d'éveiller les consciences.

Je vais donc faire une synthèse de ces rencontres qui auront accueilli le public  du 10 au 15 novembre 2015. Mais avant cela, je voudrais quand même recopier ici un extrait de la définition du mot, tel qu'il est donné par le dictionnaire Larousse.

 

Utopie :

1 - Philosophie : Société idéale mais imaginaire, telle que la conçoit et la décrit un auteur donné.

2 - Projet dont la réalisation est impossible; conception imaginaire.

 

Après la projection du film "La Cecilia" de Jean-Louis Comolli,suivie d'un débat, le 10 novembre, la place était accordée à la parole lors de rencontres (conférence, débat, table ronde) les 12, 13 et 14 novembre 2015, au centre culturel Una Volta et au théâtre du Lycée Jeanne d'Arc de Bastia.

 

Jeudi 12 novembre, une conférence-débat "Découvrir le monde secret des utopies" donnait la parole à Yolène Dilas-Rocherieux, maître de conférence en sociologie politique à l'université Paris-X-Nanterre. Spécialiste du communisme et des utopies, elle y consacre de nombreux travaux.


L'universitaire engagée dans des recherches sociologiques sur le communisme, a expliqué comme l'utopie a croisé son chemin, et a expliqué comment, de Platon à Lénine, les utopies fournissent des clés pour dégager le contenu et la force d'attraction des grandes idéologies du 20 ème siècle.  
Pour cette conférence, Yolène Dilas-Rocherieux s'appuyait sur son dernier ouvrage "L'utopie ou la mémoire du futur, de Thomas More à Lénine; Le rêve éternel d'une autre société". Editions Robert Laffont Livre par lequel elle porte un regard nouveau sur l'utopie et le terrorisme.
"Quand au début du XVI ème siècle Thomas More écrit son Utopie, apparait pour la première fois la promesse d'une société parfaite. Utopie, cité juste et harmonieuse, n'existe nulle part, ou seulement dans l'esprit de son concepteur. Mais en la décrivant dans les moindres détails comme l'envers parfait de la société où il vit, un monde débarrassé de l'injustice et du mal, Thomas More crée un outil de critique sociale qu'aucun écrit théorique ne peut égaler.
Cet ouvrage fait défiler d'inombrables  utopies, méconnues pour beaucoup, et brosse le portrait de leurs auteurs. De Babeuf à Callenbach en passant par Fourrier, Saint-Simon, Gabet, Godin, Faure, Duboin, Calzadilla, tous on fait de la cité imaginée un instrument pour mieux comprendre et juger la société réelle - et suggérer un avenir possible. Marx condamna ce recours à l'imagination, masquant le fait que les utopies, fondées sur l'idée du bonheur commun, ont rendu envisageable la société communiste. Les principaux protagonistes de la Révolution bolchévique, quant à eux, ont su utiliser le rêve d'une société idéale pour légitimer le crime et la terreur."  
Vendredi 13, une rencontre-débat orchestrée par Raoul Locatelli, "Un engagement anarchiste : la part de l'utopie..." donnait la parole à Floréal Cuadrado qui évoquait ses souvenirs et présentait son livre autobiographique "Comme un chat, souvenirs turbulents d'un anarchiste - faussaire à ses heures - vers la fin du vingtième siècle, (Editions du Sandre, 2015)  
Cet ouvrage, ce sont les mémoires de Floréal Cuadrado, le principal faussaire de la mouvance activiste des années 1970 à 1980. Elles constituent un document de premier ordre, mais peuvent aussi se lire comme un véritable roman d'aventures. L'auteur déclare : "Enfant, j'ai longtemps voulu être un bon petit Français bien intégré et j'ai été un jeune ouvrier ordinaire que rien ne destinait à devenir ce que je suis devenu." Fils aîné d'une famille d'anarchistes espagnols convaincus et déterminés, Floréal Cuadrado va raconter sa rencontre avec des syndicalistes qui vont très tôt faire de lui un révolté sinon un révolutionnaire. Ensuite il explorera la diversité du milieu libertaire, celui de l'écologie radicale et de l'extrême gauche parisienne.Les derniers sursauts de la dictature franquiste vont l'entraîner dans le combat des Groupes d'Action Révolutionnaire Internationalistes (GARI). Il participe alors à de nombreuses actions Entré en clandestinité, il devient faussaire... Il participera aussi à un hold-up à Condé-sur-l'Escault, et connaîtra la Cour de sûreté de l'Etat et la prison... Samedi 14 une table ronde réunissait les auteurs Jean-Pierre Castellani, Francis Beretti et Alain Di Meglio, pour un échange sur le thème "La Corse et les utopies."< Marie-Hélène Ferrandini, qui était également invitée, trop bouleversée par les attentats parisiens de la veille au soir, s'était faite excuser. Les invités, universitaires, sont co-auteurs de l'ouvrage collectif "Les utopies insulaires" (Colonna édition, 2014)
   
"Les utopies insulaires" est constitué de textes inédits recueillis par Jean-Pierre Castellani et Jean-Jacques Colonna d'Istria.  
Jean-Pierre Castellani est agrégé de l'université, professeur émérite de littérature espagnole à l'université François Rabelais de Tours. Il a été aussi chargé de cours à l'université de Corte de 1987 à 2009. Il est aussi auteur et co-auteur de très nombreux ouvrages. Il a présenté l'ouvrage "La Corse et les utopies" et a expliqué la genèse de ce projet "né de deux observations indiscutables : d'abord que l'idée d'utopie est associée, depuis toujours, à l'insularité, en particulier depuis la Renaissance avec, en 1516, l'ouvrage fondateur "l'île d'Utopie", de Thomas More, qui créa le terme et le concept, en plaçant sa société idéale dans une île. Mais déjà chez les Grecs, les Dieux vivaient dans les îles. Ensuite que la Corse est à l'évidence une île, une des nombreuses îles de la Méditerranée...  
Elle est donc un territoire propice à l'Utopie sous toutes ses formes et modalités.  
Francis Beretti, angliciste, professeur émérite de l'université de Corse, a souvent travaillé sur le thème de la représentation de la Corse par des auteurs britanniques. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages historiques. Lors de cette table ronde, il a retracé quelques étapes du projet qui consistait à fonder une université en Corse et a évoqué les jalons marquant le progrès de cet idéal du 18 ème siècle jusqu'aux années 1930. Tout a commencé en 1765 au moment où Pascal Paoli est en train d'établir une démocratie directe et entreprend de développer l'instruction publique, de favoriser l'avènement d'une élite intellectuelle. Il crée une université. "Une université en Corse! Quelle audace, et quelle utopie!  
Alain Di Meglio est professeur des universités de l'Ecole Supérieure du Professorat et de l'Education (ESPE) et Directeur du service commun de la culture (Centre Culturel Universitaire) de l'Université de Corse. Il est l'auteur de nombreux ouvrages. Il est aussi élu à Bonifacio, adjoint à la culture. Il a évoqué samedi "Une Corse synaptique au coeur de la Méditerranée" où il convie le lecteur à imaginer que le monde puisse se structurer autrement que par le découpage qui s'est imposé au fil des siècles jusqu'à définir un modèle qui semble inscrit dans le marbre : celui de la grande nation souveraine avec ses frontières, sa langue, son peuple.  
Des extraits du livre "Les utopies insulaires" ont été lues par Jean-François Pietri.


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Association Une Minute de Soleil en Plus Tel : 04 95 32 47 75
uneminutedesoleil@neuf.fr
 

 

 
 

De gauche à droite : Francis Beretti, Alain Di Meglio, Jean-Pierre Castellani
De gauche à droite : Francis Beretti, Alain Di Meglio, Jean-Pierre Castellani




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