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Baisse des subventions de la CTC : Les acteurs de la culture se mobilisent à Calvi


Rédigé par (Jean-Paul-Lottier) le Lundi 22 Septembre 2014 à 23:15 | Modifié le Lundi 22 Septembre 2014 - 23:58


Plus d’une soixantaine de représentants d’associations culturelles de la microrégion de Balagne se sont réunis, lundi soir à Calvi, pour se révolter, crier leur colère et dénoncer une mise à mort de la culture à la suite des coupes sombres dans les subventions décidées par la collectivité territoriale de Corse. Paul Giacobbi, président de l’Exécutif n’a pas été ménagé au cours de cette réunion. Plusieurs associations ont soulevé les difficultés auxquelles elles étaient confrontées. D’autres ont rédigé leur faire-part d'une mort annoncée. Dans le courant de la journée la CTC avait précisé dans une communication sa position sur le sujet.


Baisse des subventions de la CTC : Les acteurs de la culture se mobilisent à Calvi

Le  15 septembre dernier à Corte, les différents centres culturels et compagnies corses se sont réunis afin de trouver un mode de réaction collectif adéquat,face aux baisses de subventions qui touchent l’ensemble  du secteur culturel en  Corse.
Au cours de cette même réunion, il était décidé d’organiser toute une série de conférences de presse par microrégion.
La première s’est tenue ce lundi à 18 heures, dans la citadelle de Calvi, à « La Poudrière », siège social de l’association « U Svegliu Calvese ».
Entourée de représentants  et acteurs du monde associatif, Dominique Bianconi, secrétaire générale du « Svegliu Calvese » se réjouissait de cette mobilisation face à un problème aussi grave.
Plus d’une soixantaine de personnes étaient effectivement présentes. Parmi elles, outre les représentants d’associations, on notait la présence de Jean-Pierre Pinelli, conseiller municipal de Calvi, vice-président de l’Office municipal de tourisme de Calvi et Anne-Marie Piazzoli, directrice de l’OMT de Calvi.
 
Découverts bancaires, difficultés à régler les fournisseurs
Dominique Bianconi rappelait les décisions prises lors de la réunion de Corte, avant de souligner que le Svegliu Calvese  bénéficiait d’une convention de développement entre la CTC et la Ville de Calvi sur 4 ans, pour un montant de 200 000€.
«  Si tout s’est bien passé la première année, il n’en a pas été de même par la suite, jusqu'à 2014 où là ce fut la bérézina.
Tout ça s’est traduit par des découverts bancaires et des difficultés à régler les fournisseurs. Le 3 ou 4 juillet dernier, on apprenait que notre subvention était réduite à 166 000€.
Pourtant, je peux vous garantir que l’argent public qui nous a été alloué a toujours été bien employé 
».
Pour mieux conforter ses propos, Dominique énumérait les multiples actions menées au cours de l’année, avant d’insister sur l’importance pour le Svegliu Calvese à transmettre aux plus jeunes.
 
"Que l’on nous dise clairement ce que l’on entend par culture"
Plus incisive, la secrétaire générale bénévole de l’association poursuivait : « « Le budget primitif de la CTC est quasiment stable, il affiche une légère diminution de l’ordre de 1% alors que les acteurs culturel voient leurs dotations diminuer de 15 à 40%, voire 100% pour certains autres. »
"Je demande à la CTC, pas seulement au président Giacobbi,  mais à l’ensemble des élus autour de lui,  qu’on nous dise très clairement ce que l’on entend par Culture.
Calvi peut s’enorgueillir d’offrir un nombre important de manifestations et pourtant,  certaines comme le Festival du vent ont dû renoncer, d’autres comme le Festival de Jazz sont en grande difficulté. Face à cette situation, j’ai senti de la part d’un certain nombre d’interlocuteurs du tourisme une certaine inquiétude
 ».

Après cette première intervention, tout s’est enchaîné très vite, et à chaque fois, le bilan dressé faisait froid dans le dos : Pour Voce son budget de 142 000€ subit une baisse de la subvention de l’ordre de 53 000€. Résultat, ce sont 3 employés qui sont au chômage partiel, des contrats et des résidences de créations sont annulés.
L’Aria, liée par convention avec la CTC depuis 2011, voit son budget greffé de 20%. Une nouvelle donne qui n’est pas sans poser des problèmes «  D’un côté on nous demande d’être rigoureux et on l’est et de l’autre on nous met dans une  situation  de difficulté » déplore son représentant qui dénonce par ailleurs cette "communication chaotique."
 
Dans l’obligation d’emprunter et de signer une reconnaissance de dette
Pour le Spaziu à Ile-Rousse, lié par convention quadriennale, la situation est encore plus dramatique : « Aujourd’hui, le Spaziu, qui continuera malgré tout son activité jusqu’à la fin de l’année, ne paie plus aucun salaire. J’ai personnellement dû faire un emprunt bancaire de 25 000€ et signer une reconnaissance de dette sur mes fonds propres. Oui, le Spaziu est en très grande difficulté, voire aux portes de la mort » confesse Marie-Noëlle Acquaviva avant de souligner l’implication et l’aide précieuse de la municipalité de l’Ile-Rousse.
 
« A ce jour, je ne vois pas comment le festival de jazz pourrait avoir lieu en 2015 »
Même son de cloche pour les Festival de Jazz de Calvi.
« C’est 27 années de travail qui sont mises en danger. L’aide qui était de l’ordre de 45 000€ est tombée à 20 000€. On nous a annoncé ça à quelques jours seulement de l’ouverture du festival alors que tous les contrats était signés et billets d’avion des artistes réglés. Résultat on n’arrive pas à boucler le budget et certains fournisseurs ne sont pas payés. Heureusement pour nous la municipalité de Calvi et le conseil général ont tenu leurs engagements et je les en remercie. On va donc clôturer cette édition 2014 comme on pourra. Pour 2015, à ce jour, très honnêtement je ne vois pas comment on pourrait  repartir, d’autant qu’à la CTC on a déjà prévenu que la subvention de 20 000€ pourrait connaître une nouvelle coupe » regrette Patrice Faujour.
Orlando Forioso, acteur, réalisateur, metteur en scène, homme de théâtre ne s’embarrasse pas de fioritures pour décrire la situation :
«  Dans cette tristesse, je me réjouis de voir votre mobilisation. Il y a 2 ans, on m’avait appelé pour me dire : « On va vous conventionner ». Ce qui arrive aujourd’hui, c’est une belle forme de mépris de la culture Corse.
On nous considère comme des barjots, des voleurs, des bons à rien.
On fait tout pour détruire toute une série de territoires. On prend le contre sens du professionnalisme en installant la peur, l’angoisse. Giacobbi est nul et il faut qu’il sache que Culture et peur ne vont pas ensemble ».
 
« La démocratie n’est pas  la propriété des élus »
Le chapelet des associations et manifestations s’égrène au fil des interventions.
Pierre Bertoni à son tour ne mâche pas ses mots :
«  La démocratie n’est pas la propriété des élus. Ils ont le pouvoir et ils pensent qu’ils peuvent tout faire avec l’argent du peuple. On a l’impression de revenir avant la révolution de 1789. Lorsqu’ils nous donnent une subvention, il faudrait les honorer. Les rois, c’est terminé, on leur a coupé la tête ».
Au fil des autres interventions, à plusieurs reprises, les participants dénoncent avec virulence l’immobilisme et le laxisme des élus de l’Exécutif qui restent muets.
On a également pu entendre : «  Il faut que la CTC nous dise ce qu’elle entend par la culture » ou encore «  Si la culture ne sert à rien qu’ils aient au moins le courage de nous le dire », «  on n’est pas considéré, on n’est pas respecté »…
Au terme de ce constat amer, la discussion s’est poursuivie et la question de savoir comment s’organiser pour que la culture vive a donné lieu à des échanges intéressants.
Anne-Marie Piazzoli, directrice de l’OMT apportait sa pierre à l’édifice en étant favorable à un rapprochement et à des échanges :
«  Le tourisme ne peut exister sans la culture et plus particulièrement en Balagne. C’est notre différence.
On essaie au mieux de promouvoir, c’est notre cœur de métier. Vous êtes des puits de savoir, à nous de venir les chercher. Mêler le tourisme à la culture, c’est donner du sens au patrimoine. Alors, oui à une collaboration plus étroite ».
 
En conclusion, Dominique Bianconi rappelait que d’autres conférences de presse auraient lieu dans les différentes microrégions et qu’à l’issue, une stratégie serait définie.
 


Les précisions de la CTC

Les ajustements opérés étaient obligatoires au regard de la situation financière qui impacte considérablement le fonctionnement de toutes les collectivités. 

Pour l’année 2014, la CTC consacre un budget de 24 M € au profit de la culture et du patrimoine. Ce montant est quatre fois supérieur à la dotation de l’Etat transférée dans le cadre des lois de décentralisation (1982, 1983, 1991 et 2002). Pour donner une juste perspective à cet écart, il faut rappeler que 18 M € correspondent au produit de la fiscalité insulaire perçu 

annuellement par la CTC. 

 

Contrairement à ce qui est diffusé par certaines associations, entre 2013 et 2014, l’Etat a réduit de 6.714 M €, soit -21%, la dotation Globale de Fonctionnement à la CTC. La Dotation Forfaitaire a également été imputée de 4.486 M €, soit près de -39%. Enfin, la Dotation de Péréquation a connu une baisse de 12% pour un montant diminué de 2.227 M €. Le montant 

total de la baisse des dotations de l’Etat est donc de 13.427 M€. De plus, l’Etat a annoncé une nouvelle baisse de 10 M € de ses mêmes dotations pour l’exercice 2015.

 

Au cours de l’année actuelle, les montants des interventions aux tiers, c’est-à-dire les subventions versées aux associations, sont égaux à ceux versés en 2008, année du gel des dotations de l’Etat à la CTC. 

Certaines associations ont constitué un fond de roulement conséquent. Pour exemple, l’association « Una Volta » a 90 000€ de réserves financières, l’Association « U Timpanu » 35 000 € et l’Association « Anima » 95 000 €. Le cumul de toutes les réserves mises à jour par les services de la CTC à la date du 22 septembre 2014 s’élève à 2 643 040 €.

 

Certaines associations ont profité d’un dépassement du seuil des « de minimis européens » de mise en œuvre d’un SIEG (Service d’Intérêt Economique Général) et définissant un plafond de 500 000 € allouable sur une période trois exercices fiscaux. 

La CTC reste aujourd’hui encore, le premier financeur de la culture, pour ne pas dire qu’elle est très souvent l’unique partenaire de ces actions, loin devant les départements et les communes.





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