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AOC Patrimoniu : Un grand millésime 2015 et une démarche résolument Bio et écolo


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 11 Avril 2016 à 22:16 | Modifié le Mardi 12 Avril 2016 - 01:43


Près de 40 vignerons de l’Appellation Patrimoniu ont présenté, lundi, à la Maison des vins, lors d’une journée placée sous le signe de la convivialité et de la bonne humeur, le millésime 2015, qualifié d’excellent. Une nouvelle grande cuvée, mais également une nouvelle génération de vignerons, une nouvelle équipe et un nouveau président pour prendre en main les destinées de l’AOC Patrimoniu. Jean-Laurent De Bernardi, qui a décidé de passer le relais à la jeunesse, a laissé, il y a un mois, la présidence à Mathieu Marfisi. Le jeune vigneron du Clos Marfisi, tout juste âgé de 30 ans, explique, à Corse Net Infos, les nouvelles ambitions résolument orientées vers une démarche toujours accrue de qualité et vers le tout Bio et l’écologie.


Les jeunes vignerons de l'AOC Patrimoniu ont présenté le Millésime 2015 à la Maison des vins.
Les jeunes vignerons de l'AOC Patrimoniu ont présenté le Millésime 2015 à la Maison des vins.
- Comment se présente le millésime 2015 ?
- C’est un très bon millésime, tant en qualité qu’en quantité. Les conditions climatiques de l’été dernier avec des petits à-coups pluvieux ont fait beaucoup de bien à la vigne. Les raisins du cépage Niellucciu ont deux maturités, une alcoolique - le taux de sucre – plus précoce, et une phénolique - les polyphénols qui agissent sur la souplesse des tanins -, en général plus tardive. En 2015, les deux maturités ont concordé, nous avons, donc, ramassé le raisin à bonne maturité. Cela a donné un vin avec une belle couleur, des tanins assouplis et de bons arômes, et fait ressortir le côté beaucoup plus croquant et friand du Niellucciu.
 
- Qu’est-ce qui distingue le vin de l’appellation Patrimoniu des autres vins corses ?
- Déjà, son territoire, ses sols calcaires, sa géographie et la proximité du Golfe de Saint-Florent. Le vignoble est souvent balayé par les vents, ce qui est très sain. Alors que les autres vignobles corses sont plantés sur des sols granitiques, Patrimoniu est planté sur des sols à tendance argilocalcaire, qui marquent beaucoup les vins et donnent, par exemple, une minéralité au Vermentinu, notre cépage blanc. Nos vins rouges ont une typicité très marquée Niellucciu puisque nous sommes quasiment la seule appellation à travailler sur du 100 % Niellucciu. Les autres appellations assemblent, en général, des vins qui ont des encépagements différents.
 
- L’arrivée de la jeunesse vigneronne à la tête de l’AOC Patrimoniu va-t-elle changer la donne ?
- Nous nous inscrivons, bien sûr, dans la lignée de ce qui a été fait par Jean Laurent De Bernardi et par ses prédécesseurs : avancer vers une démarche toujours plus qualitative au sein de l’appellation et continuer à être pionnier dans certains domaines comme l’agriculture biologique. Avec l’annonce de la conversion progressive en Bio des deux plus grands domaines de l’appellation, les domaines Orenga et Montemagni, quasiment 80% de la production pourrait être en Bio. Le processus ira crescendo pendant trois ans. C’est une très bonne nouvelle qui peut inciter les domaines restants à en faire autant. L’idée est d’arriver à 100 % d’agriculture Biologique. En plus de cette appellation Bio, nous voulons, aussi, devenir une appellation Ecolo.
 
- Quelle est la différence entre Bio et Ecolo ?
- Les deux se rejoignent sur bien des sujets. Mais, on peut faire de la viticulture Bio sans être écolo en rejetant, par exemple, les déchets de cave dans la nature ou encore les produits de traitement, même s’ils sont naturels. L’idée est de mener un projet écolo de façon collective. Les stations de traitement des effluents et des déchets de cave demandent des investissements trop importants pour être réalisés de façon individuelle par les petites exploitations qui composent l’appellation Patrimoniu. Nous allons, donc, développer des projets de construction de centres de traitement collectif et d’aires de lavage et de remplissage des pulvérisateurs pour récupérer les eaux usées. Ces projets nous tiennent à cœur. L’étape d’après est - pourquoi pas ! - de rendre les bâtiments de cave indépendants énergétiquement, c’est-à-dire sans consommation d’énergie, avec, par exemple, des solutions de pose de panneaux solaires…
 
- Cette évolution écolo est-elle liée au classement du vignoble de Patrimoniu ?
- Oui ! Bien sûr ! Le classement d’une grande partie du vignoble nous a permis d’obtenir un budget du Ministère de l’Environnement et de recruter un chargé de mission qui s’occupera de la gestion, de la réhabilitation et de la mise en valeur du site. Les projets de construction des centres de traitement des effluents et des aires de lavage et de remplissage lui seront confiés. Le classement du site impacte cinq communes : Barbaggio, Poggio d’Oletta, Patrimoniu, Farinole et Oletta sur près de 1000 hectares.
 
- Vous évoquez la démarche de qualité initiée par vos ainés. Avez-vous de nouvelles ambitions à ce niveau ?
- Oui ! Nous travaillons beaucoup sur le fond de la production, notamment sur l’élevage des vins rouges. Le cépage Niellucciu a la réputation d’être un peu dur quand il est jeune. Ce qui n’est pas forcément vrai, cela dépend des années et comment il est façonné. Ce qui est vrai, par contre, c’est qu’il peut produire de très grands vins et qu’il est très compliqué à travailler. Il demande aux vignerons beaucoup de savoir-faire et nécessite un élevage.
 
- C’est-à-dire ?
- Un élevage est un vieillissement dans des contenants de différents volumes, qui peuvent être en bois, en béton, en terre cuite, en inox… Divers autres paramètres jouent comme la durée de l’élevage ou l’origine des bois… Nous sommes en train de mettre en place une charte pour encadrer la production d’un vin de l’appellation Patrimoniu qui bénéficierait d’un élevage assez long. Cela nous permettra de sortir un vin encore plus haut de gamme. L’idée est de tirer l’appellation toujours plus vers le haut.
 
- Avez-vous d’autres projets ?
- Oui ! Nous travaillons à l’organisation de diverses manifestations. Celle d’aujourd’hui envers les professionnels. La Saint Martin qui est une fête sur le partage, destinée au grand public. Des manifestations estivales, liées à la musique et au vin, pour faire découvrir notre production et dynamiser l’appellation. Nous réfléchissons à organiser, petit à petit, des dégustations des crus de l’appellation dans plusieurs villes du continent et dans des capitales européennes. L’idée n’est pas de concurrencer des organismes, dont on fait partie, qui organisent déjà ce type d’évènements, mais d’aller là où les autres ne vont pas et poser notre empreinte. Nous envisageons de participer à des salons où, pour l’instant, les vins corses ne sont pas présents, comme par exemple le salon Millésime Bio. Si nous arrivons, demain, à avoir une appellation 100 % Bio, nous pourrions revendiquer un espace Patrimoniu dans ce salon. Ce serait génial et ce serait une première !
 
- Considérez-vous l’œnotourisme comme un axe de développement ?
- Oui ! Il se fera en parallèle de la gestion du vignoble classé qui suppose de gérer, aussi, les flux touristiques à travers la signalisation et la mise en valeur du site. Ce serait bien d’homogénéiser les panneaux qui fleurissent un peu partout, d’épurer la signalisation et d’enterrer les lignes électriques pour embellir la vue paysagère et attirer plus de monde. Le site a, aussi, vocation à gérer les routes et les flux de passagers en établissant des points d’accès, des points de vue et des itinéraires conseillés. La Maison des vins de Patrimoniu peut, dans ce cadre-là, servir de porte d’entrée en regroupant l’information touristique. Nous ne voulons pas attirer un tourisme de masse, mais des œnophiles, des épicuriens, des amoureux de la nature, qui ont une vraie approche de l’agriculture et du travail de la terre et des artisans. C’est plus valorisant pour nos produits qui ont une grande qualité et une grande typicité. L’idée est de nouer des partenariats pour faire venir du monde toute l’année. En plus d’une vocation culturelle et de préservation des paysages, le classement du site et la maison des vins de Patrimoniu ont un rôle à jouer dans l’économie de la microrégion.
 
- Vous êtes un jeune vigneron. Etes-vous confiant pour l’avenir ?
- Très, très confiant ! Tout est en train de se mettre en route au niveau du Bio, de l’écologie, de la qualité des vins, du groupe de jeunes vignerons… Il y a des reprises d’exploitations, des installations. Nous sommes soutenus par nos anciens qui sont toujours là, à nos côtés. Nous avons vraiment tout en main pour réussir.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 




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