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Bastia : "Les Maisons d'Américains dans le paysage du Cap Corse"


Rédigé par Odile AURACARIA le Lundi 29 Septembre 2014 à 01:05 | Modifié le Lundi 29 Septembre 2014 - 01:13


Dimanche dernier, profitant des Journées Européennes du Patrimoine, l'Association des Amis du Musée organisait une conférence donnée par Jean-Christophe Liccia, historien spécialisé dans l'inventaire du patrimoine du Cap Corse. Un public nombreux se pressait dans l'auditorium du Musée, devenu trop petit pour la circonstance car une quantité importante de visiteurs se tenaient debout au fond de la salle, très attentifs au conférencier.


Bastia : "Les Maisons d'Américains dans le paysage du Cap Corse"
hilippe Peretti, adjoint au Maire délégué au Patrimoine, faisait une petite allocution souhaitant la bienvenue aux spectateurs et remerciant Jean-Christophe Liccia pour son intervention et l'équipe du Musée pour son accueil. Maurice Dolovicci prenait ensuite la parole, au nom de l'Association des Amis du Musée, dont il est Président, pour présenter le conférencier et remercier Elisabeth Cornetto, Conservateur en Chef du Musée, de mettre l'auditorium à notre disposition à cette occasion.

Un peu d'histoire...
Jean-Christophe Liccia précisait qu'il allait nous parler des Maisons d'Américains, du point de vue architectural et non pas en se référant aux décors intérieurs, et que sa conférence serait accompagnée d'une projection de 140 diapositives. Toutes ces maisons datent du 19 ème siècle. Mais toutefois le phénomène d'émigration à débuté au 16 ème siècle. C'est en 1540 exactement que les premiers Cap Corsins partent pour les Amériques. Dans le sillage de Christophe Colomb, les Corses qui émigrent sont majoritairement des Calvais, mais la source se tarit au début du 17 ème siècle, alors que l'émigration est continue pour le Cap Corse jusqu'au début du 19 ème siècle. On retrouve ainsi des traces très anciennes dans le "Nouveau Monde". En 1557, un habitant de Nonza meurt à Carthagène, en Colombie, en laissant une fortune à sa famille corse. Le premier émigrant à être rentré en Corse est un habitant de Brando, qui revient de Veracruz, au Mexique, et fait construire une immense maison et une chapelle.
Contrairement à ce que l'on peut entendre souvent, ceux qui partaient n'étaient pas toujours pauvres. Bien au contraire, il y avait parmi eux des notables. Parfois ce sont des lignées entières qui s'expatriaient. Ainsi en 1751 un Corse écrit en espagnol, de Lima à son père. Car le père 20 ans plus tôt était parti au Pérou, et le grand-père avait aussi effectué le même voyage en partant de Morsiglia. Parfois c'est une bonne partie d'un village qui émigre ainsi, la fratrie, mais aussi les cousins, les voisins. Cela touche aux histoires des familles, aux liens qu'ils ont tissé les uns avec les autres, aux "recommandations" dont ils peuvent se prévaloir.
L'Amérique est une terre où l'on fait fortune, où il y a beaucoup d'esclaves donc une main d'oeuvre bon marché et des opportunités énormes.
Jusqu'au 18 ème siècle, les cap corsins émigrent au Mexique, en Bolivie, au Pérou, au Panama, en fonction des richesses des pays, de leur sous-sol.
A la fin du 18 ème siècle et au 19 ème siècle, les destinations changent. Il y a des départs pour l'île de Saint-Thomas, l'île de Trinidad, l'île de Porto-Rico, Haïti, le Vénézuéla, les Etats-Unis (Texas, Louisiane, Alabama...)
Au 19 ème siècle les migrants font fortune dans l'agriculture, avec les plantations de café, d'hévéas... Mais il ne faut pas se voiler la face, il existe aussi la vente d'esclaves. Les corses ont été comme d'autres, à la même époque, des esclavagistes et ce jusqu'au premier tiers du 19 ème siècle. Les fortunes se sont faites rapidement, car tout concourait pour permettre cet enrichissement.
Il ne faut pas croire non plus que les émigrés corses étaient partis pour des raisons politiques lorsque la Corse est devenue française. Les pro-paolistes se sont installés en Toscane d'où ils pouvaient rapidement revenir en Corse.
De même, l'émigration n'est pas le fait de problèmes économiques importants car ceux ci arrivent après 1852 (problème de maladies dans les vignes) donc bien après les flots migratoires. C'est la soif d'aventure qui a motivé les émigrants corses.

D'authentiques "Maisons d'Américains" ont été bâties, avec l'argent provenant des fortunes constituées aux Amériques, dans tout le Cap Corse : Morsiglia, Sisco (famille Vivoni, famille Gaspari-Ramelli), Luri (famille Massari), Pino, Centuri (famille Marcantoni)... Ce dernier est d'ailleurs un cas un peu particulier, la famille Marcantoni à fait fortune à Porto Rico. Le Marcantoni qui fera construire la Maison d'Américain de Centuri est d'ailleurs né à Porto Rico, il revient en Corse à l'âge de 20 ans et fait alors ériger sa demeure dans le Cap Corse.
Ces Maisons d'Américains sont souvent accompagnées de somptueux jardins, avec des terrasses, des essences exotiques (araucarias), des bassins, des statues, et des communs.
Là encore, pour bâtir et aménager les terrains, on a employé de la main d'oeuvre à bas coût, essentiellement des italiens de la région de Lucques.
Ces constructions ont profondément modifié le paysage du Cap Corse, car dans cette partie de l'île jusqu'au 18 ème siècle les maisons étaient relativement petites, et ce sont d'immenses palais qu'ont fait construire les américains! De plus ces maisons ont souvent introduit les toits de tuiles dans nos villages.
Par la suite, ces constructions donneront des idées à des notables et des bâtisses seront construites dans le style "américain" par des gens qui ne sont jamais allés aux Amériques, mais qui sont capitaines au long cours, notaires, ou négociants ayant fait fortune dans le cédrat.




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