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Bastia : Don Quichotte de la Mancha à la bibliothèque centrale


Rédigé par Odile de Petriconi le Dimanche 13 Décembre 2015 à 17:21 | Modifié le Lundi 14 Décembre 2015 - 17:51


Il y a quelques jours la Compagnie TeatrEuropa de Corse, invitée par Marie-Hélène Muraccioli, a proposé une lecture en français et en corse du roman de Miguel de Cervantès.


Bastia : Don Quichotte de la Mancha à la bibliothèque centrale
La lecture d'extraits du roman de Miguel Cervantès, a été entrecoupée d'interventions spirituelles d'Orlando Forioso, qui a donné à coup sûr au public, venu en nombre, l'envie de découvrir cette oeuvre de plus de 700 pages. La présentation de l'ouvrage n'a pas du tout été scolaire, mais émaillée d'anecdotes amusantes. Voici ce que les spectateurs attentifs ont pu apprendre de Cervantès et de Don Quichotte.

Miguel de Cervantès est né le 29 septembre 1547 à Alcala de Henares dans une famille qui n'est pas très aisée. Cette naissance a lieu dans une Espagne qui se referme sur elle-même après la découverte de l'Amérique. La famille de Miguel de Cervantès, souhaiterait que ce fils devienne prêtre. Il fréquente des hommes d'église et rencontre le cardinal Acquaviva qu'il va suivre en Italie. Là-bas Cervantès va participer à la bataille de Lépante en 1571 et va perdre l'usage d'une main. Son retour à Rome est presque dramatique. Il part pour la Toscane et alors qu'il est à Lucques il est rejoint par son frère, Rodriguo, qui le pousse à rentrer en Espagne. Mais... ils n'y arriveront pas, car dans le Golfe du Lion, leur bâtiment est arraisonné par les barbaresques et les deux frères sont conduits à Alger. Si Rodriguo est libéré assez vite après paiement d'une rançon, Miguel restera prisonnier pendant 6 ans car les ravisseurs croyant qu'ils ont arrêté un homme important vont demander une somme d'argent énorme pour sa libération. Lorsqu'il est enfin libéré, Miguel de Cervantès devient percepteur en Espagne. Mais là, il retourne en prison car il est soupçonné d'avoir détourné l'argent des impôts. C'est en prison qu'il commence à écrire son roman Don Quichotte.  Ce livre dès sa parution va avoir un succès énorme, car il contient quelque chose qui répond à l'attente de l'Espagne. Tout est nouveau dans ce livre. Tout est léger. De plus c'est le premier roman psychologique.
C'est aussi un roman qui parle des livres. Dès le début, le héros ne fait que lire. Il ruine sa famille pour acquérir des livres. Il lit des romans sur la chevalerie, porteurs d'une éthique (lutte du bien contre le mal). Avec ce roman on s'éloigne de la réalité. Don Quichotte est quelqu'un qui ne se retrouve pas dans son époque, il retourne au temps de la chevalerie, celui de Renaud de Montauban.
La grande trouvaille de Cervantès a été de raconter la confrontation de Don Quichotte avec une personne de plus basse extraction. Cette rencontre se fait en la personne de Sancho Pança, le laboureur de son village, qui va quitter femme et enfants pour le suivre dans son aventure. Le peuple espagnol se reconnaît dans Sancho Pança devenu l'écuyer de Don Quichotte.
Miguel de Cervantès rédige son livre dans un castillan très pur. Les mots utilisés dans ce livre sont d'une extrême finesse, ce qui conduit à dire que Cervantès est l'inventeur de la langue espagnole.
Ce roman est le plus lu, le plus imprimé, le plus traduit dans le monde, après la Bible.
Les personnages du livre ont inspiré peintres et dessinateurs (Dali, Picasso, Daumier, Doré...) mais aussi des musiciens (Massenet, Ravel...), des danseurs (Noureev...), des cinéastes, des hommes de théâtre... Le succès de ce livre ne se dément pas depuis 400 ans!
 

Quelques extraits du roman de Miguel Cervantès

Bastia : Don Quichotte de la Mancha à la bibliothèque centrale
Dans une bourgade de la Manche, dont je ne veux pas me rappeler le nom, vivait, il n’y a pas longtemps, un hidalgo, de ceux qui ont lance au râtelier, rondache antique, bidet maigre et lévrier de chasse. Un pot-au-feu, plus souvent de mouton que de bœuf, une vinaigrette presque tous les soirs, des abatis de bétail le samedi, le vendredi des lentilles, et le dimanche quelque pigeonneau outre l’ordinaire, consumaient les trois quarts de son revenu. Le reste se dépensait en un pourpoint de drap fin et des chausses de panne avec leurs pantoufles de même étoffe, pour les jours de fête, et un habit de la meilleure serge du pays, dont il se faisait honneur les jours de la semaine. Il avait chez lui une gouvernante qui passait les quarante ans, une nièce qui n’atteignait pas les vingt, et de plus un garçon de ville et de campagne, qui sellait le bidet aussi bien qu’il maniait la serpette. L’âge de notre hidalgo frisait la cinquantaine ; il était de complexion robuste, maigre de corps, sec de visage, fort matineux et grand ami de la chasse. On a dit qu’il avait le surnom de Quixada ou Quesada, car il y a sur ce point quelque divergence entre les auteurs qui en ont écrit, bien que les conjectures les plus vraisemblables fassent entendre qu’il s’appelait Quijana. Mais cela importe peu à notre histoire ; il suffit que, dans le récit des faits, on ne s’écarte pas d’un atome de la vérité.
 
Or, il faut savoir que cet hidalgo, dans les moments où il restait oisif, c’est-à-dire à peu près toute l’année, s’adonnait à lire des livres de chevalerie, avec tant de goût et de plaisir, qu’il en oublia presque entièrement l’exercice de la chasse et même l’administration de son bien. Sa curiosité et son extravagance arrivèrent à ce point qu’il vendit plusieurs arpents de bonnes terres à labourer pour acheter des livres de chevalerie à lire. Aussi en amassa-t-il dans sa maison autant qu’il put s’en procurer."


La rencontre avec Sancho Pança
"En ce même temps don Quichotte sollicita un laboureur son voisin, homme de bien (si c'est que ce titre se puisse donner à un qui est pauvre), mais qui avait fort peu de plomb en sa caboche. En somme, il lui en dit tant, le persuada et lui promit tant que le pauvre paysan se délibéra d'aller avec lui et lui servir d'écuyer. Don Quichotte lui disait entre autres choses qu'il se disposât à aller en sa compagnie de bonne volonté, parce qu'il lui pourrait quelquefois arriver telle aventure, qu'il gagnerait, en moins d'un tour de main, quelque île, et qu'il l'en ferait gouverneur. Par ces promesses et autres semblables, Sancho Pança (ainsi s'appelait le laboureur) laissa sa femme et ses enfants et se mit pour écuyer de son voisin. Don Quichotte donna ordre à chercher de l'argent, et, vendant une maison, en engageant une autre et faisant un mauvais marché de toutes, amassa une raisonnable somme. Il s'accommoda aussi d'une rondache qu'il emprunta d'un sien ami, et, en radoubant du mieux qu'il put sa salade rompue, il avertit son écuyer du jour et de l'heure qu'il pensait se mettre en chemin, afin qu'il s'équipât de ce qu'il verrait lui être le plus nécessaire. Surtout il lui recommanda de porter un bissac. L'autre lui dit qu'il en porterait un, et que même il faisait état de mener un âne qu'il avait très bon, car ce n'était pas son fort que d'aller beaucoup à pied. Quant à ce point de l'âne, don Quichotte s'y arrêta un peu, se creusant le cerveau pour voir s'il se souvenait qu'aucun chevalier errant eût mené d'écuyer asinesquement monté, mais il ne lui en vint pas un en mémoire. Ce nonobstant, il résolut qu'il le menât avec l'intention de l'accommoder d'une plus honorable monture, quand l'occasion s'en présenterait, ôtant le cheval au premier chevalier discourtois qu'il rencontrerait. Il se pourvut aussi de chemises et d'autres choses qu'il put, suivant le conseil que le tavernier lui avait donné. Ce qui étant fait et accompli, sans que Pança prît congé de ses enfants ni de sa femme, ni don Quichotte de sa gouvernante ni de sa nièce, une nuit ils sortirent du village sans que personne les vît, et durant icelle cheminèrent tant que, quand le jour vint, ils se tinrent pour assurés qu'on ne les trouverait pas, encore qu'on les cherchât. .."


La bataille contre les moulins
"Là-dessus ils découvrirent trente ou quarante moulins à vent qu'il y a en cette plaine, et, dès que Don Quichotte les vit, il dit à son écuyer : «La fortune conduit nos affaires mieux que nous n'eussions su désirer. Car voilà, ami Sancho Pança, où se découvrent trente ou quelque peu plus de démesurés géants, avec lesquels je pense avoir combat et leur ôter la vie à tous, et de leurs dépouilles nous commencerons à nous enrichir : car c'est ici une bonne guerre, et c'est faire grand service à Dieu d'ôter une si mauvaise semence de dessus la face de la terre.       - Quels géants? dit Sancho
- Ceux que tu vois là, répondit son maître, aux longs bras, et d'aucuns les ont quelquefois de deux lieues.
- Regardez, monsieur, répondit Sancho, que ceux qui paraissent là ne sont pas des géants, mais des moulins à vent et ce qui semble des bras sont les ailes, lesquelles, tournées par le vent, font mouvoir la pierre du moulin.
- Il paraît bien, répondit Don Quichotte, que tu n'es pas fort versé en ce qui est des aventures : ce sont des géants, et, si tu as peur, ôte-toi de là et te mets en oraison, tandis que je vais entrer avec eux en une furieuse et inégale bataille. » Et, disant cela, il donna des éperons à son cheval Rossinante, sans s'amuser aux cris que son écuyer Sancho faisait, l'avertissant que sans aucun doute c'étaient des moulins à vent, et non pas des géants, qu'il allait attaquer."


Un spectacle au Théâtre Municipal, le 18 décembre 2015 
La lecture organisée par la Compagnie TeatrEuropa de Corse, à la bibliothèque, est un préambule au spectacle qui aura lieu le vendredi 18 décembre 2015, à 20 h 30, au Théâtre Municipal : Don Quichotte E Sancciu Pansa. Cette représentation, haute en couleur, fera intervenir des musiciens, des chanteurs, des danseurs, des comédiens...

"A l'occasion du 400 ème anniversaire de la mort de Cervantès en 2016, TeatrEuropa nous propose de nous confronter au grand rêve et à la grande illusion méditerranéenne du héros chevaleresque. Don Quichotte et Sancho Pança renvoient immanquablement à la Commedia dell'arte et au théâtre populaire. Matamore, le capitaine espagnol est tout à la fois l'ensemble des deux personnages cervantesques : fanfaron et peureux, bravache et fragile, cultivé et ignorant. A cheval, sur Rossinante pour l'un, et sur un âne pour l'autre, Don Quichotte et Sancho arrivent jusqu'en Corse. La Corse, en tant que territoire culturel. Dans toute la littérature mondiale, ce sont sans doute, au coeur même de l'humus du peuple, de la bourgeoisie et de l'aristrocratie, les deux héros qui se rapprochent le plus du "scappa-muntagna" corse.
Le spectacle "Don Quichotte è Sacciu Pansa" est à la fois une fête, avec la participation de centaines d'artistes en scène, et une réflexion sur la solitude et les difficultés, sur l'imagination et la fiction, sur la réalité et sur le rêve. Certes on rit des aventures de ce chevalier errant, des dictons populaires malmenés par Sancho Pança, de la belle Dulcinée, qui est en réalité une porchère, des moulins à vent et des géants, du mauvais tour du Duc et de la Duchesse qui offrent une île à Sancho Pança (La Corse?), des duels et des tours de magie, des retours continuels vers la maison, on chante et on danse pour Don Quichotte, héros et paladin pour les femmes, mais on rira moins quand tous les livres brûleront, quand on saisira la difficulté de ne pas comprendre le présent et de se réfugier dans l'imagination, quand à la douceur et au rêve, viennent s'opposer la violence et la stupidité, filles de l'ignorance."

Distribution
Mise en scène et adaptation : Orlando Forioso
Avec Christian Ruspini et Henri Olmeta et chanteurs, musiciens, danseurs et acteurs qui récitent en français, corse et espagnol.
 
  




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