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Ajaccio : Tête à tête avec... Anne-Marie Luciani


Rédigé par Vanina Bruna le Jeudi 6 Février 2014 à 19:15 | Modifié le Samedi 8 Février 2014 - 11:42


Après Laurent Marcangeli, Jean-Paul Carrolaggi, Simon Renucci, José Filippi et Jacques Billard Vanina Bruna a rencontré, en tête à tête, Anne-Marie Luciani qui mène liste "Ajaccio pour vous"


Comment vous définiriez vous en tant que femme en quelques mots?

Ajaccio : Tête à tête avec... Anne-Marie Luciani
C'est toujours difficile de parler de soi. Je dirai que je suis une femme combative, qui va au bout de ses idées. Je ne renonce jamais. Je suis révoltée par toute forme d'injustice et guidée par le seul intérêt général, par le désir de servir l'autre, tant dans ma vie personnelle que professionnelle d'ailleurs.

Qu'aimez-vous dans la vie ?

Difficile d'y répondre aussi parce que je suis quelqu'un de passionnée. J'aime beaucoup de choses. Je suis très contemplative encore et toujours très enthousiaste. Je peux encore admirer un coucher de soleil et courir après. J'adore lire, écouter la musique. J'aime le théâtre, les spectacles vivants. Rêver, aussi, j'aime ce qui est imprévu, j'aime les rencontres. J'aime beaucoup tout ce qui est improvisé.

Le dernier livre que vous avez lu?

Je suis en train de lire un livre très politique. "La cérémonie cannibale" de Christian Salmon. Un livre qui montre que l'homme d'Etat n'est plus un symbole d'autorité mais plutôt un artefact, toujours dans une prestation, un jeu de rôle.Très intéressant. Je relis Tennesse Willians, "Un tramway nommé désir", peut être parce que j ai besoin, dans ces moments trépidants, de me replonger dans mes lectures étudiantes. J'aime beaucoup le personnage de Marie. J'aime sa folie.

Comment avez-vous été amenée à faire de la politique ?

J'ai été d'abord militante associative, dans le monde culturel. Je militais à l''Aghja, ou encore dans une association de cinéma, Ciné 2000 et Ciné Rencontre. Mais le point de départ c'est quand même ma vie étudiante à la Sorbonne, toutes les manifestations des années 80 contre la droite, c'est la victoire de la gauche en 81, que j'ai vécue en tant qu'étudiante. Après il y a eu l'assassinat du préfet Erignac, et ce mouvement des femmes, auquel je n'ai pas appartenu, mais il y a une liste des femmes qui s'est créée. Un engagement citoyen des femmes, contre la violence. J'ai donc adhéré à l'initiative qui avait été impulsée à l'époque par Pascale Bizarri. J ai donc fait partie de cette liste des femmes, même si l'exclusivité me gênait un peu. La première fois que j'ai réellement adhéré à un parti, c'est à Corse Social Démocrate, à l'invitation de Simon Renucci. en 1999, ou il a engagé un "partenariat politique", avec la liste des femmes pour l'élection territoriale. En 2000, élections municipales, deuxième de liste, j'étais très fière d'appartenir au mouvement Corse Sociale Démocrate à l'époque parce que j'étais pleine de convictions et d'espoir… 

Comment vos relations se sont elles dégradées à ce point avec Simon Renucci?

Alors ça c'est une question à laquelle je ne peux répondre que très difficilement puisqu'il n'y a jamais eu entre nous, de discussion, ni avant, ni pendant, ni après. Il est vrai qu'il pouvait y avoir quelques différences de point de vue sur la politique culturelle, mais M. Renucci avait tout loisir pour me le dire. J'organisais avant chaque conseil municipal la commission Culture, à laquelle tous les élus pouvaient participer, Il y avait donc un véritable débat qui s'instaurait. Je n ai jamais senti une quelconque réticence, ni réserve sur la politique culturelle que j'impulsais. Je sentais cette politique partagée, collectivement, comme tout ce qui est proposé au sein de cette majorité. Il me semblait que j'avais l'adhésion de tous et que tout fonctionnait très bien. D'ailleurs le maire, après m'avoir gentiment remercié, a écrit dans les journaux qu'il était très satisfait du travail que j'avais fait. Il avait comme habitude, assez désagréable, de contester mes apparitions presse, sans que je sache pourquoi, parce que je le faisais au nom d'une majorité.

Vous n'en avez jamais parlé?

Il me lançait parfois des phrases comme ça, qui était toujours extrêmement surprenante, entre deux portes. Dans ces cas la je demandais toujours de pouvoir le rencontrer, pour avoir une explication, parce que j'ai toujours ce désir de vérité et de débat, et je peux me remettre en question aussi, donc je n'avais pas de difficulté à aborder ce sujet là, mais je n'avais jamais de suite au demande que je formulais. Donc je restais sur des phrases, comme "si tu apparais dans la presse...", des invectives, des réflexions qui me laissaient toujours très perplexe. Après il y a eu cette histoire de programmation, c'est peut être ce qu'il peut dire aujourd'hui, après reflexion pour trouver un argument qui puisse être crédible, de spectacle, de "théâtre de boulevard", qui ne me gêne en aucun cas. Je ne suis pas une personne élitiste, je n'appartiens pas à ce monde : je n'en ai pas ni l'ambition, ni la prétention. Je n'étais pas contre cette programmation, mais j'aurai voulu, en tant qu'adjointe à la culture,  être juste, informée. Ne pas être mise au pied du mur comme ça à trois jours d'un conseil municipal... J'ai donc tout simplement dis ce que je pensais ce jour-la, en réunion de majorité. J'ai dit que j'étais un peu surprise de la méthode, et j'ai rappelé mes convictions, j'ai rappelé ce qu'était le mission de service public de la culture. Je n'ai même pas fait de reproches personnels aux uns et aux autres, d'avoir pu monter cette programmation dans mon dos. J'ai vraiment essayé de n'être que politique, et sur mes convictions. Dire la vérité... Je ne sais pas... C'est vraiment la chose qui m a blessé le plus. Ceci dit, il y a eu cette éviction, la page est tournée. Il y a eu un tel soutien populaire à la suite de cette éviction, J'ai été blessée, j'ai vécu ça comme une injustice, mais en même temps toute cette réaction populaire qu'il y a eu à mon égard, ce soutien, ces encouragements - et j'ai pu évaluer aussi le travail qui avait été fait pendant ces douze ans - ça a été vraiment une très belle expérience humaine. C'est vrai que cette éviction m'a rendue libre, même si je ne me sentais pas du tout prisonnière, mais il y avait des choses que nous pensions tout bas mais que nous ne pouvions pas dire sur ce mode de gouvernance.

Que reprochez à ce mode de gouvernance?

Ce mode de gouvernance c'est un petit peu... autoritaire. L'autorité n'est pas un problème en soi, mais l'autoritarisme ça peut le devenir. C'est un comportement autocratique, autocrate,  Je le dis, je l'assume. Cette décision par exemple n'avait aucun lieu d'être. On peut toujours discuter, expliquer les choses, on peut convoquer les gens dans son bureau dire voila, je veux reprendre la culture parce que j'ai perdu aux élections législatives et que la culture sera un plus pour ma réélection... J'aurai pu même l'entendre! Peut être pas forcément le comprendre, mais j'aurais pu l'entendre. Et nous aurions pu en débattre! Maintenant le temps est passé. Je suis apaisée, complètement. Ce qui m'a aussi incité à avoir cette belle idée, de cet engagement que j'ai envie de poursuivre, c'est aussi la défaite aux législatives. Ça nous a beaucoup interpellé. Le maire n'avait absolument aucune raison de perdre dans sa propre ville ! Il y avait quand même prés de mille voix d'écart. Laurent Marcangeli n'a pas gagné! C'est le maire qui a perdu. Et je pense qu'il s'agit vraiment d'une défaite personnelle. Ce n'est pas le député que l'on a sanctionné, c'est un député de l'opposition qui a fait son travail, M. Renucci est quelqu'un de consciencieux, de travailleur, il a joué son rôle. Mais c'est surtout une personnalité. C'est à dire que cette élection aux législatives, il l'a menée comme il gère la ville d'Ajaccio: de manière seule et solitaire. A un moment donné, on en voit les limites, parce qu'on ne peut pas toujours gagner seul. La victoire en 2008 à66% ça a été une très belle victoire. C'est une victoire collective. Il ne peut pas penser qu'il a gagné seul ! Et c'est vrai que cette victoire de 2008 avec une si grande ampleur, ça a un peu changé le cours des choses. Ça nous  coupé de la réalité. Ça nous a un petit peu mis sur un piedestal, et on s'est mis un peu à ronronner je trouve sur ce deuxième mandat.  Tous, collectivement. Nous avons poursuivi des actions qui étaient engagées, mais plus de la même manière. Le premier mandat, c'était un mandat passionnant, nous étions tous passionnés, il n'y avait plus d'heures, plus de vie de famille... Mais après 2008, c'est devenu différent. Je crois qu'à un moment donné il faut renouveler les équipes. Moi je suis une vieille en politique mais l'équipe que je propose est une équipe renouvelée. Ce sont des militants engagés, associatifs, syndicaux. J'ai l'impression d'être sur un départ comme en 2001. Je pense que je méritais, comme tout le monde, de finir mon mandat. Mais il n'y a aucun esprit de revanche dans ma démarche. Je suis positive et tournée vers l'avenir. Je tire leçon des expériences vécues et je grandis. 

En cas de défaite appelerez vous au vote pour l'un des candidats?

Je n'envisage pas la défaite ! Pour moi il n'y aura pas de défaite. Parce qu'il y a, déjà, un combat mené et on va faire passer des idées. Mener ce combat c'est déjà une victoire. Je ne pouvais pas m'autoriser personnellement à renoncer. Pas parce que j'étais blessée, mais parce que j'ai senti qu'il y avait un espace à gauche qu'il fallait absolument occuper, sous peine que cela se traduise par une forte abstention de la famille de gauche. Je pense qu'il fallait offrir un choix, une alternative. Je partage le bilan de cette majorité, je le trouve tout à fait honorable. Après, il y a le mode de gouvernance interne, et il y a le mode de gouvernance externe qui n'a pas été respecté. En 2001, en 2008, nous avons brandi comme fer de lance la démocratie participative... Nous nous sommes coupés des citoyens ! Nous n'avons pas su partager, s'exprimer, communiquer. Nous faisions des réunions de quartiers, en même temps nous faisions passer un rapport au conseil municipal ! Ça a été très mal compris, très mal perçu, et je pense aussi que la défaite ausx législatives, en dehors de la défaite personnelle est, aussi, due à ces erreurs. Que NOUS avons payé. Parce que la défaite du maire, même si c'est une défaite personnelle, ça a été avant tout une défaite de la gauche. Pour répondre à la question du soir du 1° tour, nous irons jusqu'au bout de nos idées et de nos convictions, nous n'avons pas du tout l'intention de vendre notre âme pour des strapontins. Ca n'est pas de récupérer une place d'adjoint qui m'intéresse. Ce n'est pas ce qui guide mon engagement d'aujourd'hui ! Il y a milles autres endroits ou je pourrais être utile. Mais j'avais envie de poursuivre cet engagement et si demain je veux être encore dans une majorité, j'essaierai de poursuivre cet engagement du mieux que je puis, avec mes convictions, mes pas à n'importe quel prix. C'est à dire qu'il y aura des conditions.

Quelle place pour Ajaccio dans l'Europe selon vous?

Ajaccio dans l'Europe... Ajaccio dans son contexte méditerrannéen... J'ai envie de parler de la citadelle, par exemple, qui doit être le phare de la Méditerrannée. C'est un projet d'envergure, sur lequel tous les candidats vont se projeter... mais qui existe plutôt dans l'imaginaire des citoyens ajacciens, parce que c'est un endroit qui est peu connu malgré tout, même si il fait partie de la ville. Ajaccio, comme la Corse en général d'ailleurs, doit surtout se battre pour préserver son identité.

Quelle place pour la culture dans votre programme ?

Ajaccio : Tête à tête avec... Anne-Marie Luciani
Toute la place qu'elle mérite... La Culture est  plus que jamais indispensable en ces temps de grande morosité. Elle favorise la cohésion sociale, l'acceptation de l'autre, l'épanouissement individuel. Elle développe l'esprit critique, et permet donc une plus grande liberté. 
Pendant  notre premier mandat, et une partie du second, nous avons su fidéliser un public peu formé jusqu'à lors, autour de propositions artistiques de qualité, riches, et plurielles.. Nous avons respecté, avec conviction, ce que doit être la culture, au sein d'une municipalité. C'est à dire un vrai service public, avec une proposition artistique de qualité et  une politique tarifaire adaptée... La culture pour tous n'était pas un simple slogan mais un vrai combat partagé…
Il faut construire un vrai théâtre avec un espace scénique adapté et une jauge de 600 places. Réhabiliter le Kalliste, un de nos échecs évidents,  pour l'organisation de résidences d'artistes.
Il faut faire vivre le label ville d'art et d histoire en lui allouant un budget conséquent, qui permettra  la valorisation de notre patrimoine ajaccien. Une meilleure réappropriation par les habitants de notre cité et un  développement touristique.
Je préconise également, l'abandon du projet actuel, peu ambitieux et sans aucune cohérence, de la caserne Grossetti, pour en faire le lieu culturel d'Ajaccio avec un espace dédié aux arts plastiques,  lieu d'exposition, et création d'une école d'art. 
Pour terminer, la citadelle devra être le phare d Ajaccio qui rayonne sur toute la Méditerranée, porteur de son image de son identité et de sa richesse culturelle. J'aurai d autres occasions de développer avec vous ce beau projet.

Quelles actions pour l'emploi et le logement ?

Ajaccio, et la Corse en général, souffrent d un déficit d attractivité. C'est la raison pour laquelle, il ne faut pas rater le virage de l'innovation, plus particulièrement en matière de nouvelles technologies. Nous avons de bonnes filières et de bonnes formations. Notre rôle est de contribuer à l'accès a l'emploi de nos jeunes, et de faire revenir ceux qui sont partis. Il faut exploiter toutes les pistes favorisant l'implantation d entreprises, et donc l'accès a l emploi dans notre ville. 
Grâce à la fibre optique en cours d'installation, l'accès à des débits internet importants à Ajaccio doit nous permettre d'initier cette voie. Il conviendra par la suite de motiver les jeunes corses à aller vers ces filières, et permettre aux talents qui ont dû partir vivre sous d'autres horizons, de créer ici une activité de ce type.
Quant au logement, Ajaccio dispose d'un nombre important de logements sociaux, il faudra en construire d'autres, c'est une évidence, et permettre l'accès a la propriété par la mise en place de dispositifs avantageux. Nous devons aussi créer la mixité sociale nécessaire au vivre ensemble. Les résidences à caractère social sont regroupées majoritairement dans un seul quartier de notre ville : les quartiers est. Il faut poursuivre le chemin engagé en créant des partenariats et, dans le cadre de programmes privés, réussir l'implantation de logements conventionnés.
Il n'est plus possible que de nombreuses familles, pour se loger, attendent après une promesse, d'accéder au parc social de logement. De tels courriers de promesse pourraient aisément faire le tour de notre ville si nous les mettions bout à bout. En fait, il convient de réinstaurer l'équité devant l'accès au logement social. Pour cela, nous voulons mettre en place un service d'information et d'aide afin que tous les ajacciens puissent s'y retrouver. Le logement ne doit pas être un enjeu politicien car il fonde l'intégration de tous dans la société. Disposer d'un logement et d'un emploi pour beaucoup de jeunes, c'est la clé pour envisager de fonder une famille.

Si vous deviez passer un message à vos électeurs?

Si les ajacciens m’apportent leur confiance, je m’engage à faire de la politique de façon différente, sans cumuler de fonctions et sans dispersion. Je souhaite rendre à la politique ses lettres de noblesse et son véritable sens : les décisions qui vous concernent ne peuvent se prendre de manière arbitraire et unilatérale comme c est le cas aujourd'hui. Par conséquent, chacun d’entre vous sera associé à la démarche de mutation de la Ville.
J’ai décidé de me présenter à vos suffrages aux élections du 23 et 30 mars prochains et ai l'honneur d'être a la tête d'une équipe dynamique exigeante et compétente, guidée par de réelles convictions, par un amour commun pour notre cité et l'envie de la servir.
Une alternative démocratique, un projet  inédit, réaliste, généreux et ambitieux, pour notre cité, et une autre façon de gouverner : c'est ce que nous souhaitons offrir aux ajacciennes et aux ajacciens.

bruna.corsenetinfos@gmail.com


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