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Bastia : I Scontri di u Libru, rencontres d'auteurs au théâtre


Rédigé par Odile AURACARIA le Lundi 8 Décembre 2014 à 02:50 | Modifié le Lundi 8 Décembre 2014 - 02:57


Samedi après midi, au théâtre, les rencontres d'auteurs se sont déroulées en présence de Philippe Peretti (adjoint au Patrimoine), Mattea Lacave (adjoint à la Culture), Marie-Hélène Muraccioli et Linda Piazza (bibliothécaires) et leurs collaborateurs, de représentants du musée, éditeurs, libraires et Marie-Joséphine Susini (comédienne).


Bastia : I Scontri di u Libru, rencontres d'auteurs au théâtre
La grande salle des congrès était réservée aux éditeurs et aux stands tenus par les libraires où les auteurs pouvaient dédicacer leurs ouvrages. Des espaces étaient consacrés à la littérature jeunesse, aux ouvrages de luxe et catalogues vendus au musée. Les livres des auteurs invités à s'exprimer sur le thème "Etre d'ici et être d'ailleurs" étaient exposés, mais aussi ceux d'autres écrivains parmi lesquels : Jérôme Ferrari, Marcu Biancarelli, Marie-Jean Vinciguerra, Jacques Fusina... Tous les genres étaient représentés du roman à la poésie, en passant par le récit ou la nouvelle. A noter à ce propos la présence d'un recueil de nouvelles érotiques illustrées par des plasticiens, phénomène assez rare, dans la littérature corse. Il s'agit de l'ouvrage "CorsErotica" réalisé d'après une idée originale de Dominique Giudicelli avec François-Xavier Luciani, Agnès Accorsi, Marie-Michèle Leandri, Jeanne de Petriconi, Proysident Mona Redmoor, Maina Lecherbonnier, Alessandra D'Antonio, Aurelia Jaubert et Maryline Paoli.


Les auteurs invités 
Dans l'annexe de la salle des congrès se sont exprimés tout au long de l'après-midi, les auteurs invités selon le thème "Etre d'ici et être d'ailleurs". Leurs interventions passionnantes et très pertinentes étaient émaillées par les lectures de textes par la comédienne Marie-Joséphine Susini "Zouzou".

JOEL BASTARD : "Entre deux livres" Editions Folle Avoine.
Poète, romancier, auteur dramatique, mi-corse mi-breton, Joël Bastard dit improviser souvent, et cette qualité d'improvisateur il la doit à son grand-père Corse. Corse qui est très souvent présente dans son oeuvre, ainsi dans "Casaluna" rivière corse affluent du Golo. S'il écrit très peu sur la pluie, il se dit très inspiré par les rivières et les fleuves. "Casaluna" est la rivière qui irrigue toute sa vie et ce texte était un livre nécessaire, fondateur après tant d'années d'écriture.
Des extraits de "Casaluna", "Entre deux livres" et "Ce soir Neil Amstrong marchera sur la Lune" ont été lus.

"Hier, au bord du canal, un vieil homme parlait dans une chaise roulante poussée par son fils. Il lui racontait ses voyages, son impatience, ses trafics en tous genres et ses colères, l'alcool et la drogue. Il avait même été blessé au révolver par un homme qui l'aimait passionnément. Raconte-moi tout papa. Il avait été  violé par des militaires avinés, pantalons aux chevilles, ça remuait derrière. Sa face fut définitivement déchirée contre le mur. Et puis, bien plus tard, la rencontre avec sa mère. Ta mère, quelle beauté, quelle bonté. Elle m'a sauvé. J'étais épuisé, malade. Elle a rafraîchi mon âme brûlante, car je brûlais. Tout allait si vite. Le vieil homme bavait sur sa chemise et le fils l'épongeait, lui remettait en place son chapeau de paille. La canicule faisait bouillir les cervelles. Dans l'allée de l'hospice, une infirmière décida que tout le monde devait rentrer dans le réfectoire, à l'ombre des ventilateurs. Allez monsieur Rimbaud, il faut rentrer maintenant, vous allez attraper une insolation. J'espère que vous avez fait une agréable promenade." - Entre deux livres - J. B.


HERVE CHEUZEVILLE : "Au fil des chemins, Afrique Asie Méditerranée" Editions Edilivre.
Avec cet auteur nous changeons d'horizon, cependant lui aussi apprécie les fleuves (Mékong, Nil). Hervé Cheuzeville est Corse par sa mère et il vit en Corse. Travailleur humanitaire, l'écriture s'est imposée à lui. Ce sont les expériences vécues qui l'ont conduit à écrire afin de témoigner. Il a fait l'amère constatation que les grands médias étaient désinformés, car il a ressenti un décalage entre ce qu'il vivait et ce qui était rapporté par les médias. Il n'a pas cessé d'écrire depuis le début des années 2000 notamment sur les "Kadogos" qui sont à l'origine et étymologiquement "des petites choses sans importance" mais sont le nom donné aux enfants soldats.
L'Afrique et l'Asie sont présentes dans ses livres mais aussi la Corse. Ses ouvrages sont plus des recueils de chroniques que des récits de voyages. Il veut témoigner des drames oubliés (Papouasie occidentale, Chypre du nord...) Mais Hervé Cheuzeville veut montrer aussi qu'il y a des choses très belles qui se passent en Afrique et des pays qui sont en paix (Malawi).

Extrait de "Au fil des chemins" qui est une réminiscence asiatique cambodgienne.

"Le soleil, déclinant rapidement, irradiait le temple du Bayon d'une clarté blonde, filtrée par le feuillage des grands arbres des alentours. Cette lumière si particulière apportait un relief et une dimension supplémentaires aux gigantesques et impassibles visages de pierre, sculptés sur chacune des quatre faces de grandes tours, chacun d'eux regardant vers l'un des points cardinaux. Depuis un bon moment déjà, j'arpentais ce vaste temple, escaladant ses multiples escaliers, parcourant ses parois, ses galeries et ses terrasses. Je me sentais tout petit sous le regard de ces innombrables figures figées, toutes identiques, toutes empreintes d'une même mystérieuse sérénité.
(...)
Toi, Jayavarman, septième du nom, qui régnas sur un immense empire depuis ta capitale d'Angkor Thom. Toi dont la renommée a traversé les siècles. Toi qui fus certainement le plus grand souverain que les Kmers aient connu. Toi qui fis construire ce magnifique temple autour de l'an 1200 de notre ère."... H.C.

MARIE FERRANTI : "Les maîtres de chant" Editions Gallimard
L'auteure n'a pas pu se rendre à l'invitation et s'est fait excuser.

MARCEL FORTINI : "L'esthétique des ruines dans la photographie de guerre, Beyrouth, centre-ville, une commande exemplaire" Editions l'Harmattan.
Directeur du Centre Méditerranéen de la Photographie à Bastia, Marcel Fortini a proposé au public la découverte d'un livre réécrit d'après la thèse qu'il a soutenue, agrémentée d'une projection de photographie sélectionnées dans le livre "Beyrouth, centre-ville".
Marcel Fortini a toujours été attiré par les ruines. Il a fait la rencontre de reporters de guerre et c'est tout naturellement qui a choisi le sujet des ruines de guerre pour son doctorat portant son dévolu sur les ruines de Beyrouth. Il s'agit d'un sujet d'actualité. La ruine de guerre devient un genre à part entière. Il s'est rendu à Beyrouth et a travaillé d'après l'album "Beyrouth, centre-ville" qui était une commande passée à six photographes qui ont travaillé pendant 15 jours dans les ruines de Beyrouth pendant l'automne 1991. La seule instruction qui leur avait été donnée était de ne pas photographier l'humain.
La question qui se pose concerne l'esthétique des ruines. Les ruines de guerre sont-elles belles?
Les auteurs des clichés sont : Gabriele Basillico, Italien (mort en 2013); Raymond Depardon, Français; Fouad Elkoury, Franco-Libanais; Josef Koudelka, Français d'origine Tchèque; René Burri, Suisse (mort en 2014); Robert Frank, Suisse qui vit aux Etats-Unis.


DANIELE MAOUDJ : "Echardes" Editions Espace libre.
Ancienne enseignante à l'Université de Corse, Danièle Maoudj écrit depuis les années 1970. Avant, dans les années 1960, à cause du conflit en Algérie, elle s'était mis en tête qu'elle ne savait pas écrire le français... Danièle Maoudj est Corse par sa mère et Kabyle par son père. Elle a été invitée par Marie-Hélène Muraccioli pour s'exprimer sur le thème "Etre d'ici et être d'ailleurs". Cela lui a inspiré pendant ces rencontres la lecture de "L'étranger" de Baudelaire : "Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère?..." Danièle Maoudj transporte partout sa Corse et sa Kabylie, elle ne peut ni ne veut fractionner son identité. Ses rencontres littéraires et humaines l'ont amené à concilier l'ici et l'ailleurs.
Plusieurs poèmes de Danièle Maoudj ont été lus, dont "Mon père, un ennemi?" dont voici un extrait.

"Arezki-Gabriel, mon père
Quand la nuit m'ouvre ses bras
Pour me consoler de l'insomnie
Mes yeux se rappellent des sculptures de l'invisible
Qui ont tatoué l'interrogation
Alors Debout dans le jardin de la mémoire
D'où jaillit la source des émotions
Je récolte tes fruits préférés offerts à ton père
Ces fruits lucides qui ont éclairé toute ta vie
Et dont leur lumière tisse ma pensée
Au coeur d'une intuition aiguisée
Par la solitude de ma respiration
Tes mots ont semé les idées qui me regardent
Dans un tête à tête complice
J'entends l'unique reproche adressé à ton père
- Pourquoi ne pas m'avoir laissé avec ma flûte
Dans mes montagnes du Djurdjura - "
(...)
D. M.

JEAN-NOEL PANCRAZI : "Indétectable" Editions Gallimard.
Né à Sétif en Algérie, Jean-Noël Pancrazi a beaucoup écrit sur la guerre d'Algérie dont il a été le témoin pendant son enfance (Madame Arnoul, La montagne) et aussi sur la Corse (Long séjour...) qui est d'ailleurs au centre de son oeuvre considérable. Il a entamé un long chemin d'écriture avec plusieurs cycles : monde de la nuit, voyages, Corse, son enfance... Après ces différents retour en arrière sur le passé et son enfance Jean-Noël Pancrazi a voulu aborder un sujet très contemporain et s'est imposée à lui l'idée d'un sans papiers vivant en France d'une façon irrégulière, car il ne supportait plus d'entendre ces chiffres concernant les sans papiers, car derrière ces chiffres il y a des gens, des vies. Jean-Noël Pancrazi n'a pas voulu envelopper son texte de folklore. Tout est vrai dans le livre, sauf le passage dans le centre de rétention car il n'y est jamais allé. C'est un livre qui tranche avec ceux qu'il a pu écrire avant car c'est le plus actuel, le plus impliqué. Jean-Noël Pancrazi a essayé de ne pas juger, il a observé les choses et les situations avec le plus d'empathie possible.
Un bel extrait du livre a été lu, permettant au public de découvrir Mady le personnage principal de cette oeuvre.

Quatrième de couverture :
"Indétectable raconte au plus près la vie de Mady, sans papiers, sur le qui-vive depuis qu'il est venu d'Afrique, il y a dix ans. On le suit dans ses parcours limités à travers Paris, ses peurs, ses détresses, ses démarches inabouties, son amour difficile pour Mariama. On le voit aller d'abri en abri, trouver un temps refuge chez le narrateur, rejoindre parfois ses camarades au foyer, ce petit palace déglingué du Père-Lachaise où l'on palabre, se retrouve et se tient chaud, et puis repartir avec sa vaillance intacte vers une place qu'on lui accordera peut-être.
Ce récit d'une existence fragile et condamnée à l'ombre redonne à Mady une dignité et une densité humaines que le mot neutre, générique et commode de "sans-papiers" pourrait faire oublier."
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A noter
Marie-Joséphine Susini "Zouzou", comédienne, se produira dans "Gelsomina" le samedi 13 décembre 2014, à 22 heures, au Tavagna Club de Talasani.




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