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Bastia : "L'inconscient de l'enfant-Du symptôme au désir de savoir" par Hélène Bonnaud


Rédigé par Odile de Petriconi le Dimanche 13 Décembre 2015 à 00:22 | Modifié le Dimanche 13 Décembre 2015 - 00:32


Il y a quelques jours les membres de l'Association de la Cause Freudienne Restonica en partenariat avec la Bibliothèque municipale de Bastia, représentée par Marie-Hélène Muraccioli responsable du secteur adultes, recevaient Hélène Bonnaud pour une discussion autour de son livre "L'inconscient de l'enfant". Hélène Bonnaud est analyste de l'Ecole, membre de l'Ecole de la Cause Freudienne (ECF) et de l'Association Mondiale de Psychanalyse (AMP), Psychanalyste à Paris. L'échange était mené par Marie-Josée Raybaud, psychologue, membre de l'ECF, devant une salle comble.


Bastia : "L'inconscient de l'enfant-Du symptôme au désir de savoir" par Hélène Bonnaud
Hélène Bonnaud transmet dans ce livre son expérience du traitement de l'enfant et de sa famille en centre médico-psycho-pédagogique (CMPP).
Marie-Josée Raybaud nous dit avoir découvert ce livre avec plaisir, car il témoigne d'une façon limpide et rigoureuse sans emploi du jargon utilisé par les analystes.


Hélène Bonnaud a écrit ce livre après quelques petites réflexions avec le désir de transmettre au plus près de la clinique après de longues années d'expérience auprès d'enfants suivis dans le cadre de son travail dans un CMPP. Mais cet ouvrage est surtout né d'une étincelle de colère, que l'auteur a ressenti lors de la sortie "du livre noir de la psychanalyse". Cette colère a rencontré un désir de dire et de faire savoir comment elle a pratiqué la psychanalyse d'enfants pendant plus de 30 ans. Par ce manifeste de la psychanalyse elle a voulu répondre aux détracteurs qui disent que la psychanalyse est obsolète, longue, couteuse, etc..., pour démontrer l'efficacité de la psychanalyse, la rigueur de ses repères conceptuels, son éthique aussi qui est de reconnaître mais de ne pas imposer. Hélène Bonnaud voulait aussi transmettre sa pratique de psychothérapeute dans une structure qui s'occupe d'enfants auprès d'étudiants et de jeunes professionnels. Il s'agissait de montrer comment la psychanalyse opère, montrer comment elle peut être un mode de réponse aux symptômes dont se plaignent les parents et les enfants. Ce livre est un témoignage, mais c'est aussi une manière de communiquer avec les parents d'aujourd'hui qui ne savent pas ce que peut être une psychothérapie d'enfants.
Enfin, Hélène Bonnaud a aussi écrit ce livre pour l'enfant qu'elle a été, en faisant la constatation que si enfant elle avait pu rencontrer un psychanalyste qui aurait pu l'écouter, cela l'aurait bien aidée.

Au début de sa carrière Hélène Bonnaud a pu remarquer que les parents faisaient confiance et donnaient toute latitude au psychanalyste. Maintenant, ils sont plus revendicants, plus pénibles, moins confiants dans l'action d'un psychanalyste. La psychanalyse est le lieu où se posent les problèmes. La rencontre d'une famille, parents et enfant, avec un psychanalyste permet de demander de l'aide., et une partie du travail est déjà fait en effectuant cette démarche. Bien souvent les gens viennent consulter car ils sont poussés par les institutions, l'école, la Justice... Ils sont méfiants et il va falloir les mettre en confiance pour pouvoir parler des problèmes. Cependant, les enfants sont de plus en plus préparés et expliquent d'eux-mêmes qu'ils viennent en consultation car ils ont des problèmes. La psychanalyse consiste à mettre en place une ouverture pour pouvoir parler de ces symptômes et pour qu'ils soient interprétés. Le symptôme est une manifestation qui dérange. Mais qui dérange-t-il le plus, l'enfant, ses parents, l'école? Chaque cas en fait est très particulier. On doit savoir par qui est parlé ce symptôme, par qui il est vécu. Il est parfois vécu d'une façon très catastrophique par le père ou la mère, et il faut prendre acte. L'enfant, objet qui persécute, est incompréhensible pour les parents. Il peut être insupportable pour l'enfant d'être à la place du "mauvais objet"... ou il s'en fiche complétement. Parfois un petit mot suffit à désamorcer la situation.
Un enfant doit répondre à des exigences de plus en plus normatives dans notre société. C'est très difficile car il doit satisfaire les parents. Les enfants d'aujourd'hui doivent être programmés pour réussir, on leur donne beaucoup mais on attend aussi beaucoup d'eux. Parfois l'enfant s'effondre à cause de l'idéal auquel il est soumis. L'enfant est idéal, il comprend tout, il est un produit de la génération Dolto, pour qui la parole est toute puissante et peut tout résoudre. Mais la parole doit être utilisée à bon escient, on ne peut pas tout dire à l'enfant car celui-ci ne peut pas tout comprendre pour la simple raison que ce n'est pas un petit adulte, mais un enfant. Comme il ne peut pas assimiler tous les messages qu'on lui envoie, il se met en colère. Car il n'a pas la possibilité de se défendre contre ce qui l'agresse. Le simple fait de lui dire "non" l'agresse et la parole explicative renforce l'enfant dans sa position. La colère est le moment où l'enfant n'est plus dans la parole, c'est le moment où il est "hors de lui".
Aux 19 ème et 20 ème siècles, les parents n'étaient pas dans la parole. A notre époque, les parents ont peur de l'enfant, peur de punir. Les gens sont assez démunis.
Françoise Dolto disait que "L'enfant est une personne" Cela a induit une situation compliquée à notre époque car lorsque les symptômes se présentent on a fait de l'enfant une petite personne.

Lorsqu'il y a un entretien avec une famille, parents et enfant, on parle d'abord du symptôme et après on s'écarte de cela (la crise, la colère) afin d'élargir l'entretien en posant des questions sur l'enfant, par exemple sa naissance (s'il était prématuré), s'il a été malade lorsqu'il était petit... Cet élargissement de la discussion va apaiser les deux parties et on constate très souvent un changement chez l'enfant, car ça lui fait du bien d'entendre parler de lui d'une façon positive et aimante. Cette méthode permet de déplacer la problématique, ce qui n'est pas fait par les comportementalistes qui ne s'intéressent pas au sujet. L'enfant est "sujet de sa parole" pour le psychanalyste.

Une phrase de Jacques Lacan est mentionnée dans l'ouvrage : "Oui, l'enfant à naître est déjà de bout en bout, cerné dans ce hamac de langage qui le reçoit et en même temps l'emprisonne". L'idée est poétique. Le langage enveloppe l'enfant et c'est à partir de là qu'il naît comme sujet.
S'il n'y a pas de hamac de langage, il y a des trous terribles.
S'il y a trop de paroles, il y a des symptômes.
La conclusion peut être qu'il ne faut pas vouloir trop bien faire avec son enfant.
Par le passé les gens expérimentaient. Maintenant, pris par le savoir globalisant, ils cherchent la réponse aux symptôme de l'enfant.

Les parents sont bien sûr impliqués dans la vie psychique de leur enfant. Au cas où les parents ne s'impliquent pas il faut écouter l'enfant. Mais l'enfant n'a pas conscience de la violence parentale. Ainsi dans ce cas clinique. Depuis un an une petite fille fait des colères incroyables. Les frères et soeurs se disputent. La petite fille ne parle pas au psychanalyste, ou très peu se contentant de dire : "j'ai fait trois colères!", "j'ai fait quatre colères!". Il a fallu un forçage subtil pour savoir pourquoi elle était en colère et quand cela se produisait. Le psychanalyse a fini par apprendre que le père de la petite fille piquait lui-même des colères terribles qui déclenchaient celles de sa fille. L'enfant était tétanisée. Il a fallu que le psychanalyste parvienne à un déblocage de l'inhibition à la parole de la petite fille.
Le travail avec les enfants est une recherche, il faut que le psychanalyste y mette du sien.
Parfois le travail du psychanalyste conduit à séparer l'enfant de sa famille. C'est bien sûr un ratage, mais il faut protéger l'enfant de ses parents.

L'essentiel de la construction se fait dans les premières années de la vie de l'enfant.

L'imaginaire de l'enfant ne change pas beaucoup. La vie fantasmatique a les mêmes ressorts qu'autrefois. Les contes sont importants pour traiter des versions de l'angoisse. Ces histoires servent d'étayage aux angoisses (peur du noir), pour ne pas rester dans l'angoisse pure, la peur. Il faut mettre des mots sur l'angoisse traumatique que l'enfant peut rencontrer.

En ce qui concerne les enfants plus âgés, les adolescents par exemple et leur addiction aux jeux vidéos, ce qui est grave et inquiétant c'est que le jeune ne doit pas privilégier le virtuel, il ne doit pas oublier de vivre.

Trop d'amour peut-il être nocif ? Il n'y a que la psychanalyse qui peut dire ça. L'amour d'une mère est ce qu'il y a de plus authentique pour un enfant. L'amour est essentiel. L'enfant vient combler le manque de la femme qui est privée de phallus. Pour combler cette absence la femme veut un bébé. Mais ce bébé ne comblera pas tout le manque, et c'est à cause de ce manque ou grâce à ce manque, qu'elle ne va pas étouffer son enfant qui ne réalise pas son fantasme.
Si l'on se réfère à Lacan, l'amour paternel est problématique. A notre époque, pour répondre aux revendications féministes, les nouveaux pères s'identifient aux mères pour s'occuper des bébés. Le lien paternel devient ainsi aussi fort que le lien maternel. Cela peut conduire à une rivalité imaginaire entre les deux parents lors d'une séparation. Les pères deviennent des concurrents  vis à vis des mères et des rivaux au niveau de l'amour des enfants.
Si la mère comprend qu'elle peut être divisée entre son rôle de mère et de femme, l'enfant va pouvoir grandir en regardant à la fois le papa et la maman.

Quatrième de couverture

"Oui, l'enfant à naître est déjà, de bout en bout, cerné dans ce hamac de langage qui le reçoit et en même temps l'emprisonne." Jacques Lacan

L'enfant incarne aujourd'hui un idéal merveilleux. Mais quand il ne répond plus aux attentes parentales, il dérange.
Les techniques comportementales réduisent le symptôme à un dysfonctionnement. La psychanalyse lui donne au contraire une dimension de vérité et le saisit comme une manifestation de l'inconscient. Qu'est-ce que l'inconscient de l'enfant? Que nous apprend-il sur la place de l'enfant dans sa famille?
Le psychanalyste invite à venir dire ce qui se passe sans juger ni les adultes, ni l'enfant, pris dans l'histoire de ses parents. Dire ces liens a des conséquences sur l'enfant, sur ce qu'il vit, ce qu'il désire, mais aussi sur sa famille. Délivré des noeuds qui l'entravent, il retrouve la liberté de choisir sa vie et d'être en relation avec les autres.
Pour le faire savoir, Hélène Bonnaud donne une lecture vivante des concepts de la psychanalyse, accessible aux parents comme aux professionnels de l'enfance."




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