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Bactérie Xylella fastidiosa : Face à la catastrophe potentielle, la mobilisation s’organise


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 19 Août 2014 à 00:49 | Modifié le Mardi 19 Août 2014 - 12:33


Le fléau de la bactérie Xylella fastidiosa, qui ravage tous les végétaux, des arbres aux plantes, menace la Corse. Devant l’ampleur de la catastrophe potentielle et face à l’inertie des pouvoirs publics, les Nationalistes modérés de Femu a Corsica lancent un appel à la mobilisation des socioprofessionnels. Lors d’une réunion à Riventosa avec les filières concernées, ils ont décidé d’interpeller le préfet et de créer un collectif. Ils donnent rendez-vous le 2 septembre à la faculté de Corte. Explications en vidéo de Jean-Félix Acquaviva, maire de Lozzi et président de l’association des élus de montagne, et d’Agnès Simonpietri, conseillère territoriale de Femu a Corsica.


Elus de Femu a Corsica et socio-professionnels.
Elus de Femu a Corsica et socio-professionnels.
Plus de 8000 hectares d’oliviers détruits et près de 21000 hectares en quarantaine dans les Pouilles italiennes pour des pertes chiffrées, pour l’instant, à 53 millions €. Près de 150 espèces végétales sauvages et cultivées menacées d’être contaminées. Alors que ses consœurs se cantonnent à une seule espèce, la Xylella fastidiosa attaque tout : oliviers, châtaigniers, agrumes, vignes, chênes, fourrages… et n’épargne même pas les très résistants lauriers roses. Le fléau est d’autant plus redoutable qu’il est difficile à détecter et qu’aucun traitement n’est disponible ! Le seul recours est de couper l’arbre et de le brûler. Après la fièvre catarrhale qui a décimé les troupeaux d’ovins et le cynips qui ravage les châtaigneraies, cette bactérie, qui se propage par les moucherons, les insectes et par n’importe quel plant, promet, si elle n’est pas éradiquée, une catastrophe agricole, économique et environnementale d’une ampleur sans précédent. La plupart des plants cultivés dans l’île sont importés de Sardaigne ou d’Italie, par des professionnels ou des particuliers et, donc, susceptibles d’être porteurs de l’infection.
 
Donner l’alerte
Devant l’inertie des pouvoirs publics, les Nationalistes modérés tirent la sonnette d’alarme et appellent à la mobilisation générale. Ils ont convié les socioprofessionnels à une réunion informelle, le 18 août à la Casa Pastureccia de Riventosa. En plein boom de la saison touristique, retenus dans leurs exploitations, la plupart, oléiculteurs, castanéiculteurs, maraichers, pépiniéristes… se sont excusés, mais ont envoyé des représentants. Autour de Saveriu Luciani et d’Agnès Simonpietri, élus de Femu a Corsica, de maires ou conseillers municipaux de communes rurales, de membres des chambres d’agriculture, de l’Office national des forêts, du syndicat Via Campagnola, ils ont exprimé leurs inquiétudes et leur détermination. Le président du Sidoc, le syndicat de l’huile d’olive corse, avait, déjà, en octobre 2013, alerté le Préfet de région et le président du Conseil exécutif de l’assemblée territoriale, sur la présence d’un champignon venant des Pouilles. Sans obtenir de réponse.
 
Déjà infectés ?
L’objectif, dans un premier temps, est de rassembler toutes les informations disponibles sur la bactérie et ses dommages. La première question, qui taraude les intervenants, est de savoir si la Corse est déjà infectée par ce virus qui menace à ses portes. Nul ne le sait réellement. « Sommes-nous certains de ne pas être infectés ? Non ! Des prélèvements sont effectués, mais pas partout ! », assène un membre de la Chambre d’agriculture de Corse-du-Sud. « Je déplore qu’on ne soit même pas en état de dire si la bactérie est présente ou pas en Corse ! Une agricultrice, dans le Sud, nous a parlé d’un champignon et nous a demandé une étude phytosanitaire. Nous attendons les résultats », renchérit un de ses collègues du Nord. « Le risque de contamination est très important. On n’a pas l’impression que les choses ont été prises en main », déplore Agnès Simonpietri, qui rappelle que le gouvernement a refusé d’accorder à la Corse une protection spéciale contre le cynips. Et pourtant, assure-t-elle, « des directives européennes de protection des végétaux permettent aux Etats-membres, qui le souhaitent, de définir des zones protégées ».
 
Interdire ou pas ?
La 2nde question est : quelle réponse apporter et quelles mesures prendre ? Il paraît évident à tous que les réponses ne peuvent pas être uniquement agricoles. L’une prône le renforcement du passeport sanitaire pour contrôler les importations, notamment sauvages ou individuelles. Mais sera-t-elle suffisante ? Tous en doutent ! L’île ne dispose pas du personnel pour effectuer ces contrôles. La réponse la plus sûre serait l’interdiction simple de toute importation de plants adultes d’Italie, notamment low-cost. A l’instar de ce qui se passe dans de nombreux pays comme l’Australie, les Etats-Unis ou le Mexique. Même si l’interdiction est lourde de conséquences pour les producteurs locaux. « Jusqu’à cette année, les pépiniéristes corses ne pouvaient pas modifier les plants d’oliviers. L’interdiction empêcherait tous les programmes de plantation de se faire. On ne pourra plus planter un seul arbre. La filière ne se développera plus pendant cinq ans, ce qui posera un problème économique », remarque un membre de la Chambre agricole. La discussion achoppe sur les mesures à prendre entre des objectifs contradictoires : l’installation de nouveaux producteurs ou la prévention d’une catastrophe. Et pose, en aval, devant la multiplication des virus en provenance d’Italie du Sud, une vraie problématique : comment développer la production locale pour éviter les importations ?
 
La création d’un collectif
Au final, les participants à la réunion décident, d’abord, d’interpeler l’Etat, seul compétent en matière de contrôles, et de lui demander de prendre, enfin, ses responsabilités. « Il n’a rien fait pour prévenir la fièvre catarrhale, rien fait pour le cynips ! Là, c’est dramatique ! Si on n’agit pas, tout sera touché », s’insurge un producteur castanéicole. Dans un communiqué qui sera publié prochainement, ils interpellent, donc, le Préfet de région en posant deux questions : « Quelles mesures comptez-vous prendre ? Avec quels moyens ? ». Une cellule oléicole régionale devrait être créée en septembre à la Chambre d’agriculture pour tenter d’y voir plus clair. Face au manque de coordination des socio-professionnels, Saveriu Luciani les exhorte à se rassembler et à s’engager : « Le groupe Femu a Corsica va, à la prochaine session de l’Assemblée de Corse, demander aux élus territoriaux de voter une motion. Mais les motions n’arrêtent rien ! Nous vous apporterons tout le soutien nécessaire, mais l’action doit venir de vous ». Tous, estimant que seule une large mobilisation citoyenne peut empêcher la catastrophe, appellent à un rassemblement à la faculté de Corte, le 2 septembre, pour créer un collectif. Affaire à suivre…
 
N.M.

Explications de Jean-Félix Acquaviva, maire de Lozzi et président de l’association des élus de montagne, et d’Agnès Simonpietri, conseillère territoriale de Femu a Corsica.





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