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Assises de la Solidarité en Haute-Corse : L’entraide se perd !


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 10 Décembre 2013 à 20:56 | Modifié le Mardi 10 Décembre 2013 - 21:49


Comment faire face à plus de précarité avec moins d’entraide et moins d’argent ? Cette question est au cœur des Assises de la solidarité qu’organise, du 9 au 13 décembre, le Conseil général de la Haute-Corse. Le but est de regrouper tous les partenaires sociaux pour, ensemble, élaborer, sur la période 2014-2018, un schéma départemental unique d’organisation sociale et médico-sociale. Ce document de programmation permettra la création d’un « guichet unique » solidaire par la mutualisation des politiques publiques. Explications, pour Corse Net Infos, de Jean-François Leoni, Directeur de la DISS (Direction des interventions sociales et sanitaires) et de la MDPH (maison des personnes handicapées au Conseil général de Haute-Corse).


Jean-François Leoni, Directeur de la DISS et de la MDPH  et Georges Baldrichi, responsable des unités territoriales des ISS.
Jean-François Leoni, Directeur de la DISS et de la MDPH et Georges Baldrichi, responsable des unités territoriales des ISS.
- En quoi consistent ces Assises de la Solidarité ?
- Ces Assises, qui se tiennent, pour la 1ère fois, sont constituées d’ateliers et d’une restitution finale qui consiste à recueillir, durant cinq jours, des propositions de la part de l’ensemble des partenaires travaillant aux côtés du département dans le champ médico-social. Ces propositions, émergées des groupes de travail, nous permettront, ensuite, d’élaborer notre schéma d’organisation sociale et médico-sociale pour la période 2014-2018. La Haute-Corse est le 8ème département français à mettre en place ce schéma unique.
 
- Quel est le but ?
- Le but est de partir sur une approche vraiment innovante et d'essayer, à travers une prise en charge différente, globale, des usagers et des personnes en situation précaire, d’aborder le problème par plusieurs prismes, pas seulement financiers. Par exemple, certaines familles sont bénéficiaires du RSA, mais ont, également, une problématique enfance ou logement. Il s’agit d’analyser les situations dans leur globalité, de manière transversale, en mobilisant différentes administrations, institutions, associations présentes aux côtés de l’usager et de faire en sorte que l’usager puisse avoir plus de facilité à identifier les différents interlocuteurs qu’il aura tout au long de son parcours. Si une personne nous sollicite pour obtenir un secours, nous voulons pouvoir l’accompagner au niveau social tout au long de sa démarche. Si elle cherche un emploi ou à se réinsérer, nous devons mobiliser les acteurs compétents de nos services et de nos partenaires.
 
- Cela concerne-t-il uniquement les prestations sociales que verse le Conseil général ?
- Non. C’est vraiment global. Le but n’est pas de se cantonner à ce que fait le département, mais, bien au contraire, d’élargir à l’ensemble des forces présentes sur le terrain afin de vraiment impulser une synergie convergente qui nous permettra de travailler de manière optimale à moyens constants. Malheureusement, l’effet de ciseau, qui frappe le département, ne nous permet pas, aujourd’hui, de mener une politique plus riche.
 
- Qui sont vos partenaires ?
- Ils peuvent être des administrations, comme l’Education nationale ou la PJJ (Protection judiciaire de la jeunesse) dans le domaine de l’enfance, l’ARS (Agence régionale de santé) pour les personnes âgées ou handicapées et le volet sanitaire. Egalement l’autorité judiciaire avec le Siège et le Parquet ou l’ensemble des collectivités territoriales (commune, CTC, EPCI). Enfin, le milieu associatif, qui travaille en partenariat avec le département et nous permet de densifier notre maillage territorial (ADAL2B, ALEIA, L’Eveil, APF, AFM, AC), donne une touche de pragmatisme dans l’approche des dossiers et aide à adapter à la population et aux usagers les futures orientations.
 
- Sur quels thèmes travaillez-vous ?
- 8 thèmes ont été retenus, notamment le parcours des personnes âgées, de la petite enfance, la dépendance, une approche globale de l’habitat, l’accès aux droits, la lutte contre l’isolement, la formation et l’insertion, la santé et l’offre médicosociale. L’objectif de ces ateliers n’est, ni de partir avec des idées reçues, ni d’anticiper notre futur fonctionnement, mais de faire émerger des propositions.
 
- Quels types de propositions concrètes attendez-vous ?
- Par exemple, dans le cadre de la mutualisation des moyens de compétence, une répartition des taches, notamment dans l’Education nationale dans le cadre de la BMI. Nous devons passer dans les écoles maternelles pour réaliser des bilans 3 ans. Le département n’a pas assez de médecin, l’Education nationale est dans le même cas. Le but est de pouvoir, à un moment donné, se répartir les tâches de manière géographique pour pouvoir passer de manière redondante dans des établissements et ne pas passer dans d’autres.
 
- Quel est l’état de la solidarité insulaire ?
- Nous sommes à un tournant. La précarité évolue et se transforme. Beaucoup de personnes sont en difficulté, pas seulement celles qui bénéficient des minima sociaux, mais également celles qui travaillent et ont des revenus, par exemple qui travaillent à temps partiel et touchent le Smic. Malheureusement, contrairement aux idées reçues, la solidarité, qu’elle soit familiale, d’entourage ou de voisinage, qui était prégnante, il y a encore une dizaine d’années, n’existe plus. Les mentalités évoluent, les gens deviennent de plus en plus égoïstes et ne se préoccupent pas forcément des difficultés des uns et des autres.
 
- C’est-à-dire ?
- Avant, quand on plaçait une personne âgée dans une maison de retraite, les enfants, qui devaient participer au titre de l’obligation alimentaire, le faisaient sans hésitation. Aujourd’hui, de plus en plus d’enfants ne veulent pas participer et font des recours auprès du juge aux affaires familiales qui est habilité à trancher. On retrouve le même manque de solidarité s’agissant d’enfants en difficulté. Nous sommes de plus en plus sollicités à cause de carences au niveau familial ou de l’entourage, ne serait-ce que transporter une personne.
 
- Quelle en est la conséquence ?
- Le département, qui est le vrai chef de file du médicosocial sur son territoire, doit pallier ces absences. C’est la raison pour laquelle, nous connaissons une très importante hausse d’activité, qui atteint désormais 30%, en polyvalence de secteur sur les 4 dernières années. Ce qui a un coût financier. Les trois allocations individuelles de solidarité (AIS), l’allocation personnalisé d’autonomie (APA), la prestation-compensation du handicap (PCH) et le RSA (Revenu de solidarité active), représentent plus de 60 millions € de dépenses pour un budget global de 230 millions €. Ce qui est considérable ! En même temps, nous subissons une baisse des dotations et compensations de l’Etat. Il faut continuer à aider ces personnes, mais avec moins de moyens.
 
- D’où la tenue de ces Assises ?
- Oui. Nous sommes en train de travailler sur une ré-ingiènerie des process de production pour essayer de travailler mieux avec moins de moyens. C’est très difficile. Le budget social du département a été maintenu à l’identique pour 2014, comme il a été pour 2013. Ce qui traduit une volonté du département de maintenir un niveau d’engagement assez important dans le social. C’est, pour cela, qu’il est important de mutualiser des moyens pour réaliser des économies d’échelle, de voir ce que fait chacun, d’éviter les redondances, de jouer la complémentarité. C’est vraiment la base de notre démarche : identifier ce qui se fait de mieux ailleurs et pérenniser les actions efficientes. Certaines collectivités départementales n’ont pas les moyens de répondre aux attentes. Le but est d’essayer d’imaginer une refonte de nos habitudes pour apporter des solutions innovantes.
Propos recueillis par Nicole MARI





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