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Assassinats : L’Etat promet une réponse ferme !


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 18 Octobre 2012 à 01:59 | Modifié le Mercredi 24 Octobre 2012 - 02:18


Au lendemain de l’assassinat de Me Antoine Sollacaro et de Jean-Dominique Allegrini-Simonetti, l’Etat, violemment mis en cause, promet de réagir avec fermeté et de mettre en place une stratégie globale de lutte contre la criminalité. Il entend élaborer une directive de politique pénale spécifique pour la Corse. Des mesures d’annonce, pour l’instant, sans contenu qui suscitent le scepticisme des insulaires, habitués aux déclarations martiales sans lendemain !


Assassinats : L’Etat promet une réponse ferme !
Bien qu’il s’en défende, il aura fallu l’assassinat d’un avocat emblématique et l’émoi général qu’il a provoqué  bien au-delà de l’île pour que le gouvernement émerge enfin du profond mutisme où il ensevelissait la Corse depuis son arrivée au pouvoir. L’assassinat de Me Antoine Sollacaro a provoqué un séisme qui a touché l’île au cœur et dont l’amplitude a atteint Paris qui s’est, enfin, rendu compte qu’on tuait aussi en Corse ! Il apparaît comme un écho tragique aux interpellations publiques des élus insulaires, qui, depuis plusieurs semaines, demandaient au gouvernement d’intervenir contre la criminalité insulaire.
 
Une fermeté de circonstance
Nécessité faisant loi, le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur et le ministre de la Justice, les élus de tous bords, y sont chacun allés de leurs déclarations de fermeté de circonstance, mais aucun membre du gouvernement n’a jugé utile de se déplacer dans l’île. Alors que Manuel Valls a déjà fait trois déplacements à Marseille depuis le début de son mandat, il a annoncé, mercredi matin, sa visite en Corse « dans quelques semaines ». Quant au président de la République, François Hollande, il faudra se contenter de petites phrases prononcées en Conseil des ministres et rapportées par la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem : « La violence en Corse n'est aucunement acceptable dans notre République. Elle n'est pas nouvelle mais a changé de nature et d'intensité, étant aujourd'hui essentiellement liée à des réseaux, des clans, des règlements de compte ».
 
Une stratégie globale
Comme on pouvait, donc, s’y attendre en de pareilles circonstances, le gouvernement a fait une déclaration de fermeté de principe. « Cette situation est insupportable. Le gouvernement est déterminé à agir avec la plus grande fermeté et la plus grande détermination contre ce fléau qui mine la Corse qui est le crime organisé depuis de longues années. C’est une lutte que le gouvernement veut mener de façon globale contre toutes les formes de criminalité. Le grand banditisme en Corse est, maintenant, bien organisé, notamment dans sa dimension économique et financière. Donc, c’est sous tous ses aspects qu’il sera combattu », a déclaré Jean-Marc Ayrault, à l’issue du Conseil des ministres, ce mercredi. « Il y a beaucoup de choses à changer, à améliorer, à réformer. C’est ce que nous allons faire. Il en va de la confiance des Français dans l’Etat républicain », a-t-il ajouté.
 
Une directive spécifique
Il a donc demandé au ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, et à la Garde des Sceaux, Christiane Taubira, de faire des propositions sur deux points : d’abord, sur le renforcement de la coordination opérationnelle entre les services de police et la justice, mais également sur la stratégie globale de lutte contre les activités criminelles. « Une directive de politique pénale sera élaborée spécifique au territoire de la Corse, conforme à la directive de politique pénale qui a été adoptée récemment par le Conseil des ministres », a indiqué Jean Marc Ayrault. La directive spécifique déjà adoptée concerne la lutte contre la violence à Marseille, elle couvre un champ très large de délinquance et s’est accompagnée d’un renforcement de la présence policière. Le gouvernement étudierait, aussi, la possibilité de classer l’île « en zone de sécurité prioritaire », ce qui entrainerait une augmentation des effectifs policiers sur le terrain.
 
Des ministres mobilisés
Une réunion sur le grand banditisme sera organisée, lundi prochain, avec les deux ministres concernés auxquels se joindront le ministre de l’Economie et des finances, Pierre Moscovici, et le ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, concernant tous les aspects fiscaux de délinquance financière afin de définir un plan d’action. Le Premier ministre a également demandé à tous les autres membres du gouvernement, « de veiller, en liaison avec les élus de Corse, au respect des engagements de l’Etat, en particulier en termes d’investissements et à la cohérence globale de l’action des politiques publiques ».
 
Une action majeure
Christiane Taubira assure que cette réaction de l’Etat n’est pas liée aux circonstances et qu’elle travaille depuis plus deux mois sur la Corse, citant comme exemple d’initiative, la réunion des Parquets généraux qui s’est tenue vendredi dernier à Ajaccio. « Le gouvernement ne faiblit pas. Il n'a pas de sentiment d'impuissance en Corse, mais la Corse est marquée par une prévalence du crime et la porosité entre le grand banditisme et des actes de terrorisme », affirme-t-elle, annonçant une « action majeure pour très bientôt ».
Même réponse de Manuel Valls : « L’Etat n’est pas impuissant. Il agit. C’est vrai que nous faisons face en Corse à une situation d’une extrême gravité. Les faits, qui se sont déroulés, l’attestent. C’est un avocat, un symbole de l’Etat de droit qui a été touché ».
 
S’attaquer à la mafia
Le ministre de l’intérieur s’engage : « L’autorité de l’Etat se mesure en Corse à sa capacité de démanteler le système affairiste et à empêcher les gens de se tuer. Donc, il faut encore plus agir sur le terrain, coordonner le travail entre la police et la justice, pénétrer et déstabiliser les réseaux affairistes parce qu’au travers des traditionnelles revendications nationalistes se mêlent, en Corse, la poursuite d’intérêts économiques peu avouables et des liens avec le très grand banditisme. Donc, il faut s’attaquer, sans renoncer, sans faire aveu d’impuissance, à cette mafia, à ce qui gangrène la société corse, à ces affairismes, à ces hommes qui tuent, c’est inacceptable ! ». Il souligne qu’il y a déjà beaucoup d’affaires qui sont découvertes et que des procès ont lieu et veut adresser un message d’espoir à la Corse : « L’Etat et le gouvernement sont mobilisés. Notre mobilisation est totale pour éradiquer la violence ».
 
La faillite de l’Etat
Mais des déclarations martiales sans lendemain et des annonces d’actions intempestives jamais suivies d’effet, à l’heure des drames, la Corse en a bu jusqu’à plus soif.
De Charles Pasqua qui voulait « terroriser les terroristes » à Nicolas Sarkozy qui, en 2003, assénait : « Il faut abattre ce système mafieux qui met la Corse en coupe réglée. Nous allons nous attaquer à l’argent du crime, base du système mafieux. Le temps de l’impunité est révolu. Il y aura des arrestations dans le semaines qui viennent », chaque ministre de l’Intérieur y est allé de son couplet sur l’autorité de l’Etat en Corse. Un Etat fustigé dans l’île pour sa « faillite », son « échec », son « incompétence », son « indifférence » envers la criminalité organisée, incapable d’enrayer la spirale mortifère, d’élucider les meurtres, d’élaborer une politique de lutte contre le grand banditisme... Des paroles, il y en a eu beaucoup, des actions, fort peu, des résultats, nenni !
 
Des Corses désabusés
Comment les Corses, désabusés par des décennies d’abandon, d’inertie, de laissez-faire, peuvent-ils croire que l’Etat, cette fois-ci, sera à la hauteur de la situation ? Vu la tiédeur que le gouvernement manifeste dans d’autres domaines de politique générale et ses reculades sur tant de ses promesses électorales, sans parler de son impressionnant silence sur la Corse depuis 5 mois, il est bien difficile d’espérer que cette volonté politique affichée dans l’urgence face au média et à l’onde de choc qu’a provoqué l’assassinat d’un avocat célèbre, soit suivie d’actes conséquents ! Et, quand on voit les excès et les dérives des juridictions et des politiques d’exception appliquées à l’île et surtout leur totale inefficacité, on ne peut que s’inquiéter de l’annonce d’une nouvelle spécificité pénale… Mais attendons de voir la teneur des mesures annoncées avant de désespérer.



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