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Ajaccio : La LDH Corsica et Sulidarità marcheront ensemble le 24 septembre


Rédigé par le Lundi 19 Septembre 2016 à 19:13 | Modifié le Lundi 19 Septembre 2016 - 21:34


La Ligue des Droits de l'Homme section Corse a tenu une conférence de presse samedi matin à Ajaccio. Elle a affirmé son soutien à la campagne #Amnistia et confirmé sa présence pour la manifestation de samedi prochain.


Les liens entre la Ligue des Droits de l'Homme et l'association de défense des prisonniers politiques ne datent pas d'hier. Depuis plusieurs années, la LDH s'engage de façon presque systématique aux côtés de Sulidarità pour dénoncer nombre de procédures antiterroristes. Selon la Ligue, il y a un réel traitement d’exception arbitraire qui est fait aux prisonniers politiques corses, en particulier en matière de détention provisoire, de rapprochement familial, d’accès aux libertés conditionnelles. 

La LDH sera donc une nouvelle fois aux côtés de Sulidarità qui organise cette manifestation, pour rappeler l'exigence de justice et l'importance, selon elle, de la question des prisonniers politiques corses.

Ci-joint, le communiqué de presse de la LDH Section Corse concernant la manifestation du 24 septembre: cliquer ici.
 
 
Interview d'André Paccou, représentant de la LDH Corsica

Ajaccio : La LDH Corsica et Sulidarità marcheront ensemble le 24 septembre

Quelle est la position de la LDH sur la problématique de prisonniers politiques? 

La LDH considère que la situation des prisonniers politiques pose trois questions.
 
  • D'abord, la question des lois et de leurs applications telles qu'elles sont aujourd'hui, notamment dans le domaine du rapprochement familial et aussi en matière de liberté conditionnelle. Ces lois sont effectivement appliquées à géométrie variable quand il s'agit de prisonniers politiques corses, comme pour les basques d'ailleurs. On est bien là dans l'arbitraire et la logique de l'antiterrorisme.
     
  • La deuxième question est celle de l'humanitaire. Par exemple nous avons en ce moment un prisonnier politique corse qui est assigné à résidence à Paris, alors qu'il doit en parallèle suivre un traitement médical lourd. On imagine aisément que, vu le problème de santé, et que cet homme a besoin d'être auprès des siens, sa famille, pour pouvoir se soigner tout en étant accompagné psychologiquement. C'est insupportable.
     
  • Enfin la troisième problématique est le niveau politique. La LDH utilise le terme de prisonnier politique. Je pense d'ailleurs que le Premier Ministre pourrait aussi l'utiliser, lui qui n'arrête pas d'interférer sur cette question-là. Alors qu'il est le premier représentant de l'Exécutif, il intervient sur certains dossiers en disant très clairement que le rapprochement n'est pas possible, et en faisant fi d'un des principes de base de l'Etat de Droit démocratique, à savoir la séparation des pouvoirs entre l'Exécutif et le Judiciaire. Manuel Valls ne se gène pas pour interférer sur des décisions de rapprochement, qui logiquement, ne relève uniquement que de la responsabilité des juges.

C'est une position forte, tenue par la LDH Corsica, que de se positionner en faveur de l'Amnistie. Est-ce que les instances nationales de la LDH sont en accord avec vous ?

La ligue nationale partage ces problématiques des prisonniers politiques en ce qui concerne le respect des droits tels qu'ils sont établis par la loi aujourd'hui, et partage aussi notre vision politique de cette question: à savoir qu'elle fait partie intégrante du règlement politique de la situation en Corse, notamment pour établir un processus de paix durable entre la Corse et la République.

Il y a des divergences avec la ligue nationale ?

Il y a simplement au niveau de l'Amnistie une petite appréciation différente. La LDH Corsica considère que le débat sur l'Amnistie est légitime, d'autant plus que l'on constate qu'il y a par rapport à l'antiterrorisme en Corse des anachronismes évidents. Cela fait maintenant près de deux ans et demi que le F.L.N.C. a déposé les armes, et on continue à traiter simplement des procès à venir de militants nationalistes.

On sait aussi que cet été il y a eu l'affaire du fichier antiterroriste: un fichier daté de 2015 avec la loi sur le renseignement et visant le terrorisme djihadiste. Il est quand même à noter que les premiers concernés par ce fichier sont des militants nationalistes corses qui ont purgé leurs peines mais se voient aujourd'hui sommés de se présenter au commissariat ou en gendarmerie pour justifier de leurs résidences, et ce tous les trois mois pendant dix ans ! On peut donc observer que la question des prisonniers politiques va encore durer au moins dix ans, et plus pour ceux qui pourraient être condamnés dans les mois à venir, et qui devront répondre à ces convocations par rapport à ce fichier.

On est dans un décalage énorme, sachant qu'il n'y a plus d'attentats depuis deux ans et demi. Imaginez dans dix ou quinze ans: nous serons donc dans un anachronisme énorme, et continuerons de parler de prisonniers politiques  corses  près de 20 ans après les derniers attentats, c'est invraisemblable.

C'est un décalage que vous condamnez ?

C'est un décalage qui n'a pas lieu d'être parce qu'il faut faire le lien avec la réalité d'aujourd'hui. La réalité d'aujourd'hui, c'est :

- le dépôt des armes du F.L.N.C.

- l'absence d'attentat depuis deux ans et demi

- la volonté consensuelle au niveau des "Politiques" - et je me réfère à ce qu'a dit l'Assemblée de Corse - de poser les questions des prisonniers politiques et de l'Amnistie, et globalement dans la société corse l'aspiration à un développement de la Démocratie et de rapports pacifiés entre la Corse et la France de manière durable: non pas le temps d'une trêve, non pas le temps de la libération d'un prisonnier comme nous y avons assisté aujourd'hui, mais sur le fond politique, il faut tourner une page, et c'est dans ce sens que se pose la question de l'Amnistie, de façon tout à fait légitime.

Autre affaire marquante de l'été: Sisco dont le procès s'est tenu il y a quelques jours. La LDH Corse s'est positionnée ouvertement contre le dépaysement du procès (lire le communiqué ici), c'est une position qui était avalisée par les instances nationales de la Ligue ?

La ligue nationale a considéré qu'il nous revenait à nous de prendre position, et n'est donc pas intervenue à son niveau. Je rappelle que dans le fonctionnement de la Ligue des Droits de l'Homme, il peut très bien y avoir une position d'une section, ce qui est le cas de la section de Corse, qui soit différente de celle du bureau national. Mais dans ce cas de figure précis, le bureau national a considéré qu'il revenait à la LDH Corse de se prononcer. Toujours est-il effectivement que nous avons considéré que refuser le dépaysement, c'était dire que la Justice en Corse pouvait fonctionner normalement.

Vous savez, la Justice en Corse qui fonctionne à l'extérieur, ce n'est pas compliqué et on vient d'en parler : c'est toujours la justice antiterroriste. C'est systématiquement à l'extérieur qu'un certain nombre de débats de société sont traités à travers la Justice. Nous, LDH Corsica, nous considérons que ce n'est pas une bonne chose. La Justice en Corse doit fonctionner normalement - je rappelle qu'il s'agissait simplement d'une rixe -, et il ne fallait surtout pas, avec un dépaysement, lancer un message de défiance à l'ensemble des citoyens corses. Même si certains citoyens ont effectivement agi de manière contestable concernant ce procès, l'ensemble des citoyens corses ne devait pas être privé de cette justice à laquelle ils ont droit en Corse.

Je tiens d'ailleurs à faire remarquer que les deux bâtonniers corses, par ailleurs membres de la LDH, se sont constitués défenseurs auprès d'une des personnes accusées. Ils ont tenu à assurer le droit de la Défense, parce qu'ils ont voulu honorer ce Droit, symbolique de ce qu'est la Justice Démocratique. Vous savez, c'est dans les pays totalitaires que les gens sont accusés sans pouvoir se défendre et punis sans avoir été défendus."


 



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